Papa pis Dada VS La Charge Mentale

Hé, vous vous rappelez de l’hilarante déclaration de divers groupes religieux, back en 2005 quand le mariage gay est devenu officiellement légal pis que là tout le monde s’énervait donc le poil pubiens en disant que la société allait s’effondrer pis que les enfants allaient être confus et en détresse parce que les rôles des parents ne seraient plus clairement définis pis toute le chior pis l’apocalypse pis les grenouilles qui tombent du ciel pis matante Denise qui ne sait plus à qui faire la carte de Bonne Fête des Mères.

Well, well, well…r’garde donc la date toé chose. 2017. Pis non la société s’est pas auto-détruite pis les familles homoparentales continuent de pousser comme la belle mauvaise herbe fashion et trendy qui la caractérise. La croyance que les couples homoparentales viendraient nuire à l’institution de la famille semble un peu dépassé. Tout ceci originait du simple fait que pour beaucoup de gens, les rôles parentaux sont clair, net et précis. Je vous le résume en quelques mots: le père travaille et s’occupe d’amuser les enfants de temps en temps. La mère fait tout le reste.

J’pensais pourtant qu’en 2017, notre belle et merveilleuse société moderne aurait appris à passer par-dessus une telle notion, mais quelle ne fut pas ma surprise de voir des vidéos et des posts hilarants (not!) de mères donc ordinaires débordés par la vie  et le trop plein de verre de vin, accompagnés de leur mari ridicule qui ne sont pas capable de faire un pas devant l’autre sans s’enfarger dans leurs souliers, donc surtout pas capable de passer une soirée avec leur enfants, ni de trouver l’allée des épices dans une épicerie. Ben non, les stéréotypes n’ont toujours pas quittés la stratosphères parentale semble-t-il, et c’est bien dommage.

Voilà donc Papa pis Dada, fier parents du p’tit devil qui aime les billes pis le film Mon Voisin Totoro, marchant bravement au travers cette jungle de parents aux rôles bien définis. Comme la plupart des couples homosexuelles de notre belle planète, on a appris à improviser au fur et à mesure sur nos diverses tâches. Puisque nous sommes deux hommes, il n’y avait pas de rôle pré-établi par rapport aux habituels clichés de qui part les chicanes, qui initie le sexe, qui va changer les couches, qui va couper le gazon, qui va se trimmer les ongles au-dessus du lavabo et qui va faire la vaisselle en écoutant du Lana Del Rey.

Parce que la réalité moderne est tout autre. Malgré nos beaux pétages de bretelles pis nos belles tapes de félicitations dans le dos que nous sommes donc ouvert d’esprit pis avant-garde pis hipster pis « égaux », le couple moderne est encore un peu beaucoup prisonnier de son genre masculin et féminin. L’homme fait telle affaire, la femme fait l’autre affaire. Monsieur gosse sur le iPad, Madame torche pis s’épivarde comme une poule pas de tête sur le statut du couple pis le problème de mathématique du p’tit. Pas d’échange. La norme est telle. Pis ça m’enrage. Ça m’enrage de voir des vieux clichés ressortir de temps en temps, c’te pauvre père-là tout croche pis donc maladroit parce qu’il a les enfants avec lui. Ça m’enrage de voir des mères que je connais crouler sous le poids des responsabilités, dépassé par les événements parce qu’elles doivent tout gérer dans la maison. C’est le combat du moment. Le mot tendance. La charge mentale. Chercher un peu et vous verrez la tonne d’articles et témoignages sur le sujet. Même La Presse m’a appelé cet été pour me jaser de la charge mentale.

De kessé que les femmes se plaignent donc? M’a vous dire ça drette-là:

Je l’ai connu la charge mentale. La charge mentale c’est le poids perpétuelle du quotidien qui te pèse dans le cerveau. C’est de penser et prévoir et calculer et remémorer tout ce qu’il faut pour que toute la maisonnée soit vivante, au chaud, nourri et au sec à la fin d’une journée. C’est la présence constante, CONSTANTE, de tous ces détails dans ton esprit, alors que tu dois travailler et gérer mille autre chose à la fois. Pis non, ça se met pas à OFF de même.

