L’Enfant Autiste et la Garderie (1ère partie)

*Warning! Ce post est tiré de mes expériences et mes observations, donc nullement représentatif de la vie en garderie en général, fac calmez-vous les commentaires de « moi je ». 

 

Que vous soyez un parent au foyer qui est sur le bord de commettre un crime pour vous sentir vivant ou bien un parent qui travaille afin de payer les factures et votre abonnement à Netflix (ou peut-être vous voler le service de vos amis généreux, qui sait), viendra un temps où il vous faudra placer votre petit n’enfant dans une garderie.

Ahhhhh les garderies. S’il y a bien quelque chose qui peut terrifier/faire chier/angoisser un parent, c’est les garderies.  Mais pourquoi vous demandez-vous en sautillant nu dans votre salon? En premier lieu, il faut choisir le genre d’installation: CPE, familial ou privé. Sachez qu’il faut tout d’abord être prévoyant. Si vous voulez envoyer votre enfant dans un CPE, il faudra l’inscrire quelques semaines avant la conception de l’enfant, tant les places y sont restreintes. L’autre option sont les garderies familiales. Là encore, il faut les magasiner afin de ne pas confier votre enfant à une suppôt de Satan ou pire encore une gardienne qui va vous jaser de La Voix à chaque lundi matin. Il faut également vérifier si il y a une odeur de cigarette caché dans les coussins décoratifs, si c’est le genre d’endroit qui prône les siestes de 4 heures d’affilés qui viendront gâcher votre précieux temps libre lors du dodo ou si ils font trop de projets artistiques de bricolage qu’ils vous ramène à la maison à chaque semaine. Votre maison est déjà rempli à rebord avec de beaux dessins et des affaires collés plein de paillettes, avez-vous tant besoin d’avoir un autre carton avec une trace de main en gouache rouge de votre rejeton?

Bref, c’est un véritable casse-tête pour tous un chacun. Pour les parents d’enfants différents comme nous autre, il y a un niveau de difficulté d’une coche supérieur. Papa pis Dada ont vécu ce périple au travers 3 garderies différentes. Trois. Je ne sais pas à quel point notre histoire diffère de celle d’autres parents d’enfants différents, mais voici un petit résumé de notre périple avec notre enfant autiste dans les garderies. Don’t worry, la fin est heureuse même si le début ne l’est pas!

Première Garderie – La Tite Madame qui voulait ben faire mais ne savait pas trop quoi faire

Petit Pou commence son périple des garderies dans une garderie familiale, chez une de nos amies. Tout va bien, Petit Pou est heureux, la vie est rempli de papillons et de jolies rayons de soleil. Puis la garderie ferme pour X raison et il faut en trouver une autre. Yishhh. Dada fouille sur Internet et, hourra!, quel chance, nous trouvons une garderie drette sur notre rue toé chose, à quatre pas littéralement de notre maison. Cela semble parfait. Nous rencontrons la dame et lui présentons le cas de notre enfant. À cette époque, on ne sait pas trop ce qu’il a exactement. Nous savons qu’il est différent, qu’il a quelque chose qui le met à part des autres, mais on ne sait pas trop quoi exactement. Il y a plusieurs hypothèses qui flottent (TDAH, TSA, Trouble de l’attachement dû à son adoption, alouette…), mais rien ne semble certain. Petit Pou à 2 ans.

Papa pis Dada expliquent donc le quotidien de Petit Pou. Il ne fait presque plus de sieste l’après-midi. Il est très anxieux, réagit parfois violemment aux changements comme un nouvel ami dans la garderie, une activité imprévu ou un étranger dans la maison. Nous lui expliquons également qu’il a de la difficulté à jouer avec les autres amis, il ne veut pas toujours participer, il ne veut pas faire d’effort, il dit « oui » mais veut dire « non », il tient tête, il s’oppose, il crie, il tape, il se tape, il grogne, il est inconsolable, etc. Qui plus es, à deux ans, Petit Pou ne parle toujours pas beaucoup, il préfère pointer. L’éducatrice, que nous appellerons Henrietta, semble un peu sceptique et overwhelmed à la fois mais nous dit pas de problème, elle va le prendre. Elle va faire de son mieux. Et c’est parti pour la garderie. Au départ, c’est pas trop mal, Petit Pou est en lune de miel, il est ben colleux et ne fait pas trop de vagues. Mais rapidement, les choses tournent mal. Dada reviens l’après-midi pour chercher son enfant et à chaque fois il doit entendre les litanies de Henrietta, qui est complètement dépassé par les événements.

