Jouer à un jeu de société avec un jeune enfant têtu en 10 étapes

Dans le cadre de ma collaboration avec TPLMoms, j’ai eu la chance de recevoir quelques jeux de société à tester pour le temps des fêtes (allez lire mes suggestions!). Dimanche était une journée pluvieuse, froide et dépressive à souhait et mon petit courait en tout sens dans la maison, arpentant murs et portes-patio comme un lion en cage, menaçant à tout instant de détruire quelque chose avec le dangereux mélange de trop-plein d’énergie et d’ennui qui l’habitait. Je devais agir et c’est là que je me suis dit, aweille les beaux jeux de société amusants et éducatifs! Vous savez de quel type de jeu donc je parle, fait de bois, solide, simple, qui aide l’enfant à apprendre les mathématiques et à développer leur pensée critique, ce jeu qui pogne la poussière dans la petite bibliothèque? Une activité familiale, sans écran de télévision, éducative par dessus le marché! C’est quoi le pire qui pourrait arriver?

Comme d’habitude, la vie m’a fait ravaler mes paroles, parce que beaucoup de « pire » risque d’arriver lorsqu’on joue à des jeux de société avec un enfant de 3 ans têtu comme un mule. Voici donc les 10 étapes de jouer un jeu de société avec un jeune enfant:

Première étape: L’optimisme débridé

Nous allons tous jouer ensemble et avoir du plaisir! Brasser le dé et faire avancer le pion sera bon pour le p’tit afin qu’il apprenne à bien compter. Et le fait d’attendre son tour lui apprendra aussi développer sa patience. Quelle bonne idée vous avez eu! Installez le jeu devant votre enfant et expliquer lui les règles du jeu alors qu’il s’empresse de vider le contenu entier de la boîte sur la planchette de jeu, le divan et le plancher. Réessayer de réexpliquer les règlements une nouvelle fois mais faites vous interrompre par l’enfant qui a envie de caca/soif/faim/n’aime pas la couleur de son pion.

Deuxième étape: La patience qui meurt à petits feux

« Oui, vas-y, roule le dé mon chéri. Non, sur la table. Ah ah ah, oui c’est drôle par terre, mais lance le sur la table. C’est ça. Non, là. Là. Oui. LÀ! Bon. Ok, tu as eu « 3 ». Avance de trois cases. Compte avec moi. C’est ça. Oups, une case de trop mon poulet. Recule. Non, recule, pas avance. Recule. 1 case. 1 CASE. Bon, c’est ça. Ok! C’est mon tour! Donne le dé. Donne-moi le dé. Do…donne le dé! DONNE le dé, bon, merci! Ok… »

Troisième étape: Le compromis

Bon, le p’tit préfère maintenant faire cogner les divers pions ensembles au lieu de les avancer sur les cases comme le jeu suggère intelligemment. Peut-être a-t-il seulement besoin de s’asseoir sur vous et jouer AVEC vous. En équipe quoi! Voilà ce qu’il faut!

Quatrième étape: Les vers dans l’cul

Le petit a la danse de St-Guy et grouille de toute les façon possible. Il a peut-être compris que « s’asseoir tranquille sur Dada » signifiait « sauter sur les genoux de Dada et cogner son menton avec sa grosse tête dure de toddler« , qui sait? Reposez l’enfant de son bord de table avec vigueur paternel et brassez le dé avec violence pour vous défouler.

Cinquième étape: Éviter l’étouffement

Oups, le petit à maladroitement et sans aucune mauvaise intention fait tomber « accidentellement » quelques pions et le dé. En bon parent, demandez lui de ramasser ce qu’il a fait tomber. L’enfant peut refuser, voir se fâcher. Attendez patiemment. Surveillez d’un œil le chien qui s’approche dangereusement de la table. Rappelez à l’enfant que s’il ne se dépêche pas, le chien risque de manger les pions et pourrait s’étouffer. Regardez l’enfant paniqué se jeter sous la table et tout ramasser d’un seul coup. Félicitez le chaleureusement d’avoir fait un si bon geste. Écoutez patiemment alors que l’enfant vous mime et vous explique comment il a pris les objets avant que le chien ne l’avale. Précipitez vous sur l’enfant alors qu’il « mime » le chien en train d’avaler un pion en se le mettant directement dans la bouche.

Sixième étape: Les menaces

Le petit est parti dans l’autre pièce et chante des cantiques de Noël. Entreprise échoué? Non. Vous êtes têtu vous avec pis vous allez apprendre à ce satané cher enfant qu’une fois qu’on commence quelque chose, on va jusqu’au bout, damn it! Allez chercher l’enfant et ordonnez lui de s’asseoir afin qu’il joue avec vous et apprendre les couleurs et les chiffres et la patience et le développement social, et ce SUR-LE-CHAMP! Félicitez-vous de votre candeur et détermination. Cet enfant aura toutes les habiletés requises pour entrer à la maternelle, peu importe comment!

