Comment Expliquer Notre Famille Homoparentale À La Populace

 

L’été finit plus de finir et nous sommes au parc, Dada et le p’tit, partageant un de ces moments tendres et merveilleux autour de la balançoire. Nous avions amené le whole shebang avec nous, le p’tit chariot rouge ben plein de ballons, gugu qui tourne dans le vent, kit de bulles, toute, toute. J’ai d’l’air de savoir où j’m’en vas pis comment gérer ça un enfant moé-là. Le parc est ben plein. Les housewives de Chambly piaillent joyeusement depuis leur spot habituel, les diverses madames de CPE se jasent ça pendant que les enfants se bataillent pour cueillir des pissenlits; il y a même une grand-maman attendrissante qui marche en tenant sa petite-fille par la main. Deux mamans, couettes poussent leurs petites tout près de moi. Le p’tit se balance jambes en l’air et tête par en arrière, criant ses ordres de »plus haut! » et « plus fort » habituels. Après un boutte, le p’tit se retourne vers moi et me demande subitement et légèrement un peu trop fort à mon goût : « Papa il est où? »

Je sens aussitôt quelques regards se poser sur notre joyeux duo. Je peux déjà imaginer les questionnements des deux mamans tout près : « Who the fuck is that guy? » « Est-ce que c’est son oncle? » « Est-ce qu’on est en train d’assister à un kidnapping nous autres coudonc? ».

J’explique alors d’une voix claire et précise à mon p’tit:

« Papa est au travail Petit Pou. »

« Ah. Toi travaille pas? »

« Non, DADA, TON AUTRE PÈRE ne travaille pas aujourd’hui. Viens avec moi maintenant, nous allons aller à NOTRE MAISON, car je suis TON PÈRE aussi. Tu as DEUX PAPAS! »

Puis nous sommes partis prestement. La vérité est que ce genre de situation est plutôt fréquent dans nos vies. La plupart du temps, c’est facile et même loufoque à gérer. Je fais des blagues, je crée des malaises et j’aime ça. On me demande le nom de la mère et je réponds que c’est moi. Le regard se lève alors rapidement vers moi et me scrute attentivement, s’attardant sur mes manboobs et ma barbe, puis on me demande de répéter, pardon, le nom de la mère c’est? Bref, avec les adultes c’est simple. Mais là où je sens un vrai malaise, c’est avec les plus jeunes. Les premiers jours à la garderie ou bien au cours de natation par exemple. Les questions curieuses des enfants: « Maman, pourquoi il y a deux papas lui? » « Elle est où sa maman? » « Pourquoi il a pas de maman? »

Yup, j’suis un gay Dad qui se fait appeler Dada, et plus souvent qu’autrement, je sème le doute et la confusion sur mon passage. La plupart des parents se débrouillent bien pour baragouiner une réponse: « Ben c’est comme ça, il a deux papas. » « Sa maman est pas là! » « Il a pas de maman. » D’autres font la stratégie simple d’ignorer la question ou de proposer d’aller au dépanneur pour acheter des bonbons. Vous vous sentez un peu mal à l’aise face aux nombreuses questions de vos enfants? Laissez un expert en Dadaitude vous aider sur le sujet.

D’abord, parlez à vos enfants. C’est le plus simple. N’évitez pas le sujet ou n’embellissez pas la vérité. Ne dites pas que la maman est partie au magasin ou vit dans un autre pays. Et surtout, ne dites pas qu’ils sont trop jeunes pour comprendre. Soyez simple et précis. Ils sont « gays ». That’s it. N’ayez pas peur de dire le mot. Ils sont GAYS (mais ne le hurlez pas non plus, pour pas faire peur aux voisins). Papa pis Dada sont gays. Les deux madames qui vivent au-dessus de chez nous sont des lesbiennes. Le Schtroumpf avec une p’tite fleur sur le chapeau, oh honey, il est gay et ne le sait pas encore. C’est correct également que vos enfants soient un peu chamboulés et  incertains. La plupart des enfants ont le modèle Papa/Maman dans leur tête, ils ont grandi avec ça. C’est correct de leur dire que c’est différent. C’est un bon mot à utiliser. Ils sont juste un peu différents de notre famille. Le monsieur là-bas est noir et la maman est blanche. Ils sont juste un peu différents de notre famille. La maman là-bas n’a pas d’amoureux. Elle est toute seule avec sa petite fille. C’est juste différent de notre famille.

Beaucoup craignent également que d’avoir à expliquer l’homosexualité ouvre une porte vers celle-ci. Comme si le fait de mentionner à un jeune enfant que, oui, deux hommes peuvent être amoureux risquait de le pousser dans cette voie. Il n’est pas nécessaire non plus de dire à vos enfants qu’ils pourraient peut-être un jour être amoureux de quelqu’un du même sexe qu’eux. Laissez-leur encaisser la nouvelle, pas besoin de les mélanger davantage. Expliquez simplement, et non, vous n’avez pas à expliquer GRAPHIQUEMENT ce que c’est l’homosexualité. Certains craignent d’avoir à expliquer comment deux hommes font l’amour. Non madame, t’es pas obligée de faire ça. Ne passez pas un jeudi soir à visionner le contenu de Youporn en famille afin d’expliquer clairement ce que font deux hommes ensemble. La simplicité gagne toujours. Le classique « Ces deux messieurs s’aiment comme des amoureux » est ben correct.