Je crois qu’ici beaucoup de parents d’enfants différents reconnaitront cette situation. Le négativisme. Se faire expliquer encore et encore, jour après jour, les troubles et les mauvais coup de son enfant. Sentir le découragement de l’éducatrice. Henrietta ne comprend pas pourquoi il ne veut pas faire les bricolages ou les coloriages. On apprend plus tard qu’elle est un peu exigeante sur ce côté, demandant à notre enfant de colorier les bottes du Chat Botté rouge et non jaune. Vous imaginez comment Petit Pou, qui est TSA, réagit à se faire dire une telle consigne. Bref, c’est pas la joie. Ça commence à être lourd pour Dada de sentir le découragement de l’éducatrice. Elle dit qu’elle n’a jamais vu ça, yada yada yada.

Je sais, je sais, c’te pauvre Henrietta faisait ce qu’elle pouvait avec les ressources qu’elle avait et P’tit Pou lui rendait pas la tâche facile. Il lui a quand même péter un carreau de vitre lors d’une crise et il ne dormait presque jamais l’après-midi, fac elle n’avait pas grand pause. Henrietta est d’un certain âge, elle n’a pas son service de garde depuis longtemps et ne comprend juste pas qu’un enfant ne veule pas faire des activités avec les autres ou bien boude ou bien bouge et fait des culbutes au lieu de décorer un petit bonhomme de neige en bout de papier de toilette. Semblerait-il qu’elle n’a eu seulement que des enfants élevés dans la ouate et qui chie de la barbe à papa rose. Elle ne sait pas trop quoi faire avec mon enfant, malgré les belle recommandations des spécialistes que nous avons payés pour l’aider. Après quelques mois là-bas, Dada en a ras le pompon de se faire répéter que c’est donc difficile et qu’elle est épuisée. Il braille son désespoir en mangeant un pot de margarine, alors son chum décide d’agir et va jaser avec Henrietta.

Cette dame aimait notre enfant et faisait réellement tou ce qu’elle pouvait avec ce qu’elle connaissait. Elle n’avait jamais vu de cas d’autisme, ni de TDAH ou autre trouble de ce genre. Elle passait les après-midi où mon p’tit ne dormait pas avec lui, lui tenant compagnie en lui proposant de l’aider à cuisiner ou en écoutant la télévision avec lui. Je ne lui en veux pas. Mon garçon aimait Henrietta. Il aimait aller là-bas. Malgré tout, je sentais bien qu’il n’était pas à la meilleure place pour ses besoins de Petit Pou spécial et unique et merveilleux comme un flocon de neige. Dada décida donc de cherche sur Internet pour tenter de trouver une autre garderie qui serait plus adapté aux besoins de notre petit.

J’allais bientôt découvrir un autre endroit pour mon enfant, et un nouvel enfer qui débuterait. SUSPENSE!

Dada Blaise

Plot Twist: Autisme!

ADVENTURES IN ADOPTIONLAND PART 4: PLOT TWIST: AUTISME!

 

Ouf! J’sais pas vous autres, mais ici on a eu toute qu’une rentrée scolaire! Une nouvelle école pour Dada, un nouveau bébé chaton qui nous réveille la nuit en nous sautant sur les gosses, des chaleurs intenses, le retour d’Occupation Double, mon p’tit qui a embrassé sa p’tite copine de garderie SUR LA BOUCHE, ma soeur qui s’est marié, j’me suis mis à faire du sport, pis, oh, oui, un p’tit diagnostic sur mon enfant, la déclaration officielle TSA. Il n’y a pas trente-six milles façon de l’annoncer. Après plus d’un an d’observation par divers petites madames bien intentionnés, du CLSC au pédiatre en passant par une voyante d’Outremont qui lit dans des boules de crystal, nous avons enfin eu notre verdict: notre p’tit garçon est autiste. Enfin, le nouveau terme est qu’il a un trouble du spectre de l’autisme.

