Comment Traumatiser Votre Enfant (1ère partie)

Vendredi dernier je vais à la librairie et farfouille la section des livres pour enfants avec mon air coquin et songé, parce que j’me trouve donc bon d’acheter des livres dans une librairie et non des livres version epub sur le Apple Store. Étant le fier parent d’un enfant épanoui de 3 ans que l’on peut étiqueter comme étant « une tête forte » ou « esti de tête de cochon », je cherchais un livre pour l’aider à gérer ses immenses colères qu’il nous pique régulièrement depuis ses 2 ans.

Je tombe sur ce livre.

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C’est parfait que j’me dis. L’histoire raconte un p’tit qui lance ses souliers contre le mur, refuse de manger son souper et crie après son papa, bref un lundi soir typique dans notre maisonnée. L’enfant du livre est ensuite envoyer dans sa chambre pour bouder (ouf le parent se ferait chicaner par Naître et Grandir!) pis il sent une grosse colère monter en lui. Elle est tellement grosse qu’elle fini par lui sortir par la bouche.

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La colère prend la forme d’un espèce de gorille/monstre qui se met à tout saccager dans la chambre. Le p’tit fini par dire à la colère de se calmer et il la met dans une boîte. Fin.

Faque…j’ramène ça à la maison et je lis ça à mon p’tit. Là, j’veux pas faire mon frais chier, mais j’suis un kickass bon raconteur d’histoire. En veux-tu de l’émotion et du drame, en v’là! Moi j’lis avec l’intensité d’Anne Dorval. Et avec ses voix. Donc quand la Colère sort de la bouche du garçon, j’mets le paquet comprends-tu. Avec des effets sonores juteux et détaillés et des hurlements à glacer le sang. Et…peut-être que j’en ai trop mis, parce que mon p’tit pogne la chienne comme jamais. Il me serre le gilet violemment, ses yeux bleus trans-fixé devant les images de la grosse Colère qui saccage tout dans la maison, littéralement figé par la peur.

« Moi aime pas ça colère. » qu’il me dit d’une p’tite voix frémissante en se blottissant contre moi.

What have I done? J’me sens mal. On range le livre le plus loin possible dans la bibliothèque et on se dépêche de faire autre chose. Le lendemain, Papa est en train de bizounner avec ses outils ou whatever else qu’il fait dans son coin quand il veut avoir la paix. Il échappe des p’tites vis pas terre en sacrant comme un charretier en disant « oups, hé zut! ». Petit Pou, qui caresse le rêve depuis sa naissance de marcher sur une vis acérée, se précipite vers la zone du danger à vive allure, nu pied évidemment. Dada stop le p’tit et lui dit d’attendre, parce qu’il pourrait se faire très mal s’il marche sur une vis. Le p’tit remercie son Dada de façon logique en cherchant à lui sacrer une tape dans la face. « Moi taper Dada! » qu’il proclame. « Dada chicaner! » qu’il explique d’une voix semblable à celle d’un cri de dauphin. Dada, voyant l’occasion parfaite se présenter, rappelle à Petit Pou que la grosse colère est en train de monter et qu’elle pourrait bientôt lui sortir par la bouche. Petit Pou cri un « non » retentissant, puis se jette à mes genoux.

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Oh yeah. Mon plan fonctionne. « Nooooon pas colère! » me supplie le p’tit, les yeux affolés par l’angoisse. Vite, je pogne une boite orange laide qui sert à rien et suggère à mon p’tit de souffler la colère dedans avant qu’elle ne saccage tout dans la maison, comme dans le livre. Le p’tit, ben excité, souffle/crache dans la boîte. Kin! Fini la colère. Crise semi évité. Pas de tape. Pas de chicane. Juste la bonne vieille méthode de la peur et du traumatisme.

Les guides et les bons conseils peuvent toujours nous venir en aide, mais une fois de temps en temps, une p’tite frousse ne fait jamais de tord à personne.

Dada Blaise

P.S: Question de pousser plus loin l’idée du traumatisme, ne manquez pas demain la suite de cet article avec de bonnes idées de films pour faire peur/marquer à vie vos enfant.

