Je suis tanné de penser à lui

Je suis tanné de penser à mon enfant. Je suis tanné de penser à ce qu’il a fait, n’a pas fait, devrait faire ou aurait du faire. Je suis tanné de m’inquiéter sur son avenir, sur la journée de demain, s’il va avoir une belle matinée, un bel après-midi, s’il va faire mal aux autres ou bien se faire mal.

Je suis tanné de penser à lui, à sa condition, à l’autisme. Je suis tanné d’attendre après des réponses qui n’arriveront probablement jamais.

Je suis tanné de voir de la famille, des amis, des collègues, des connaissances et me faire dire comment mon garçon est mignon, et à quel point il n’a pas l’air « autiste » ou « si pire que ça » et de ressentir le besoin pressant de les corriger et d’expliquer qu’en fait il ne va pas toujours très bien, que de s’habiller ou prendre un bain peut r’virer en cauchemar et que de voir son enfant se frapper la tête sur le sol pour se calmer est une image que je ne souhaite à aucun parent.

Je suis tanné de sa rigidité mais je suis également tanné du regard des autres lorsque j’agis pour le bien de mon garçon en sachant où sont ses limites et qu’est-ce qui est mieux pour lui.

Je suis tanné des contradictions des spécialistes, des recherches, des autres parents.

Je suis tanné de mes propres contradictions. Je suis tanné de toujours me demander si telle ou telle intervention est la bonne.

Je suis tanné de me demander si tel ou tel geste est autiste ou simplement normal.

Je suis tanné de ne jamais véritablement savoir exactement ce que je devrais faire.

Je suis tanné qu’il n’y est pas un livre du genre: Le Guide du Parfait Petit Parent du Petit Autiste Parfait.  

Je suis tanné d’avoir à prévoir et gérer le futur d’une simple journée, à me demander si telle activité sera trop pour le petit cerveau de mon fiston, comment il pourra réagir, quelle stratégie je devrai utiliser et quel moyen je devrai prendre pour l’aider.

Je suis tanné d’être optimiste et espérer qu’une simple marche autour du carré de maison avec une trottinette pourrait être un beau moment en famille mais aussi de prévoir le coup en sachant très bien que la frustration et l’échec de ne pas réussir du premier coup feront que mon garçon pourrait se jeter au sol et se frapper ou bien fuir directement vers la rue ou pire encore.

Je suis tanné de ne pas pouvoir m’asseoir dans mon salon sans me faire tourner autour et me faire frapper parce que mon garçon ne sait pas comment gérer son ennuie et est incapable de s’occuper seul.

Je suis tanné d’avoir à expliquer à mon enfant qui veut constamment inviter des amis à la maison que parfois il faut prendre une pause d’inviter des amis, parce que quand il y a trop de gens, trop d’amis, quand il cour trop, qu’il saute, s’excite, mange des cochonneries, ben sa petite tête peut se rempli d’éclairs et que là il peut perdre le contrôle, frapper, se taper, ses éclairs peuvent sortir de sa tête et personne ne veut ça.

Je suis tanné d’inviter des amis pareil pis de sortir ma panoplie d’horaire, de pictogrammes, d’objets et autres trucs, de faire un plan de soirée et de stratégies avec mon garçon, nous épuiser avant même que ça commence et de me dire chriss, ça devrait pas être aussi difficile que ça de prévoir un souper avec des amis. Que moi aussi j’ai le droit de m’asseoir pis boire du vin pis de pas à avoir à m’inquiéter sur si mon garçon va en frapper un autre avec un camion parce que l’ami à passer trop près ou n’a pas voulu jouer comme il l’avait prévu.

Mais après tout cela, je réalise aussi que, oui, ça va toujours être aussi difficile. Difficile va faire parti de mon vocabulaire et ce jusqu’à la fin des temps. Parce que quand c’est difficile, c’est parce qu’il faut que je porte attention. Pis c’est à ce moment là que j’ai le goût d’arrêter de penser à mon garçon, à l’autisme, aux solutions pis aux stratégies.

C’est là que je réalise que dans l’fond, ce que j’veux, c’est juste que mon p’tit gars se sente un peu comme les autres enfants. Que de temps en temps, qu’il puisse courir, pis sauter, pis  s’énerver, pis manger, pis suivre pis faire un peu n’importe quoi, juste pour qu’il se sente comme un p’tit garçon de 4 ans, juste pour qu’il se sente comme un enfant.