La question qui reste est celle-ci: vais-je pouvoir devenir meilleur amis avec toutes les célébrités à la mode qui campagne pour la cause des enfants autistes? Peut-on toujours faire des blagues sur notre enfant et écrire les hauts et les bas de la vie familiale lorsqu’il y a un enfant TSA sous notre toit? Est-ce que mon enfant va être comme Dustin Hoffman dans Rainman et m’aider à faire fortune en escroquant les casinos?

Bien sûr, bien sûr au départ tout n’était pas hilarant et rose fleuri avec de la dentelle pis des pétales de fleurs. J’pensais être pas mal prêt à tout tsé. J’avais lu mes livres sur la normalité adoptive, sur les enfants adoptés. J’avais fait mes devoirs avec les livres sur les bébés, parcouru les forums, interrogés les matantes pis les belles-soeurs. J’avais réécouté De Quoi J’Me Mêle. J’étais prêt.

Pis of course, mon bébé est arrivé pis surprise, j’étais pas prêt finalement! T’as beau avoir lu ben des livres pis des regardé ben des films, y’a pas grand chose qui te prépare à changer une couche abondante dans une salle de bain sans table à langer dans un restaurant de Westmount tout en chantonnant Somewhere Over the Rainbown à un enfant pour qu’il se calme.

J’étais par contre pas vraiment préparé à me sentir poche la plupart du temps. J’étais pas mal confiant en mes habiletés parentales pourtant. Après tout, en tant que prof au primaire, j’étais capable de contrôler un groupe d’une vingtaine d’élèves, calmer des crises et attacher des souliers pis rezipper des manteaux d’hiver j’fais ça de toute ma sainte journée, fac j’pensais que je l’aurais facile. Quand j’ai vu mon p’tit la première fois, quand je l’ai pris dans mes bras pis que je l’ai bercé pendant que mon chum était parti acheté des trucs pis respirer dans un sac de papier avant d’hyperventiler par la nouvelle responsabilité d’un bébé, j’me trouvais pas mal bon. J’trouvais que ce p’tit-là pis moi, qu’on était pas mal destiné d’être ensembles. J’trouvais qu’il était à la bonne place, pis qu’on s’rait ben. Le sentiment était bien réel, bien incrusté dans mon coeur. On était meant to be. Flashfoward deux ans plus tard. Quand le Terrible Two commençait. Les crises, les pleurs, les demandes, les cris, les larmes, les crises, encore et encore.

Me semble que c’était difficile que j’me disais. Me semble que c’est, genre, câlissement difficile. Mais bon, l’internet tout entier semblait me dire que oui, élever des enfants était difficile. Pis que oui, le Terrible Two était assez intense, mais que c’était une phase. Une phase pis une autre pis une autre. Fac alors que le temps passait, j’en revenais à ce moment au tout début, entre mon p’tit pis moi, celui qui me disait qu’on était ben ensembles, que j’étais celui dont il avait besoin. Pis je continuais à me sentir poche, malgré les beaux compliments des amis pis de la famille pis du boyfriend. Fac j’ai persévéré, pis j’ai fait comme tout bon parent overwhelmed, j’me suis pitché un peu partout pour essayer à peu près n’importe quoi. Parce que les crises, elles arrêtaient pas. Les tantrums interminables, ils arrêtaient pas. Peut-être qu’on avait besoin de plus d’Omega-3. Peut-être qu’on avait besoin de plus d’air frais. Plus d’espace. Moins de gras trans. Une nouvelle chambre. Plus de probiotiques. Être plus sévère. Moins sévère. Parler en anglais. Une chambre avec des couleurs pastels. Des spinners? Jésus?