Au départ de notre périple parentale, j’encaissais beaucoup. Je gérais beaucoup. J’en faisais beaucoup. Papa participait comme il le pouvait, il lui suffisait seulement que je lui demande un peu. Mais c’était justement-là que la situation se corsait. Moi j’anticipais tous les coups, les moindres situations complexes qui pourraient subvenir, alors que mon chum lui attendait le débordement pour agir. Il agissait quand l’Apocalypse survenait, sans se rendre compte que j’avais déjà détruites mille autres petites apocalypse auparavant. On s’est engueulé. On s’est crié après. On a eu du rough sex de la réconciliation ensuite. Mais c’était toujours un peu la même chose malgré tout. Jusqu’à ce que je réalise peu à peu que je mettais mis moi-même cette charge mentale-là parce que je m’étais attribué toutes les taches de la « maman ». Pis là j’ai capoté. Parce que j’ai réalisé que pour certaines choses, je l’avais pas pantoute. J’suis nul pour remplir un formulaire pis me rappeler des dates importantes. J’hais ça faire l’épicerie. J’hais ça aller acheter du linge pour mon p’tit. J’hais ça aller jouer dehors.

Fac peu à peu, Papa pis Dada ont commencé à se partager la charge mentale tout comme les taches de la maison. Ce n’est pas nos organes génitaux qui ont décidés qui ferait quoi, mais nos intérêts. C’tu pas magique ça? C’est ce que je trouvais intéressant. Comment nos familles homoparentales différaient de la norme. Comment nos couples à un genre s’en sortait pas trop pire pantoute finalement. Fac sorry, normalité hétérosexuelle, mais peut-être que pour une fois, vous auriez avantage à faire comme nous. Les critiques et les white trash habituels viendront dire qu’un couple homosexuel vient déformer la réalité parce qu’ils forment un couple « sans genre ». Ouain…mais mettons qu’on applique le « sans genre » à un couple hétérosexuel, cela veut dire que la tendre épouse n’est pas automatiquement celle qui sera responsable de remplir les formulaires de service de garde, de faire à manger, de prévoir les rendez-vous chez le dentiste, préparer la fête thème Mon Petit Poney pour la p’tite, se lever la nuit pour consoler l’autre, se rendre chez le pédiatre pis trouver un cadeau pour la prof. J’pense que beaucoup de mes amies mamans diraient « FUCK YES! » si on venait appliquer le terme « sans genre » à leur couple.

 

Dada Blaise

 

Vive le Malheur!

De nos jours, il faut être heureux, tout simplement.  Il faut être de bonne humeur. Il faut donc être joyeux de notre joie de vivre, Namasté, consécration, r’garde moi donc mes beaux cheveux pis mon sourire enchanté dans la lumière naissante du matin, enfants coquins, plaisirs simples, rions en cœur, long fleuve tranquille, food porn, no filter, love my life. Maintenant, le bonheur est constamment mis et remis sous notre nez. Sois heureux damn it. Profites. Relaxe. Prend le temps. Mange bien. Fais ce qui te plaît. Zéro culpabilité. Aime. Prie. Mange du Kraft Dinner avec des tites saucisses. Regarde la lune pis savoure la nuit. On s’amuse entre copines, on se fait des massages, on pense à soi, on s’bataille dans le Jell-O, on va danser, on fait rien, on coure en détachant notre brassière. Être heureux est particulièrement épuisant en notre ère moderne de partage et ouverture sur le monde. Les réseaux sociaux et les médias proclament souvent que le bonheur, la joie de vivre sont le résultat, le but, le pot d’or à la fin de l’arc-en-ciel. Être heureux est l’aboutissement de dur labeur et d’efforts. Tu mérites d’être heureux après tout ce qui t’es arrivé. Cette année, tu mises sur le bonheur, tu as assez eu d’embûches comme ça.

Ce qui est de la belle bullshit, non?

Parce que tout le monde vous le dira, la vie est loin d’être aussi simple. Le bonheur réside dans les craques du divan, dans le tas de poussière, il est mêlé au malheur intimement, pis à l’excitation, pis la peine, l’angoisse, la peur aussi pis la culpabilité. C’est un beau sentiment, mais j’suis pas mieux que les autres.  J’ai un esprit compétitif. J’aime jouer. J’aime gagner. J’aime me surpasser. J’aime me démarquer. Comme plusieurs autres jeunes gens de ma génération d’ailleurs. Moi aussi j’voulais être heureux bonyeu. Surtout en étant parent. Parce que le monde des parents est truffé de bonheur, de petits plaisirs, de joies débridés, de belles photos de la complicité et de la candeur partagé en famille. J’voulais moi aussi gagner la course du bonheur. Coûte que coûte. Avec l’avènement des réseaux sociaux, beaucoup de parents jouent maintenant à la game du bonheur. Oh bien sûr, la game est subtile, avec quelques commentaires ici et de jolies photos par-là. Un petit mensonge blanc, un sourire de plus, voilà. Les parents aiment se dire qu’il faut arrêter de nous comparer. Que nos vies sont riches de différences, riches de leur propre complexité, riches de merveilleuses banalités. Mais voilà que le bonheur revient constamment à la charge, te rappelant sournoisement que tu as pas autant de fun que l’autre là-bas, toi tu n’es pas sur le bord de la plage en pleine restructuration de ton soi-même, toi tu n’es pas zen et relaxe, toi en fait, tu es dans ton simple bungalow avec ta plante qui est en train de pourrir pis ta tarte aux pommes qui a fouerré partout sur le comptoir. Moi aussi j’voulais être épanoui et heureux et voulait mordre dans la vie. J’voulais être aussi heureux qu’une madame qui mange de la salade.