Et là, je ne suis pas tanné d’être surpris lorsque mon garçon joue comme si de rien n’était avec d’autres amis ou qu’il fait des câlins aux autres à la garderie.

Et je ne me tannerai jamais d’être presque ému aux larmes lorsque je vois mon garçon jouer pendant plus de 5 minutes avec son petit set Playmobil.

Et je me tannerai jamais de voir un petit geste, un petit mot, un petit sentiment se dégager de mon garçon, quelque chose qui vient prouver que tous les sacrifices, efforts et découragements en valent la peine, au bout du compte.

Et je me tannerai jamais de lui.

 

Dada Blaise

 

J’suis un parent: 5 bonnes raisons de « crier » après les enfants

De nos jours, il ne suffit plus d’être parent, il faut également se souscrire à une catégorie parentale. Il y a plusieurs choix, tel le parent-hélicoptère, le parent-phare, le parent-dauphin ou le parent-concombre de mer ascendant tracteur. Chaque jour il semble y avoir une nouvelle mode, une nouvelle tendance, une nouvelle façon de faire pour éduquer, aimer, protéger, élever un enfant. « Qu’il est compliqué d’être parent! » me dis-je les mains sur les hanches tout en préparant mon Hamburer Helper matinal.

Le problème avec toutes ces belles philosophies parentales c’est qu’on vous demande la perfection. De toujours faire ce qu’il y a de mieux pour les enfants, peu importe l’effet que ça aura sur vous, votre santé mentale ou vos valeurs. La perfection revient souvent dans le monde des parents, elle est insistante comme le sac de chips qui vous appelle du haut de l’armoire. Comme chacun de nous souhaite être le meilleur parent possible, on vise souvent le A+, le best, la perfection. Et quand on rate notre coup, quand on perd patience et qu’on cri « Arrête de crier! », ben on se sent évidemment comme une grosse marde qui a l’a pas pantoute.

Être en colère. Hurler. Crier. Tout ceci est un gros « no, no » par les temps qui courent. Cela semble être devenu la nouvelle tape sur les fesses, la technique à proscrire. Qu’un parent perde patience et lâche un « heille ça va faire! » bien retentissant soulève autant de sourcils des alarmistes de ce monde que si je lui avais lavé la bouche avec du savon. Des articles pleuvent sur le Net de mères qui se sentent coupables d’avoir crié après leur petit. Moi aussi je les ai lu. Moi aussi j’me suis senti tout croche. J’me suis senti cheap et l’équivalent d’Adolf Hitler parce que j’ai haussé le ton en plein restaurant bondé parce que mon p’tit hurlait pis était désagréable. « Oh désolé cher clientèle du St-Hubert, je ne voulais pas déranger la belle sérénité et le calme qui règne dans ce restaurant à 17h35 un jeudi soir! ». En fait j’avais juste envie de leur crier plus fort:

« Étouffez-vous avec votre vin rouge maison et votre cuisse de poulet graissoux! Vous vous rappelez pas c’est quoi élever un p’tit de 3 ans? »

Crier, perdre patience, c’est être humain. Oui, crier après un enfant n’est pas la solution et oui, ça les surprend, leur fait peur même, mais c’est un peu le but non? JE NE DIS PAS QU’IL FAUT HURLER SANS ARRÊT, calme-toi matante Suzie et compagnie. Mais…un petit haussement de voix bien sonné a toujours fait son effet depuis la nuit des temps. Voici 4 bonnes raisons de crier après ses enfants:

1. Ils sont en danger.

S’il y a bien UNE bonne raison de crier, c’est celle-là. Tu veux une réponse instantanée, cri « DANGER! » ou « ATTENTION AUX AUTOS! ». Quand tu hurles: « TOUCHE PAS AU ROND DU POÊLE! » ou « METS PAS TON PÉNIS DANS LA BALAYEUSE! » c’est parce que tu veux te faire entendre et obéir right fucking now.

Les puristes diront qu’il ne faut en aucun cas crier, qu’il faut prendre le temps de bien s’asseoir et expliquer aux enfants les événements. Par contre, je me vois mal attirer l’attention des enfants au parc et dire d’une voix douce et compréhensive: « Les enfants, pardonnez-moi d’interrompre votre jeu, mais il semble y avoir un énorme tyrannosaure enragé qui court en notre direction, donc, calmement, formez une ligne et suivez-moi vers l’abri le plus proche ».