« C’est son âge. C’est normal. » ou « Le mien était pareil. Le mien a fait ça aussi. »Voilà ce que j’entendais à droite pis à gauche. Fac j’me disais que j’devais capoter. Ou ben que c’était l’adoption, la normalité adoptive. J’ai même écris là-dessus, parce que tsé, j’vide mon âme à tout bout de champ. Ce qui devenait mélangeant, c’est que mon cher et tendre démon aux yeux bleux et aux cheveux dorés comme le blé ne présente pas les signes habituellement associés à l’autisme. Ou du moins, l’image de l’enfant autiste que je m’était fait. Il est super affectueux. Me regarde dans les yeux. Veut mon attention. Parle comme nous. Puis, les signes pis les petites alarmes ont commencés à s’accumuler. Pis j’ai appris peu à peu à mieux comprendre l’autisme. 

Malgré la normalité adoptive, malgré son âge, malgré ceci pis cela, quelque chose semblait incertain. Il est vraiment doué avec les chiffres, genre un peu trop. Il alignait ses petites autos. Il a un gros imaginaire. Il a une obsession pour les horloges. Il a de la difficulté à jouer seul (voir incapable). Il frappait les amis, s’obstinait, se braquait aux changements. Et les crises…Oh boy. J’en ai parlé quelques fois sur le blog, mais des crises j’en ai vu, et ce de toutes les couleurs. Des crises terrifiantes où mon enfant se frappait la tête avec sa main, se cognait la tête sur le plancher, hurlait à en faire saigner les oreilles. J’exagérais pas quand je le comparais à Regan dans The Exorcist. Les chriss de crises, celles où j’allais m’enfermer dans ma propre chambre, que je devais barrer la porte et respirer à grand coups pour être certain de pas craquer. Parce que j’ai failli. Mon chum aussi. On a compris les parents qui pouvaient r’virer sur le capot. Ceux dont-on entend parler dans les nouvelles. Ceux qui ont enfermés leur p’tit dans la cave ou ben dans un garde-robe, ceux qui ont shakés l’enfant pour qu’il se ferme. Des sentiments noirs pis poisseux pis terrifiants. Pis au travers tout cela, il y avait toujours le même refrain d’un peu tout le monde:

« C’est son âge. C’est normal. » ou « Le mien était pareil. Le mien a fait ça aussi. »

J’ai essayé plus fort, plus ardemment. Aweille les ateliers créatifs pis les marionnettes pis les flûtes de pan relaxantes pis la lavande ingurgité de force. Ignorer ou ben tenir tête, les timeouts, les punitions, les récompenses, la prise de poids excessive pour noyer sa peine avec les chips du désespoir, tout y a passé. Arriver jour après jour à la garderie pis entendre les difficultés, les épreuves, les crises. Se débiner à tenter de trouver exactement où était le problème, parce que damn it, dans mon fin fond du fond, j’savais qu’il y avait quelque chose qui clochait. Pis finalement, ça s’est fait. Pas plus tard que la semaine passé. Fidèle à nous-mêmes, Papa pis Dada ont rigolés avec les pédopsychiatres et les spécialistes. Il n’y a pas eu d’énormes crises de larmes, pas d’arrachage de linge, pas de « DAMN YOU LIFE! » en hurlant vers le ciel. Juste un soulagement. Un énorme poids sur les épaules qui a disparu. Une piste à suivre. Un p’tit sentiment de: sti j’avais raison.

Fac on en est là. Savoir que mon enfant à un trouble du spectre de l’autisme a pas changé mon amour pour lui. Ça ne l’a pas changé non plus. L’étiquette que lui colle et qu’il aura toute sa vie ne le change aucunement à mes yeux. Il reste pareil, il est le même ti-gars qu’avant. Je ne crains pas l’étiquette qu’il a. Je ne crains pas le mot. Je sais simplement maintenant comment mon enfant fonctionne et comment j’vais faire pour l’aider au maximum de mes capacités.

Donc voilà pourquoi il y a longtemps que je n’ai pas écris. Il m’a fallu du temps pour savoir si je devais continuer ou pas. On est encore là finalement. Tant de questions et beaucoup d’incertitude, c’est pas mal le deal avec tout, n’est-ce pas?

Papa pis Dada pis le p’tit; notre famille juste un peu différente, avec maintenant un p’tit extra de pas pareil comme les autres!