Je m’ennuyais du bon vieux bonheur d’avant, celui qui se comparait entre voisins croisés à l’épicerie ou sur le coin de la rue, le bonheur compétitif qui se limitait aux partys de famille pis aux visites chez le coiffeur. Tu savais que tel ou telle était partie dans le sud mais t’avais pas à te taper toutes leurs photos en plus! Y’avait ben assez de mononc Fermand et matante Bérangère qui revenait d’Acapulco pour te montrer aussitôt la porte franchi leur démarcation de bronzage région brassière et fessiers! Le bonheur n’était pas constamment étalé dans ta face et te rappelant qu’il fallait sourire à pleine dents aujourd’hui pis aller jouer dehors parce que c’était donc une belle journée. Dans ce temps-là, tu pouvais rester effouaré sur ton divan à écouter L’Amour Dans de Beaux Draps en mangeant des crottes au fromage pis tu ne savais pas que Gina ou ben la voisine était sur un bateau de croisière à se faire griller son fessier parfait entouré d’éphèbes bien membrés. Regarde mes chats, regarde mon bateau, regarde mon bébé, regarde mon beau salon, regarde comme j’ai du plaisir, regarde comment je suis songeur, regarde les belles couleurs, regarde le beau bricolage, regarde nos sourires, regarde la belle vue que j’vais avoir, drette sur le bord de l’eau toi chose (ferme toi donc avec ton bonheur!).

Mais comme pour beaucoup d’autres, j’me suis fait avoir dans la game du bonheur, pis j’ai fait ça tout seul. J’ai trop misé sur le bonheur pis j’ai oublié le malheur. Ce pauvre yable que tout le monde repousse violemment ces derniers temps. Quand le bonheur est si grand qu’il fait chier, le malheur reviens toujours à la charge avec une pas belle journée, une petite crisette, une bonne chicane de couple, une constipation chronique ou tache de pâte à dents dans le miroir. Le malheur est là pour t’aider à être de mauvaise humeur pis chialer pis bitcher pis s’en câlisser de la belle énergie pis des balades en forêt, pis du beau pain frais pis de la salade de chia de la voisine. J’me suis rappelé que dans le fond, j’aime le malheur un petit peu. J’aime me baigner dedans de temps en temps, me lever de mauvaise humeur pis rager pis bougonner. J’aime me rappeler que ça va mal par boutte, pis que c’est correct, que je suis pas tout seul. Ça fait du bien pour l’ego. Ça fait du bien pour la personne. Ça fait du bien pour la colère et les frustrations. Ça fait du bien d’être jaloux pis envieux, pis être amer et insatisfait. Ça nous pousse à agir, ça nous pousse à trouver des solutions, ça nous pousse à chercher les petits bonheur qu’on a déjà, pis ça ben, c’est ben ben correct.

Dada Blaise

 

 