Et pour ceux que ça inquiète, sachez que le p’tit a relu l’histoire une bonne dizaine de fois maintenant. Il en redemande. Go figure. 

J’suis un parent: 5 bonnes raisons de « crier » après les enfants

De nos jours, il ne suffit plus d’être parent, il faut également se souscrire à une catégorie parentale. Il y a plusieurs choix, tel le parent-hélicoptère, le parent-phare, le parent-dauphin ou le parent-concombre de mer ascendant tracteur. Chaque jour il semble y avoir une nouvelle mode, une nouvelle tendance, une nouvelle façon de faire pour éduquer, aimer, protéger, élever un enfant. « Qu’il est compliqué d’être parent! » me dis-je les mains sur les hanches tout en préparant mon Hamburer Helper matinal.

Le problème avec toutes ces belles philosophies parentales c’est qu’on vous demande la perfection. De toujours faire ce qu’il y a de mieux pour les enfants, peu importe l’effet que ça aura sur vous, votre santé mentale ou vos valeurs. La perfection revient souvent dans le monde des parents, elle est insistante comme le sac de chips qui vous appelle du haut de l’armoire. Comme chacun de nous souhaite être le meilleur parent possible, on vise souvent le A+, le best, la perfection. Et quand on rate notre coup, quand on perd patience et qu’on cri « Arrête de crier! », ben on se sent évidemment comme une grosse marde qui a l’a pas pantoute.

Être en colère. Hurler. Crier. Tout ceci est un gros « no, no » par les temps qui courent. Cela semble être devenu la nouvelle tape sur les fesses, la technique à proscrire. Qu’un parent perde patience et lâche un « heille ça va faire! » bien retentissant soulève autant de sourcils des alarmistes de ce monde que si je lui avais lavé la bouche avec du savon. Des articles pleuvent sur le Net de mères qui se sentent coupables d’avoir crié après leur petit. Moi aussi je les ai lu. Moi aussi j’me suis senti tout croche. J’me suis senti cheap et l’équivalent d’Adolf Hitler parce que j’ai haussé le ton en plein restaurant bondé parce que mon p’tit hurlait pis était désagréable. « Oh désolé cher clientèle du St-Hubert, je ne voulais pas déranger la belle sérénité et le calme qui règne dans ce restaurant à 17h35 un jeudi soir! ». En fait j’avais juste envie de leur crier plus fort:

« Étouffez-vous avec votre vin rouge maison et votre cuisse de poulet graissoux! Vous vous rappelez pas c’est quoi élever un p’tit de 3 ans? »

Crier, perdre patience, c’est être humain. Oui, crier après un enfant n’est pas la solution et oui, ça les surprend, leur fait peur même, mais c’est un peu le but non? JE NE DIS PAS QU’IL FAUT HURLER SANS ARRÊT, calme-toi matante Suzie et compagnie. Mais…un petit haussement de voix bien sonné a toujours fait son effet depuis la nuit des temps. Voici 4 bonnes raisons de crier après ses enfants:

1. Ils sont en danger.

S’il y a bien UNE bonne raison de crier, c’est celle-là. Tu veux une réponse instantanée, cri « DANGER! » ou « ATTENTION AUX AUTOS! ». Quand tu hurles: « TOUCHE PAS AU ROND DU POÊLE! » ou « METS PAS TON PÉNIS DANS LA BALAYEUSE! » c’est parce que tu veux te faire entendre et obéir right fucking now.

Les puristes diront qu’il ne faut en aucun cas crier, qu’il faut prendre le temps de bien s’asseoir et expliquer aux enfants les événements. Par contre, je me vois mal attirer l’attention des enfants au parc et dire d’une voix douce et compréhensive: « Les enfants, pardonnez-moi d’interrompre votre jeu, mais il semble y avoir un énorme tyrannosaure enragé qui court en notre direction, donc, calmement, formez une ligne et suivez-moi vers l’abri le plus proche ».