 

Dada Blaise

Pour lire les autres aventures de l’adoption, c’est drette-là: 

Adventures in Adoptionland, PART 1: Ze Commencement

Adventures in Adoptionland, Part 2: Petit Pou Contre-Attaque! (Avec de l’amour!)

Adventures in Adoptionland, part 3: Ze Boutte Rough!

 

Comment Expliquer Notre Famille Homoparentale À La Populace

 

L’été finit plus de finir et nous sommes au parc, Dada et le p’tit, partageant un de ces moments tendres et merveilleux autour de la balançoire. Nous avions amené le whole shebang avec nous, le p’tit chariot rouge ben plein de ballons, gugu qui tourne dans le vent, kit de bulles, toute, toute. J’ai d’l’air de savoir où j’m’en vas pis comment gérer ça un enfant moé-là. Le parc est ben plein. Les housewives de Chambly piaillent joyeusement depuis leur spot habituel, les diverses madames de CPE se jasent ça pendant que les enfants se bataillent pour cueillir des pissenlits; il y a même une grand-maman attendrissante qui marche en tenant sa petite-fille par la main. Deux mamans, couettes poussent leurs petites tout près de moi. Le p’tit se balance jambes en l’air et tête par en arrière, criant ses ordres de »plus haut! » et « plus fort » habituels. Après un boutte, le p’tit se retourne vers moi et me demande subitement et légèrement un peu trop fort à mon goût : « Papa il est où? »

Je sens aussitôt quelques regards se poser sur notre joyeux duo. Je peux déjà imaginer les questionnements des deux mamans tout près : « Who the fuck is that guy? » « Est-ce que c’est son oncle? » « Est-ce qu’on est en train d’assister à un kidnapping nous autres coudonc? ».

J’explique alors d’une voix claire et précise à mon p’tit:

« Papa est au travail Petit Pou. »

« Ah. Toi travaille pas? »

« Non, DADA, TON AUTRE PÈRE ne travaille pas aujourd’hui. Viens avec moi maintenant, nous allons aller à NOTRE MAISON, car je suis TON PÈRE aussi. Tu as DEUX PAPAS! »

Puis nous sommes partis prestement. La vérité est que ce genre de situation est plutôt fréquent dans nos vies. La plupart du temps, c’est facile et même loufoque à gérer. Je fais des blagues, je crée des malaises et j’aime ça. On me demande le nom de la mère et je réponds que c’est moi. Le regard se lève alors rapidement vers moi et me scrute attentivement, s’attardant sur mes manboobs et ma barbe, puis on me demande de répéter, pardon, le nom de la mère c’est? Bref, avec les adultes c’est simple. Mais là où je sens un vrai malaise, c’est avec les plus jeunes. Les premiers jours à la garderie ou bien au cours de natation par exemple. Les questions curieuses des enfants: « Maman, pourquoi il y a deux papas lui? » « Elle est où sa maman? » « Pourquoi il a pas de maman? »

Yup, j’suis un gay Dad qui se fait appeler Dada, et plus souvent qu’autrement, je sème le doute et la confusion sur mon passage. La plupart des parents se débrouillent bien pour baragouiner une réponse: « Ben c’est comme ça, il a deux papas. » « Sa maman est pas là! » « Il a pas de maman. » D’autres font la stratégie simple d’ignorer la question ou de proposer d’aller au dépanneur pour acheter des bonbons. Vous vous sentez un peu mal à l’aise face aux nombreuses questions de vos enfants? Laissez un expert en Dadaitude vous aider sur le sujet.