Mieux vaut que vos enfants sachent et comprennent ce que c’est le plus tôt possible au lieu de l’apprendre tout croche par le p’tit bum de la cour d’école à la virilité/confiance en soi chambranlante. La plupart des enfants d’âge primaire n’ont qu’une vague idée de ce que c’est « être gay ». La plupart du temps, ils l’associent à quelque chose de péjoratif, mais une fois questionnés, ils ne savent pas vraiment pourquoi. Ils savent seulement qu’être gay c’est mauvais. C’est pourquoi il est primordial pour tous – que ce soit les familles différentes ou bien le p’tit gars qui réalise peu à peu qu’il aime vraiment jouer avec son meilleur ami – d’expliquer le positif des couples homosexuels. « Ils sont un couple. Ils sont amoureux. » Le mot « aime » est capital, non? Car c’est ce qui unit le monde, c’est ce qui unit une famille.

Ils s’aiment. Point final.

Dada Blaise

 

Pouliche Masculine

En 1985, un jour pas particulièrement spécial, ma mère avait décidé d’aller magasiner au Westcliff avec son p’tit gars de 3 ans. Pour les non-initiés, le Westcliff c’était le gros centre d’achat de ma ville. À cette époque folle de vestons à épaulettes et de cigarette fumé dans le char, il était possible de dumper son enfant à la garderie du centre d’achat, ainsi libérant la femme active des années 80 du fardeau de sa progéniture et lui laissant champ libre pour aller sû Sears essayer des parfums floraux. Moi j’étais un p’tit gars à sa maman, toujours dans ses jupes, fac tu comprends que j’voulais vraiment pas rester dans la garderie décoré avec un gros simili Mickey Mouse dans la mer d’enfants criards au gilet Vuarnet turquoise. Ma mère m’avait promis qu’elle m’achèterait un beau jouet quand elle reviendrait me chercher, parce qu’elle avait comprit la game parental tsé. Et comme promis, ma mère était bel et bien revenu avec un jouet pour moi, le p’tit gars qui braillait en mâchonnant son chandail dans le coin. Le jouet? Une pouliche.

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La coupable.

Et quand je l’ai pris dans mes mains, BAM, c’est là que j’suis devenu gay. That’s it. Pas besoin de plus d’explications que ça. C’est ben clair que ce jouet aux couleurs chatoyantes m’a INSTANTANÉMENT fait r’viré aux hommes. J’me suis mis à aimer dire fabulous et honey, chanter des chansons de comédies musicales et me mettre du linge troués. J’exagère à peine…

Ma relation avec les jouets à toujours été tumultueuse. J’étais un p’tit gars qui jouait beaucoup avec ses jouets. Avec toutes sortes de jouets. Mais j’aimais surtout les jouets « pour filles ». Les belles pouliches pis les Précieux Décors, pis les oiseaux à longues queues pis les princesses de Disney. J’aimais ça dessiner des sirènes avec des grosses boules couvert de coquillages. J’aimais prendre le personnage de la princesse de Super Mario Bros 2. J’aimais faire de la gymnastique pis faire la roue pis toute. J’aimais ça « les affaires de filles ». J’ai par contre rapidement compris sur la cours d’école que les gars jouaient pas avec ça. Les gars ça jouaient au hockey, au LEGOS, aux Tortues Ninja, à He-Man ou à se tapocher. Les filles avaient le droit de jouer avec les jouets de gars, mais pas l’inverse. Une fille qui jouait aux Tortues Ninja, c’était un peu bizarre, mais correct. Un gars qui jouait avec une poupée Bout’chou, c’était interdit, c’était « fif ». J’avais pourtant tous ces autres jouets-là moi avec. Comme tout bon p’tit gars des années 80, j’avais ma part de LEGOS, de Tortues Ninjas pis de He-Man, Masters of the Universe. Mais j’avais surtout pas le droit de dire que j’avais la Barbie de Ariel, ni la maison rose des pouliches, ni une poupée Bout’chou qui s’appelait Geneviève.

La grande question est celle-ci: est-ce que ces jouets m’ont rendus homosexuel? Est-ce que le fait que je jouais avec des princesses pis des p’tits rubans pis des p’tits froufous m’ont tellement féminisé que je suis devenu un homme qui aime les hommes? Si vous voulez mon avis, j’ai eu plus de risque d’être gay à force de jouer avec ceci:

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Oh yeah, juste les vraies gars virils jouent avec des hommes musclés en p’tites culottes fait de fourrure.

