Comment Faire le Deuil de son Sommeil

« En cette année 2016 – Sommeil, résident de la vie d’adulte, nous a quitté. Son départ semblait inévitable depuis 2013, mais il a confirmé hier soir qu’il ne revenait pas, et ce peut-être à jamais. Sommeil était un habitué des virées nocturnes et des après-midi de pluie battante. Il aimait la fraîcheur, les grosses doudous chaudes, le calme et foutre la chienne par moment. Sommeil laisse dans le deuil Papa pis Dada. Des cadeaux et remerciements seraient appréciés. Pour avoir l’adresse, veuillez écrire à Papa pis Dada sur leur page Facebook. Votre chéquier est tout indiqué. »

J’vous apprends rien, être parent signifie qu’on est fatigué.

La raison? JE L’SAIS PAS ESTI La raison peut varier d’âge en âge, c’est ce qui est chiant merveilleux à propos des enfants. Ces temps-ci, mon tendre p’tit a décidé que l’heure parfaite pour se réveiller tournait autour de 4:30 du matin, et ce à chaque fucking matin. C’est peut-être la raison qui explique pourquoi j’me sens légèrement, just a smidge, chrissement fatigué. Mais qu’à cela ne tienne. J’ai du dire adieu à Sommeil, mon tendre amant depuis toujours et comme pour tous les grands deuils, j’ai du passer au travers les différentes étapes. J’vous les présente pour vous aider, chers lecteurs/lectrices, à mieux comprendre le départ de Sommeil.

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Adieu doux Sommeil…

1ère étape – Le Choc

Vous dormez profondément dans votre grand lit chaud et confortable, rêvant que vous êtes marié à Hugh Jackman et qu’il vous annonce qu’il a découvert une rare sorte de crème glacée qui fait maigrir quand brusquement, un jeune enfant défonce littéralement votre porte et demande à avoir des toasts, du lait et ce jouet en particulier, t’sais ce jouet-là spécifique que vous n’avez pas vu depuis 1 an?, oui celui-là, ben il le veut, pis toute de suite toi chose. Après avoir marmonné des « kess tu fais là? », « va te recoucher. » et « demain j’mets le verrou à la porte », vous prenez le temps de vérifier sur votre iPhone éclatant dans le pénombre qu’il est minuit lorsque vous réalisez avec horreur que le p’tit a raison, c’est bel et bien le matin, il y a le soleil pis toute dehors, dumbass. C’est seulement une version différente de votre matin habituel. Une version merdique, mais une version qui existe malgré tout. Alors que vous vous levez, réalisez subitement que Sommeil est parti. Il n’a même pas laissé de note ou d’héritage.

 

2e étape – Retarder l’inévitable

Installez-vous sur le fauteuil après avoir convaincu votre p’tit d’écouter la télévision au lieu de sortir le kit MagicSand qui est conçu spécifiquement pour s’infiltrer dans les p’tites crevasses du plancher et y rester à jamais. D’un œil à moitié fermé, zappez rapidement entre PatPatrouille, Dora et Tchoupi ou une combinaison des trois selon les demandes spécifiques du p’tit. Croyez naïvement que le p’tit restera assis sagement pendant 3 ou 4 émissions et que vous pourrez dormir ou du moins vous reposer un peu. Trompez-vous de piton et tombez sur Cloud Babies, gâchant le reste du matin pour tout le monde. Réalisez que votre journée est bel et bien commencée et que Sommeil ne semble pas vouloir revenir.

3e étape – Le Déni

Avez-vous tant besoin de dormir que ça? Avez-vous tant besoin de Sommeil? Sure, vous pourriez abandonner tous vos plans de la journée et vous balancer d’avant en arrière, recroquevillé en boule en mâchonnant Sophie la Giraffe pour calmer vos nerfs et somnoler par intervalles de 30 secondes, mais ça, c’est pour les faibles. Vous êtes un gagnant. Vous êtes fait fort. VOUS POUVEZ LE FAIRE! Fuck you Sommeil.