D’abord, parlez à vos enfants. C’est le plus simple. N’évitez pas le sujet ou n’embellissez pas la vérité. Ne dites pas que la maman est partie au magasin ou vit dans un autre pays. Et surtout, ne dites pas qu’ils sont trop jeunes pour comprendre. Soyez simple et précis. Ils sont « gays ». That’s it. N’ayez pas peur de dire le mot. Ils sont GAYS (mais ne le hurlez pas non plus, pour pas faire peur aux voisins). Papa pis Dada sont gays. Les deux madames qui vivent au-dessus de chez nous sont des lesbiennes. Le Schtroumpf avec une p’tite fleur sur le chapeau, oh honey, il est gay et ne le sait pas encore. C’est correct également que vos enfants soient un peu chamboulés et  incertains. La plupart des enfants ont le modèle Papa/Maman dans leur tête, ils ont grandi avec ça. C’est correct de leur dire que c’est différent. C’est un bon mot à utiliser. Ils sont juste un peu différents de notre famille. Le monsieur là-bas est noir et la maman est blanche. Ils sont juste un peu différents de notre famille. La maman là-bas n’a pas d’amoureux. Elle est toute seule avec sa petite fille. C’est juste différent de notre famille.

Beaucoup craignent également que d’avoir à expliquer l’homosexualité ouvre une porte vers celle-ci. Comme si le fait de mentionner à un jeune enfant que, oui, deux hommes peuvent être amoureux risquait de le pousser dans cette voie. Il n’est pas nécessaire non plus de dire à vos enfants qu’ils pourraient peut-être un jour être amoureux de quelqu’un du même sexe qu’eux. Laissez-leur encaisser la nouvelle, pas besoin de les mélanger davantage. Expliquez simplement, et non, vous n’avez pas à expliquer GRAPHIQUEMENT ce que c’est l’homosexualité. Certains craignent d’avoir à expliquer comment deux hommes font l’amour. Non madame, t’es pas obligée de faire ça. Ne passez pas un jeudi soir à visionner le contenu de Youporn en famille afin d’expliquer clairement ce que font deux hommes ensemble. La simplicité gagne toujours. Le classique « Ces deux messieurs s’aiment comme des amoureux » est ben correct.

Mieux vaut que vos enfants sachent et comprennent ce que c’est le plus tôt possible au lieu de l’apprendre tout croche par le p’tit bum de la cour d’école à la virilité/confiance en soi chambranlante. La plupart des enfants d’âge primaire n’ont qu’une vague idée de ce que c’est « être gay ». La plupart du temps, ils l’associent à quelque chose de péjoratif, mais une fois questionnés, ils ne savent pas vraiment pourquoi. Ils savent seulement qu’être gay c’est mauvais. C’est pourquoi il est primordial pour tous – que ce soit les familles différentes ou bien le p’tit gars qui réalise peu à peu qu’il aime vraiment jouer avec son meilleur ami – d’expliquer le positif des couples homosexuels. « Ils sont un couple. Ils sont amoureux. » Le mot « aime » est capital, non? Car c’est ce qui unit le monde, c’est ce qui unit une famille.

Ils s’aiment. Point final.

Dada Blaise

 

La Normalité Adoptive

Warning: ce post relève de mes expériences, donc calmez-vous la controverse. Aussi, ce post est un peu plus sensible à votre cher et dévoué auteur.

Les guides, nombreux livres, bons conseils de matante Suzie et nooooooombreux blogs sur l’enfance s’entendent tous sur une chose : « Chaque enfant est unique ». Cette phrase est toujours écrite en belles lettres noires, ben voyante, surlignée, avec des p’tites étoiles autour, pour être ben certain que vous ne le manquerez pas : un mantra que chaque parent devrait se répéter inlassablement. Votre enfant est spécial, unique au monde, un petit flocon de neige one of a kind dans cette tempête de bambins qui peuplent la Terre. Notre belle société moderne se dépeint souvent, au travers de reportages et d’articles nébuleux sur le Net, comme étant un groupe de plus en plus diversifié, qui accepte la différence, le hors-norme. Vive la différence, vive la marginalité, vive le pas-comme-les-autres! Peu importe la race, l’orientation sexuelle, les goûts musicaux ou le fait que vous habitiez le 450, vous êtes un être humain remarquable! En théorie, c’est très beau, c’est parfait. Pourtant, tout le monde le sait ou presque, lorsque la société et ses myriades de bonnes gens sont confrontées à la différence, les premières réactions ne sont pas toujours celles de la tolérance et l’acception, n’est-ce pas?