2. Pour se faire comprendre.

J’sais pas pour vous, mais le niveau de son qui accompagne un groupe d’enfants est semblable entre le bruit ambiant au Grand Prix ou une foule de madames excités à l’événement Fruits & Passions en Giga Rabais. Chez Papa pis Dada, il n’y a qu’un seul enfant et parfois j’ai l’impression qu’il est en train de jouer à Jumanji dans la cave avec des rhinocéros pis des lions tellement il y a du bruit et de l’action. Donc, quand le souper est prêt, je me vois mal appeler le p’tit d’une voix angélique: « Mon petit poussin, le souper est servi! Vite, j’ai servi du brocoli vapeur sans sel et sans beurre ainsi qu’une délicieuse poitrine de poulet recouverte de sauce grise aux champignons molasses, ton plat préféré! ». Parfois, la seule façon de se faire comprendre c’est de lâcher un : »VIENS MANGER! » Cet ordre est aussi valable pour Papa qui bizounne dehors dans ses affaires et qui n’entend pas mon charmant appel.

Puis, une fois tout le monde bien assis, on peut utiliser notre voix de tous les jours. SAUF lorsque le p’tit commence à bouder et attrape son assiette pour nous démontrer de façon subtile son mécontentement. Dans ce cas…

3. Parce que tu es en esti!

Élever un enfant veut dire tout lui apprendre, right? La joie, la peine, la colère, l’empathie. Surtout l’empathie. Donc quand mon p’tit se chicane avec son ami au parc et lui sacre un coup de pied « pour voir ce que ça ferait », le premier regard que mon jeune me lance n’est pas celui du regret, mais bien de la fierté et du défi alors que l’autre est par terre en hurlant de douleur.

Un petit: « Oh, oh. Ce n’est pas gentil ça » ne risque pas de briser cette belle fierté. Je ne hurle pas à m’époumoner. Je ne crie pas des méchancetés ou des menaces violentes. Je LÈVE le ton d’un cran pour que le message soit clair: 1) tu as fais quelque chose de mal et 2) c’est moi qui commande ici. Parfois, c’est important que l’enfant saississe rapidement que ça fait pas ton affaire, que tu es en colère. La colère fait partie de la vie, même à Chambly.

4. Parce que la perfection n’existe pas.

Il nous arrive à tous d’être les meilleurs, d’être parfaits, d’être des kickass parents. Mais nous sommes rarement capable de garder cette perfection perpétuellement. Parfois, je cri parce que j’ai plus de patience. J’suis tanné de répéter au p’tit  de venir s’habiller ou de sortir du bain ou de ne pas mettre le crayon dans son nez. Pis oui je cri, pis oui j’me sens mal. Est-ce que j’suis un mauvais parent? Est-ce que je peux promettre à mon p’tit que je ne perdrai plus jamais patience, que je ne crierai plus jamais? Non. Crier me rend humain. Pis c’est ce que je dis à mon p’tit: « Dada s’excuse d’avoir crié. Dada est fâché. J’suis en colère. Tu le sais que je t’aime plus que tout, même quand j’suis fâché. Mais là, sérieusement, viens mettre tes p’tites culottes pis ça presse. »

5. Pour faire une surprise!

La meilleure raison, cachez-vous dans le garde-robe et quand votre p’tit arrive proche, hurlez « SURPRISE! ». Il sera amusé et s’en rappellera toute sa vie, de la fois où vous avez « crié » après lui. Surtout si vous portiez un masque de hockey avec une chainsaw dans les mains.

 

Donc, chers parents, ne visez pas le A+ à tous les coups. Croyez-en l’expérience d’un jeune prof, parfois un B, ou même un C+ est juste ce qu’il faut. Ça mérite un beau collant dans votre p’tit cahier de parents, pis même un beau commentaire: « Bel effort aujourd’hui! » Fac allez voir votre p’tit tantôt pis hurlez: « J’T’AIME! » ben ben fort. Ça fait du bien de crier de temps en temps, pour toutes les bonnes et les mauvaises raisons.

Dada Blaise

P.S: Partagez cet article à grands cris si vous le voulez. #êtreparentestdifficileparboutte