2. Pour se faire comprendre.

J’sais pas pour vous, mais le niveau de son qui accompagne un groupe d’enfants est semblable entre le bruit ambiant au Grand Prix ou une foule de madames excités à l’événement Fruits & Passions en Giga Rabais. Chez Papa pis Dada, il n’y a qu’un seul enfant et parfois j’ai l’impression qu’il est en train de jouer à Jumanji dans la cave avec des rhinocéros pis des lions tellement il y a du bruit et de l’action. Donc, quand le souper est prêt, je me vois mal appeler le p’tit d’une voix angélique: « Mon petit poussin, le souper est servi! Vite, j’ai servi du brocoli vapeur sans sel et sans beurre ainsi qu’une délicieuse poitrine de poulet recouverte de sauce grise aux champignons molasses, ton plat préféré! ». Parfois, la seule façon de se faire comprendre c’est de lâcher un : »VIENS MANGER! » Cet ordre est aussi valable pour Papa qui bizounne dehors dans ses affaires et qui n’entend pas mon charmant appel.

Puis, une fois tout le monde bien assis, on peut utiliser notre voix de tous les jours. SAUF lorsque le p’tit commence à bouder et attrape son assiette pour nous démontrer de façon subtile son mécontentement. Dans ce cas…

3. Parce que tu es en esti!

Élever un enfant veut dire tout lui apprendre, right? La joie, la peine, la colère, l’empathie. Surtout l’empathie. Donc quand mon p’tit se chicane avec son ami au parc et lui sacre un coup de pied « pour voir ce que ça ferait », le premier regard que mon jeune me lance n’est pas celui du regret, mais bien de la fierté et du défi alors que l’autre est par terre en hurlant de douleur.

Un petit: « Oh, oh. Ce n’est pas gentil ça » ne risque pas de briser cette belle fierté. Je ne hurle pas à m’époumoner. Je ne crie pas des méchancetés ou des menaces violentes. Je LÈVE le ton d’un cran pour que le message soit clair: 1) tu as fais quelque chose de mal et 2) c’est moi qui commande ici. Parfois, c’est important que l’enfant saississe rapidement que ça fait pas ton affaire, que tu es en colère. La colère fait partie de la vie, même à Chambly.

4. Parce que la perfection n’existe pas.

Il nous arrive à tous d’être les meilleurs, d’être parfaits, d’être des kickass parents. Mais nous sommes rarement capable de garder cette perfection perpétuellement. Parfois, je cri parce que j’ai plus de patience. J’suis tanné de répéter au p’tit  de venir s’habiller ou de sortir du bain ou de ne pas mettre le crayon dans son nez. Pis oui je cri, pis oui j’me sens mal. Est-ce que j’suis un mauvais parent? Est-ce que je peux promettre à mon p’tit que je ne perdrai plus jamais patience, que je ne crierai plus jamais? Non. Crier me rend humain. Pis c’est ce que je dis à mon p’tit: « Dada s’excuse d’avoir crié. Dada est fâché. J’suis en colère. Tu le sais que je t’aime plus que tout, même quand j’suis fâché. Mais là, sérieusement, viens mettre tes p’tites culottes pis ça presse. »

5. Pour faire une surprise!

La meilleure raison, cachez-vous dans le garde-robe et quand votre p’tit arrive proche, hurlez « SURPRISE! ». Il sera amusé et s’en rappellera toute sa vie, de la fois où vous avez « crié » après lui. Surtout si vous portiez un masque de hockey avec une chainsaw dans les mains.

 

Donc, chers parents, ne visez pas le A+ à tous les coups. Croyez-en l’expérience d’un jeune prof, parfois un B, ou même un C+ est juste ce qu’il faut. Ça mérite un beau collant dans votre p’tit cahier de parents, pis même un beau commentaire: « Bel effort aujourd’hui! » Fac allez voir votre p’tit tantôt pis hurlez: « J’T’AIME! » ben ben fort. Ça fait du bien de crier de temps en temps, pour toutes les bonnes et les mauvaises raisons.

Dada Blaise

P.S: Partagez cet article à grands cris si vous le voulez. #êtreparentestdifficileparboutte