Septième étape: Retour sur les genoux

« Ayoye donc! Mon #%@#%@ de menton! Va t’asseoir à ta place!  »

Huitième étape: Le drame

Après quelques frustrations et quelques crachats terrifiants, le petit semble maintenant comprendre le fonctionnement du jeu et semble même y prendre plaisir. Hourrah! Lancez le dé tour à tour, riant d’une même voix en dégustant du pop-corn de chou-fleur. Jouez à votre tour et dépassez le pion de votre enfant d’une bonne distance. Tentez de bullshiter quelque chose lorsque vous réalisez les larmes de la frustration qui viennent de jaillir avec violence alors que l’enfant réalise que vous êtes plus loin que lui. Hésitez entre lui apprendre une belle leçon de vie que dans la vie il y a des gagnants et des perdants ou bien d’avoir le reste de la journée tranquille en faisant gagner le p’tit.

Neuvième étape: La fin du jeu

Et le petit annonce la fin du jeu lorsqu’il décide de flipper la planche de jeu comme l’aurait fait Krystle Carrington dans Dynastie et en proclamant qu’il est affamé et que votre pop-corn de chou-fleur goûte le « caca ».

Dixième étape: L’après-jeu

Bon, tout le monde a eu son plaisir ou semblant de plaisir alors on retourne à la première option:  un bon six heures de télévision sans interruption pendant que Dada tente stupidement de gagner un voyage en Europe ou dans les Bahamas avec des concours bidons sur le Net.

 

Dada Blaise

Pourquoi Autant de Jouets?

Comme pour beaucoup de choses dans ma vie, je m’étais fait une image parfaite dans ma tête sur un enfant qui joue avec des jouets. L’image était un amalgame de mes propres souvenirs, d’annonces de jouets full cool effets spéciaux retrouvés sur les postes américains de ma jeunesse, quelques scènes de films et photos de magazine. Je m’imaginais mon enfant, cheveux bouclés et joues bien roses, jouant avec ses petits blocs de bois solides, s’amusant à en faire des belles tours bien hautes ou tout simplement les alignant un derrière l’autre pour en faire des pistes de courses. Je m’imaginais également qu’un enfant adorait jouer avec des jouets, qu’il pouvait passer des heures à jouer avec des figurines et des Legos, se créant des histoires rocambolesques et des épopées fantastique grâce au puissant pouvoir de l’imagination.

Avant d’avoir des enfants, moi, Dada, je me permettais également le jugement du jouet. Quand j’allais chez les gens qui avaient des enfants, j’me disais avec ma voix sassy et assuré « Voire que ces jeunes-là ont AUTANT besoin de jouets que ça. Ils en ont ben trop! », pis je repartais fièrement avec ma tête arborant une énorme tignasse de cheveux sexy pis mes fesses rebondis. Mais la vie, cette salope cruelle qui offre et enlève en même temps, m’a donné la chance inestimable d’avoir un enfant tout en me ramollissant les fesses. Moi qui m’étais promis que mon salon n’allait pas ressembler à un sous-sol de garderie, ben regarde moi donc les centaines de chars, pis grosses pistes de courses, pis pouliches pis nourriture de plastique qui se répandent partout, pis toutes sortes d’autres belles affaires inutiles.

OUI, j’ai appris et je suis repentant. Je suis comme tous les autres parents à présent, je cours dans les Wal-Mart et Toys’r’Us de ce monde pour acheter quarante-cinq-mille bébèlles différentes. Ma salle de jeux et mon salon sont rempli à rebord de jouets dans un seul et unique but: occuper mon enfant assez longtemps pour que je puisse faire le souper/uriner/liker des photos sur Facebook. La vie d’un parent est difficile. Le parent mérite une pause. Les jouets sont là pour ça. Alors pourquoi il y en a autant?

Pour diverses raisons:

  • Dans l’espoir de trouver LE jouet, LA bonne affaire qui déclenchera un spark d’intérêt fabuleux qui donnera envie à votre enfant de jouer le plus longtemps possible tranquille et de façon raisonnable tout en développant son intellectuel et ses talents artistiques.
  • Parce que votre enfant en reçoit des tonnes et des tonnes à chaque Noël et jour de fête, particulièrement le genre de jouet électronique qui chante sans arrêt, surtout parce que l’enfant pèse et repèse sur le piton jusqu’à ce que la chanson ce soit incrusté dans votre cerveau comme un parasite et fasse partie de votre personnalité intégrale à jamais.
  • Parce que vous avez visité des amis qui ont des enfants et vous avez vu à quel point ils ont des jouets cool et branché comparé aux vôtres, pis ben coudonc, vous êtes jaloux pis vous aussi vous les voulez ces beaux jouets-là esti.
  • Parce que vous avez donc joué avec ce jouet-là quand vous étiez p’tit pis vous avez donc aimé ça, pis damn it, votre p’tit aussi va jouer pis avoir autant de plaisir que vous pis vous allez partager un beau moment pis ça va être le fun, correct-là? Pis évidemment le p’tit en a rien à faire de votre jouet plate et délavé.
  • Parce que vous avez eu le malheur d’écouter PatPatrouille, pis guess what, ça vous prend les p’tites figurines de chaque chiens. Les chars aussi. Pis la grosse base. Pis le temple. Pis les toutous. Pis devinez quoi? La nouvelle saison est sortie, pis il y a un nouveau chien! Hourra le mercantilisme et la faible volonté d’un parent qui aime avoir les belles collections « au complet »!

 

Dada Blaise