4e étape – L’acceptation

VOUS NE POUVEZ PAS FAIRE ÇA! Revient Sommeil! Je ne pourrai pas affronter la journée sans toi! Comprenez peu à peu que votre p’tit est parti pour la gloire lorsqu’il a décidé de roter l’alphabet en entier et qu’il est à peine 8:00. Comprenez que vous n’avez d’autre choix que de vous habiller afin de sortir dehors. Comprenez que le parc et rempli d’enfants heureux qui piaillent et crient avec férocité. Comprenez que c’est ça votre vie maintenant. Comprenez que Sommeil ne reviendra pas.

5e étape – Prendre des médicaments

Prenez-vous un bon café! Prenez-vous un gin! Prenez-vous un bon café avec du gin dedans! Puis bourrez-vous la face avec les Goldfish et des toasts Melba trempés dans la vinaigrette César. Terminé le tout avec une cuillerée de confiture aux fraises Bonne Maman direct dans yeule. Yes! Le high et mélange de sucre, café, gin et vinaigrette vous boost d’énergie pour 2 minutes d’intensité terrifiante! Vous êtes à la veille de passer dans une autre dimension! Vous avez quelque chose de mieux pour remplacer Sommeil! Hourrah!

 

6e étape – La Dépression

Le cocktail café/gin/César/confiture n’était pas super bon. Vous devez immédiatement vous rendre à la salle de bain. Anéanti par le mal de ventre et l’impression que le monde entier se lie contre vous, sortez votre téléphone et réfugiez-vous sur Instagramm. Pendant que votre p’tit déroule le papier de toilette partout, allez copier/coller les photos de Marilou croppez lui la face et postez-les sur votre compte, dans l’espoir de recevoir quelques likes et vous sentir mieux. Pleurez la perte de Sommeil à chaudes larmes.

7e étape – La Colère

Vous vous en êtes sorti presque indemne et surveillez votre horloge en réalisant avec furie que le 5:30 est passé. Quelque chose cloche. Sommeil ne reviendra pas de si tôt et ça vous fait chier, mais il manque quelqu’un d’autre. Votre fucking mari. Le texto suivant apparaît sur votre téléphone: « J’viens de partir de la job. »

Deux options s’offrent à vous. Dignité et compréhension ou psychotique et pleurnichard. Choisissez la deuxième option en textant: « Correct…mange d’la marde! ». Buvez le gin à même la bouteille, au yable les apparences. Fuck you Sommeil. Fuck you husband. Fuck you blanc immaculé chez Marilou. Fuck everything!

8e étape – Le Marchandage

Vous vous rappelez qu’en début de journée tout ce que vous vouliez était de vous effouarer sur le divan et vous évanouir d’épuisement? C’est le temps! Mais, guess what, le p’tit dort, donc vous vous sentez maintenant FUCKING GREAT!

Pourquoi aller vous coucher quand vous avez toute la soirée pour vous-même! Tellement d’options s’offrent à vous que s’en est presque trop! Qu’allez-vous faire? Vous asseoir sur le divan et regarder à moitié la télévision tout en gossant sur votre téléphone ou…bah c’est pas mal tout ce qui vous tente de faire. La soirée avance et Sommeil semble vouloir revenir, mais là ça ne vous tente pas de le voir tout de suite. Vous allez vous coucher tout de suite après vos émissions, c’est promis! Vous voulez seulement profiter de votre liberté. Et des émissions de Canal Vie.

9e étape – L’insomnie

11:42. Heure parfaite pour retrouver Sommeil. Oups! Il est reparti le salaud! Couchez-vous dans votre lit et attendez qu’il revienne. En attendant, vous vous rappelez de la fois au secondaire que vous avez atchoumé une grosse morve dégueulasse en plein pendant le cours de math? Et la fois que vous avez dit « vagenda » ou lieu de « agenda »? Continuez de farfouillez les méandres de votre esprit en vous posant une litanie de questions du genre: « Pourquoi il ne font plus de biscuits Avalanche, c’tait bon pourtant? » « Ville d’Anjou c’tu dans Montréal ça? » « Demain c’est le recyclage. » « Le monde m’haït-tu ou ben j’suis parano? » « C’est décidé, demain j’vais couper le sucre. »

Faîtes vous subitement prendre par derrière par Sommeil, tombez endormi et répétez les étapes à nouveau, ad infinitum.