Forever Inquiet, Forever Sans Contrôle

Une des facettes les plus agréables de la parentalité, c’est bien évidemment comparer constamment ton enfant à ceux des autres. Comme il est plaisant d’entendre d’autres parents au parc ou à la garderie raconter des perles du genre: « Oui, il prend des cours de violons et à un tuteur privé, qui est asiatique by the way, et notre petit Gordon peut maintenant commander ses dim sum en chinois! 3 ans à peine! Il fait partie de la catégorie surdouance. » Évidemment, le mien a fait une crise et a boudé tout l’avant-midi parce qu’il ne voulait pas faire le projet « je colore un papillon fait de vieux filtres à café ». Je comprends que c’est donc merveilleux que le petit Gordon conjugue ses verbes en Latin et peut faire des backflips sur le trampoline, fuck you Gordon tant mieux pour lui. Par contre, ces moments me ramènent toujours à une crainte ancrée depuis le début du processus adoption: « Est-ce que mon enfant aura un bel avenir? » Malgré toutes mes belles convictions et mes belles intentions, je n’ai absolument aucun contrôle sur la vie de mon enfant. Le concept nature VS nurture revient souvent dans le processus adoption. À quel point mon enfant sera préprogrammé dans son ADN et à quel point le rôle de son environnement viendra influencer sa vie. Car, qu’est-ce qui va arriver si, effectivement, Papa pis Dada font tout comme il faut? Qu’on aime le p’tit et le supporte et lui donne la meilleure éducation possible, qu’on tente de le rendre confiant et agréable socialement et ajusté et qu’un jour, quand il pogne ses 14 ans mettons, il a une mauvaise journée et décide avec ses copains du fumer du crack? Ou si un jour il décide de faire le tour de l’Europe avec ses amis et fréquente des endroits malfamés où de jolies dames vendent corps et vertus pour une pièce en or? Ou s’il décide de voler des gommes au dépanneur?

Guillaume Latendresse

Ou s’il décide de devenir joueur de hockey? Je survivrai pas j’pense…tout mais pas ça!

Je suis forever inquiet, forever sans contrôle. Pis c’est pas l’fun.

Mais je suis un prof et légèrement (chrissement) têtu sur les bords. J’veux que ça marche. Alors je m’acharne. Je m’entête. J’vais tenir le petit tableau magnétique dans mes mains et pointer la belle lettre A collé là avec ma voix enjoué de Barney le Dinosaure. « Petit Pou, c’est quoi déjà cette lettre-là? ». Petit Pou me regarde avec son sourire légèrement narquois sur les bords. « Caca dans poubelle! » qu’il répond avec un sourire sur le bord d’être fendant. Évidemment, une réponse approprié vu qu’il a 3 ans. Approprié. commence par A by the way que j’me dis. À quel âge est-il supposé savoir son alphabet? À quel âge est-il supposé écrire son nom? S’il arrive en maternelle et ne sait pas son alphabet, est-ce que c’est annonciateur qu’il va être Gogo-boy? « Petit Pou, tu le sais la réponse, aide-moi s’il-te-plait! » que je continue de demander, sourire terrifiant au visage pis toute. Petit Pou se lève et pogne un p’tit char pour ensuite violemment le cogner contre le divan. J’suis ben certain qu’il s’imagine que le p’tit char est ma grosse face paniqué et en sueur que j’ai en ce moment. C’est toujours à ces moments-là que je repense aux émissions boboches traduite par Anne Bédard qui passe à Canal Vie, ces émissions où on suit des drug addicts ou des prostituées mineures, du pauvre monde dans la misère, ou encore ces émissions qui démontre des gens qui mangent du papier de toilette ou ben qui french leur char. Souvent, l’émission proclame que la jeune Trixie avait une enfance normale, puis il y a le montage photo de la petite rouquine au sourire angélique en train de souffler des bulles, ses parents se tenant par la main derrière. Je m’imagine alors les parents de ce pauvre monde, ces pauvres, pauvres parents, ceux qui ont tout fait comme il faut, ceux qui étaient heureux et qui offraient un environnement sain et respectueux, pis qu’y ont quand même vue leur petite fille se ramasser à l’émission Célibataires et Nus.

Mon p’tit n’est qu’aux prémisses de sa vie, et parfois c’est très difficile pour lui de bien s’intégrer dans le cadre « normal » de la société. Pis j’comprends aussi que peut-être qu’il aura toujours besoin d’un peu plus d’aide, pis qu’il va peut-être faire des mauvais coups pour avoir l’attention, ou ben des chriss de mauvais coups quand il veut se prouver qu’on tient à lui, qu’il va me faire vivre des nuits blanches pour encore bien longtemps et me faire perdre encore plus de cheveux à chaque année. Fac oui, j’vais devoir apprendre à le laisser faire, que par boutte, il voudra pas me dire que c’est la lettre A, qu’il voudra pas attacher ses souliers ou ben mettre ses p’tites culottes tout seul. J’vais devoir apprendre à laisser faire. Ouch pour le prof en moi. Laisse-faire, c’est pas grave. Laisse le faire, pis inquiète toi.

C’est la damnation d’un parent. Un coup qu’il arrive dans ta vie, t’es ben obligé de t’inquiéter pour lui. Tu peux pas faire autrement, ça vient avec la job de parent, que tu le veuilles ou non. Forever inquiet, forever sans contrôle indeed.

Dada Blaise