Fastfoward trente-ans plus tard. Le P’tit m’achale pour avoir des jouets, pis moi j’ai ben ben envie de lui en donner, parce que j’trippe autant que lui sur les bébèlles pour enfant. J’avais ben hâte que mon p’tit soit assez grand pour qu’il passe aux vraies jouets, aux figurines, pis aux LEGOS pis aux grosses affaires cool. J’voulais qu’il me demande des p’tites autos pis des pistes de courses, un filet de hockey ou ben une épée stiromousse. J’avais cet image du p’tit gars que j’avais pas été, le modèle boys will be boys, avec sa p’tite dent fendu, sa tache de bouette pis son pantalon troué. Mon gars serait un vrai gars bonyeu. J’me suis ainsi rendu au Toys’R’Us.

J’étais ben prêt. « Tiens ti-gars, on va aller t’acheter des nouveaux jouets. » Le p’tit est excité et me montre des balles. Non, pas ça, t’en as cinquante milles. On va t’acheter des vraies jouets, un gros là, un le fun. On se promène et il n’y a pas grand chose qui l’intéresse. Les jouets de PatPatrouille? Bof. Les dinosaures là? Pffff. Le gros bidule à cent mille piasse? Whatever. Tout d’un coup, le p’tit entre dans la rangée des « filles ». Vous savez de quelle rangée je parle, c’est celle avec un gros vagin au-dessus. Non? Vous avez pas vu ça comme ça? Ah non c’est vrai. La rangée de jouets pour filles est ROSE. Parce que la Nature (et les stylos Bic) ont décidé que toutes les choses féminines serait roses. Bref, Petit Pou se promène et spot une pouliche. Il l’a veut. Moi, étant évolué, j’me dis immédiatement: « Bon, kess que le monde va penser!? Un p’tit gars avec 2 pères qui veut jouer aux pouliches! Malédiction! »

Oui, comme le reste de la population, j’ai succombé à mon jugement intérieur, à matante Culpabilité. J’me suis dit que c’était un jouet de « filles ». J’ai même insisté comme un épais qu’on aille voir dans l’autre rangée, voir s’il voulait un camion ou ben un dinosaure ou ben quelque chose avec des muscles pis du poils. J’insistais. J’écoutais pas. J’me disais que je faisais ça pour le protéger, parce que je savais c’était quoi d’être le p’tit différent, celui qui joue pas exactement comme les autres. Je ne voulais pas qu’il subisse les jugements du monde entier, parce que le monde a pas évolué. C’est déjà ben assez difficile quand un enfant « fit » pas dans le cadre pré-établi, ça l’est doublement pour un p’tit gars qui embrasse sa féminité. De nos jours, on prône la joie de la différence, l’égalité, la force de caractère, l’intelligence, mais si un p’tit gars veut jouer à la coiffeuse ou à la Barbie, yark caca. GAY! Une p’tite fille peut aimer Star Wars et jouer avec sa figurine de Han Solo, mais qu’un p’tit gars joue avec Rey, mmm, trouble en vue! Les campagnes publicitaires prônent le hourrah les filles peuvent faire ce qu’elles veulent, mécanicienne, astronaute, chauffeuse de motocross, mais un p’tit gars veut être coiffeur ou danseur de ballet jazz, DANGER!

J’me suis dit que le monde, en trente ans, avait pas changé tant que ça finalement. La conception des jouets est encore la même qu’avant, sinon pire. Tu as les jouets pour gars, pis les jouets pour filles. Tu as des figurines d’action pour gars, pis des belles affaires coquettes pour les filles. Il y a bel et bien quelques jouets neutres, mais plus l’enfant grandit, plus il doit choisir son camp. Rose ou bleu. Vagin ou pénis. Viril ou Coquette. C’est alors que mon attitude parentale « fuck that shit » est resurgit, cette belle et béatifique attitude qui me fait dire que c’est correct de crier parfois ou ben de laisser le p’tit jouer pendant que je gosse sur mon téléphone. Fuck that shit que j’me dis. Tiens, j’t’en achète 2 pouliches. La jaune pis la bleu, les deux que tu voulais. Pis à la maison, on va écouter l’émission des pouliches. On est reparti, pis il était content. Il a voulu déballer ces pouliches drette-là pis il a joué avec dans le char. À la maison, il a joué avec les pouliches pis ses dinosaures, avec Joie de Inside Out pis avec Ruben de PatPatrouille. Il y avait pas de distinction pour lui. C’était juste des jouets. J’étais ben humble devant lui. Il avait son gros fun noir, pis j’avais failli lui enlever ça. J’avais honte de mon moi-même. D’avoir tenté de forcer la « normalité » sur mon enfant. J’me suis rappelé cette photo vu sur le Net.

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Faque on a été chez ma mère pis on fouillé dans le vieux coffre à jouet pis j’ai ressortit les vieilles pouliches qui avaient survécus. MES pouliches. Kin mon ti-gars. Joue. Il a joué, il a trippé, pis comme tout enfant de 3 ans, il s’est tanné au bout de 2 jours pis a recommencé à m’achaler pour avoir de nouveaux jouets. There you have it. Une leçon de plus pour Dada. Qu’il joue donc avec ce qu’il veut, tant que ça l’occupe pendant un p’tit bout pis que je sois pas obligé de l’amuser incessamment. #minimumparenting #jouedoncaveccequetuveux

Dada Blaise