Arrive dans ce flot d’amour, de tolérance et d’acceptation, mon Petit Pou. Le p’tit de Papa pis Dada lui-même, l’enfant adopté, en chair et en yeux bleus. Dès le départ, nous avions été prévenus que l’enfant ne serait pas « comme les autres ». Papa pis Dada avaient lu (ben Dada a lu pis a fait un résumé à Papa) qu’un enfant adopté, peu importe par quel processus, tombait généralement dans la catégorie « Normalité Adoptive ». De kessé que c’est ça, que vous vous demandez? La Normalité Adoptive, selon Johanne Lemieux dans son ouvrage La Normalité Adoptive: Les Clés pour Accompagner l’Enfant Adopté, est :

« …l’ensemble des défis physiques, affectifs, cognitifs et sociaux qui découlent des conditions de vie particulières de l’enfant avant, pendant et après son adoption. Cet ensemble de défis constitue une norme si on les compare aux défis ordinaires, habituels de l’ensemble des enfants non adoptés. »

Mais là vous vous dites: « Dada, c’mon, concrètement, ça change-tu vraiment quelque chose qu’il ait été adopté? C’est pas un peu exagéré toutes ces histoires-là? Ton p’tit a l’air ben normal j’trouve! » Encore une fois, j’excuse #lesgens car ils sont tout simplement mal informés. Oui, en apparence, mon p’tit grandit, évolue, se comporte de façon normale. Sauf que… C’est là le problème, toute l’essence de la normalité adoptive. Le « sauf que ». Il parle, marche et rit… sauf que ça été un peu plus long pour lui. Il aime jouer avec les autres… sauf que des fois il panique quand il y a trop d’enfants. Il veut exprimer sa colère… sauf qu’il n’est pas capable autrement que par des coups et des cris. Il aime être avec son Dada… sauf que parfois s’il pouvait se coudre à lui, il le ferait. Un enfant adopté vient nécessairement d’un foyer brisé, d’un manque quelque part. Il arrive chez vous avec un p’tit trou dans l’cœur, un vide qui ne s’explique pas, grugé par l’abandon, le drame, la tristesse, l’instabilité. Qu’il ait été adopté à la naissance, à 3 mois ou à 2 ans, rien n’y change. Ce p’tit trou se forme, peu importe l’âge auquel il a été adopté. Certains enfants sont plus tough, plus résilients. Leur p’tit trou est moins gros, moins difficile à rempli, à réparer. Pour d’autres, ce p’tit trou passe son temps à se vider ou à agrandir. Ses parents adoptifs doivent constamment le remplir, le réparer, le rabibocher comme ils peuvent. Papa pis Dada ont un p’tit anxieux. Un p’tit incertain. Un p’tit ambivalent. C’est un p’tit qui aime tester la solidité de son lien avec nous. M’aimes-tu vraiment, pour le vrai de vrai? Si je câlisse toute par terre, vas-tu m’aimer encore? Si je te tape, vas-tu m’aimer encore? Si je crie assez fort, vas-tu m’endurer encore? Il y a des jours, des semaines sans rien. Du gros bonheur, une vraie annonce de Tide. C’est si facile, que j’me dis, mon Dieu, j’en aurais 15 enfants. J’me dis que finalement, il entre dans la normalité « normale ». Pis il y a des jours, des semaines que c’est l’Apocalypse, les Sept Fléaux, avec les pustules pis la pluie, le feu pis les voix d’outre-tombe pis les « j’m’en sortirais pas vivant certain ». C’est semblable à une montagne russe, il y a des cris pis des haut-le-cœur, pis la structure semble pas toujours super solide.