Dada Blaise

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Les Eux Autres: 4 Genres de Parents qui Font Chier un Tantinet

En ce bas monde, il y a plusieurs types de parents, mais la plupart d’entre eux peuvent être catalogués dans deux catégories. Le parent classique pis les Eux Autres.

Le parent classique est de son époque: il est fatigué, stressé, colérique, épuisé, à bout de nerfs, en manque de sommeil, impatient et crevé (j’ai tu dis fatigué, me sembles hein?). Certes, le parent classique adore son enfant, c’est toute son existence, se fendrait en quatre pour le rendre heureux et fait tout ce qu’il peut pour y arriver, mais le parent classique comprend aussi qu’il est humain donc, susceptible aux erreurs de parcours et aux « là ça m’tente pas ».

Pis il y a les Eux Autres. Les Eux Autres ils l’ont l’affaire. Ils ont compris le sens de l’univers, pis ils sont merveilleusement bien. Ils sont heureux d’être heureux pis ils vont te le faire savoir.

Les Eux Autres SAVENT ce qui es bon. Ils CONNAISSENT la vérité. J’vais vous le dire carré, les Eux Autres, y m’énarve beaucoup. Les Eux Autres sont habituellement pas tes amis. Ils sont souvent la connaissance d’une connaissance, une relique de ton passé que tu croises un beau jeudi en sortant du dépanneur, le trou du cul en dessous du bras pis le jeune qui hurle sa vie que tu traînes par la main. C’est évidemment là que les Eux Autres vont t’offrir jugement, souvenirs embarrassants et conseils dénigrants du même coup.

Afin de vous préparer à affronter les Eux Autres, et toujours dans le but de vous éduquer sur les réalités du monde, Dada vous offre ici quelques exemples types que vous risquer de croiser sur Facebook ou ailleurs:

Le « Hey que c’est l’fun! »

Commençons par les pires, parce qu’ils font le plus chier de toute la gang. Ils sont ben ben fins et ils sont sincères également. Ils sont beaux, drôles, heureux, ont du wild sex respectueux tous les soirs et le bonheur leur sort par tous les orifices possibles. Il apparaît évident que la vie les a choisis comme porte-parole de la joie et les a récompensés avec un enfant parfait qui aime le riz brun et les fibres, qui s’endort tôt et se lève tard et qui s’occupe tout l’après-midi en lisant des livres et en construisant des tours avec des blocs de bois. Quand tu leur racontes tes malheurs, ils haussent les épaules, bonasses, en disant « Ben coudonc! ». Tu leur souhaites toujours un p’tit malheur, genre que son p’tit pogne une diarrhée explosive ou que leur maison périsse dans les flammes. Trop les fréquenter pourrait mal finir…pour eux.

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La « Sans Gluten »

Elle fait de la musique tribale avec son djembé, ses cheveux sont lavés avec du sperme d’hippocampe, elle dort nue en position cuillère avec ses adolescents et porte rarement une brassière, donnant ainsi un libre accès pour allaiter ses enfants de 5 et 7 ans, la petite Quinoa et le rouquin Fève Germée. Elle n’accepte aucune toxine dans son corps et pour elle, l’allaitement est une religion. Le lait formule est l’équivalent de nourrir ton enfant avec l’urine du Diable. Elle fait son propre fromage, récupère sa cire d’oreille pour faire ses propres chandelles et elle RECYCLE! Elle va te conseiller à outrance sur les saines habitudes de vie, l’anti-vaccination et les omégas-3, que tu le veuilles ou non. L’inviter à manger chez vous n’est pas recommandé, car elle risque d’arriver avec une vinaigrette sang de mouton/épinards et te demander « est-ce que ce poulet à été élevé en liberté? » Fuck off.

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La « Tu m’en dois une! »

Elle, au lieu d’être jalouse et bitter comme nous autres, a choisi l’autre voie: righteousness. SON choix de vie est le meilleur, pis c’est toute. Elle a élevé la prochaine génération de premiers ministres, docteurs, péquistes et participants à Le Banquier, la société devrait donc la vénérer! Elle est une MÈRE. Elle s’implique, elle prend congé de sa job pour passer du temps en famille, nettoyer le parc de sa communauté, faire une murale contre le racisme et donner une conférence sur les bienfaits de l’accouchement dans la douleur et le silence. Non, non, elle ne demande pas un salaire ou de trophée. Seulement un peu de compréhension. Que tu comprennes pourquoi ce qu’elle fait compte, que sa vie est signifiante dans ce grand et complexe univers, contrairement à ta pathétique vie vide de sens, pleine d’argent sale de drogués et de virée dans les bars louches. Pis vient pas la faire chier que tu peux dormir le matin! Dérange la pas avec des choses banales comme une invitation à un souper de fête pour tes 30 ans ou une soirée à jouer aux cartes en prenant une petite bière. Elle n’a pas le temps!!! Peux-tu comprendre ça? Elle est occupée à être une SUPER MOM pour sa famille! D’ailleurs, n’as tu point lu son horaire détaillé sur Facebook, qu’elle update à la minute?

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La « Moi le mien »

Elle a l’ego sensible et le mariage instable, donc on mise sur le kid! GO! Son p’tit est dans chaque cours pas possible, du judo tantrique jusqu’au ballet jazz/funky/slutty. Son p’tit a mangé le plus de légumes, a fait le plus beau dessin, a chié le plus gros caca et a donné le meilleur câlin de tous les amis de la garderie. Elle cherche souvent à savoir où en est rendu le tien juste pour te upstager avec les prouesses du sien. Alors quand le tien vient de réussir à attraper les objets, le sien saute, roule et danse dans les grands ballets canadiens comprends-tu. »Heille, 6 mois et demi! » comme dirait maître Pérusse.

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C’est ti pas heureux tout ce beau monde là? Changez pas chers Eux Autres. Vous faites tourner le monde…et alimenter Facebook.

Dada Blaise

Psss, pour plus de blagues et de sarcasme, clique ici!

Devrais-je Avoir des Enfants?

 

Depuis quelque temps plusieurs collègues de travail, amis et inconnus dans la rue m’arrête et me supplie de leur donner conseil. Tous me disent que si MOI, un petit bedonnant qui n’aime pas se lever tôt, qui ne cuisine pas organique et sans gluten, qui est maussade, qui bourre le lave-vaisselle sans bien rincer les plats Tupperwares et qui ne fait pas trop d’exercice, a été capable de survivre avec un enfant jusqu’à présent, hé bien ils devraient pouvoir le faire également.

Mais êtes vous réellement prêt à avoir un enfant?

Dada a concocté pour vous ce simple tableau qui devrait éclaircir votre décision.

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Dada Blaise

Adventures in Adoptionland, PART 1: Ze Commencement

Quand le projet adoption a officiellement été prononcer out loud dans notre couple, qu’on a officiellement décidé ensembles qu’on voulait devenir parents, les réactions n’ont pas tardé à venir.

« Un merveilleux projet ça! »

« Hey que vous êtes fin. »

« Un beau geste, tu sauves un p’tit enfant de la misère. »

« C’est vraiment beau, vous êtes très altruiste. »

« Ça s’annonce être une belle aventure tout ça! Je vous félicite! »

Pantoute. J’ai fait ça pour moi et moi-même, un geste ben égoïste. Je voulais un enfant, un bébé pour faire une famille afin de poser élégamment pour des cartes de Noël amusantes et enfin pouvoir aller jouer dans les jeux au McDonald’s, parce que quand j’étais petit y’en avait pas de jeux pis ça m’a toujours manqué. Bon d’accord, j’ai peut-être aussi voulu adopter parce que, j’sais pas, moi aussi je voulais connaître la paternité. Nous avons fait ce projet pour nous, pas pour prouver quoi que ce soit en tant qu’acte social ou autre. Comme je l’ai écrit précédemment, au Québec, ce n’est pas une procédure d’adoption, mais bel et bien de famille d’accueil en voie d’adoption. Nuance. C’tu l’fun? Best Time Ever! Incertitude, incompréhension, terreur, 4 crises par jours, nom de famille qui match pas avec le tien, troubles de l’attachement, fun times!