« Ouain mais tsé, hein, tous les enfants font ça. Tous les enfants sont difficiles. », qu’on entend à droite et à gauche. Maybe. Sauf qu’un enfant de la normalité adoptive EST différent, qu’on le veuille ou non. Malgré toutes les bonnes intentions et les « ça va passer », reste qu’il y aura toujours ce petit hic, ce « juste une p’tite affaire différente ». Certains sont tout le contraire de notre p’tit. Ils se renferment, s’isolent. D’autres sont de vraies stars, ils sont performants, ils veulent se faire aimer à tout prix, jusqu’à épuisement s’il le faut. Aux parents de décrypter tout cela et de gérer sur le fly, entre deux bouchées de toasts et de gros yeux exaspérés. « Wow » que vous vous dites. « Vous êtes fait forts ». Ben pas tant, non. On est ben normal. On laisse les grosses crises passer sans réconforter des fois. On lève le ton d’impatience, on envoie dans sa chambre, on prive de dessert, on s’enferme en quelque part, pis on varge sur un coussin avec l’énergie du désespoir. D’autres fois, on est là, on est proches, on est l’image même que vous vous faites, le protecteur, le rocher, l’inébranlable parent. Ce qui est difficile à comprendre pour la plupart des gens, c’est que mon enfant est parfois comme les autres. Il joue, culbute, réclame, rigole, câline et caresse, puis s’endort. Il « fit » parfaitement dans le casse-tête. Et par moment, il ne « fit » pas pantoute. Il veut jouer avec des jouets qui ne sont pas de son âge, il ne veut pas jouer avec les autres amis, il ne veut pas participer, il ne veut pas faire d’effort, il dit « oui » mais veut dire « non », il tient tête, il s’oppose, il crie, il tape, il se tape, il grogne, il est inconsolable. C’est une réalité difficile à accepter pour tout le monde, nous les premiers. C’est impressionnant, c’est terrifiant, c’est surprenant à chaque fois que ça resurgit des tréfonds de son p’tit corps. Et c’est là que tu réalises, dans le vrai de vrai monde, qu’une fois confronté à quelque chose de différent, de terrifiant, le beau et joli concept de « chaque enfant est unique, chaque enfant est différent » se retrouve à revoler dans le couloir. Les gens ont peur, les gens ne savent pas quoi faire, les gens n’aiment pas quand ça ne « fit » pas correctement. Je leur en veux pas. J’ai moi-même dû me battre avec mes propres conceptions, mon propre jugement facile, mon propre « chriss pourquoi qu’il fait pas comme les autres ». Mon p’tit dans sa jeune vie un peu rock’n’roll a déjà dû faire face aux jugements, à la discrimination, à l’intolérance parce qu’il était juste une p’tite coche pas pareil, juste une p’tite affaire trop intense, hors-norme, différent. J’ai entendu des commentaires comme « il est pas normal », « il a quelque chose », « il ne fait pas pareil comme les autres ». Ça m’horrifiait au début. J’voulais qu’il « fit » comme il faut. J’voulais que ça soit facile pour lui parce que moi, j’ai jamais fitté dans le moule. J’ai toujours été un peu à côté de la track de la normalité avec mes jeux imaginaires, mes chansons de Barbra pis mes fantasmes sur Indiana Jones. Pis c’est là que j’me suis dit : on n’est pas supposé accepter la différence? Yé où le beau : « chaque enfant est précieux et unique? ».  Fac j’ai pas eu le choix. J’me suis dit: Fuck that Shit. J’ai passé mon adolescence et une partie de mon enfance à essayer de fitter, pour me rendre compte que de « pas fitter » faisait partie de ma personnalité. J’peux pas dire à mon p’tit : Fuck That Shit. Pas encore.  Un jour, peut-être que la société sera bel et bien aussi belle que nous le laissent croire les annonces de Coca-Cola pis de céréales Special K, là où tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, se tenant par la main en acceptant humblement les différences de chacun. Mais en attendant ce jour-là, j’peux juste l’encourager le mieux que je peux, lui sacrer patience de temps en temps, pis répéter encore et toujours aux gens de son entourage que « c’est peut-être pas normal pour les autres, mais ça l’est pour lui. » Pis une fois de temps en temps, quand mon p’tit regarde pas, j’me permets un « ferme ta yeule vieille madame qui juge ». Quand mon p’tit sera assez vieux, j’pourrai me pencher vers lui et lui chuchoter ce précieux conseil :

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Je ne peux pas prédire l’avenir. Je ne sais pas si mon p’tit aura un, deux, trois troubles sévères ou plus. J’sais juste que tout comme ma différence, on ne peut rien y changer. Faut juste, dare I say it, l’aimer de même.

Dada Blaise, le parent différent d’un enfant différent