Sans blague, le processus adoption/famille d’accueil, c’est ben éprouvant. Y’a beaucoup de bouttes tristes, comme dans les films, sauf qu’il y a pas de musique pis ça dure des semaines ou des mois et ta fin heureuse est pas exactement comme tu te l’étais imaginé, mais agréablement différente. Donc l’article suivant est à prendre avec un grain de sel et une petite lime verte bien surette. Parce que l’aventure de l’adoption, c’est bel et bien comme un film d’Indiana Jones ou de super-héros: Il y a du danger et des surprises à chaque instant, de l’amour et un peu de comédie et du suspense tellement intense que tu te ronges les ongles en mangeant ton popcorn de l’anxiété.

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PREMIÈRE ÉTAPE: LA FIN DE LA DISCRÉTION

Tu as pris la décision, tu es prêt. Donc tu appelles au Centre Jeunesse et là tu pognes ton premier mur : à qui tu parles exactement? Est-ce que tu dis: « Allô, avez-vous des beaux bébés en stock, j’en voudrais peut-être un. Un petit blond genre, est-ce possible? » Quelques balbutiements et raclements de gorge plus tard, tu parles à la bonne personne et là elle t’invite à la big rencontre d’information. Tu y vas, avec l’espoir au ventre pis la nervosité dans le derrière. Vous êtes une bonne trentaine, des couples de tous âge et recoin de ta région, entassé dans une grande pièce, excités comme des puces, chacun avec sa propre raison d’être là. On va être parent!

On t’explique le procédé, que je simplifie ici: Bébé/enfant ne reçoit pas les soins nécessaires là où il/elle est. On analyse la situation, recherche, questionne, savoir si on peut le placer chez des grand-parents, amis, tante éloignée, etc. On aide la maman/papa à se remettre sur pied, on leur propose des pistes, on les aide. Rien de ça fonctionne, on le place chez vous, on commence à penser que cet enfant pourrait être adoptable, mais pas tout de suite. Il faut attendre la décision du juge et toi tu es son donneur de soin, pas un de ses parents. Jusque là, tu vois la face du monde changer à chaque mot, l’espoir se dissipant à chaque parole. La mienne aussi je tiens à dire. Jusqu’à date, y’a pas beaucoup de magie et d’anges tout nus et de petites banderoles. Juste une dure, grise et froide réalité pis c’est ben correct., parce qu’il faut que tu t’y fasses au plus vite. Et là tu réalises que ton projet sera pas une chose facile. Tu n’auras pas un beau p’tit bébé tout rose, donné volontairement dans l’amour et la joie par une mère aux yeux cristallins et à la peau de pêche. Aucune mère au monde va donner son petit bébé en adoption avec sérénité et bonheur. Chaque petit bébé va arriver avec sa petite valise remplie de drames et séparations, déjà prêt à une thérapie à quelques jours à peine. Bref, le plus vite tu te rentres ça dans la tête, le mieux ça va aller. Ceux qui ne sont pas trop découragés, ou un peu foolish, prennent le questionnaire, pis rentrent chez eux. Les autres vont s’acheter un chien. Nous on a fait le deux, fouille moi pourquoi.
Tu t’installes à table avec ton chum pour remplir les papiers. C’est ben excitant. Tu proposes de faire une genre de course, le premier qui fini gagne. Ton chum veut pas. Go, vous partez. Et là, t’en a de l’information à donner. Il faut presque tout dire sur toi et ta vie, en partant par les raisons qui te poussent à démarrer ce projet jusqu’à la fois où tu avais fumé du pot en écoutant Charlie and the Chocolate Factory à l’université. T’es mieux de TOUT dire, parce que anyway, la petite intervenante/psychologue va toute te dénicher ça avec ses questions intimes et ses regards inquisiteurs. Les questions portent sur tes souvenirs de jeunesse, ta vie avec tes parents, ta relation avec ton facteur ainsi que les valeurs que tu préconises pour ta futur vie familiale.

Facile. Mes valeurs sont: La politesse et jamais de blanc après la fête du Travail. Mon chum me corrige, suggère qu’on écrive quelque chose de banal comme, la compréhension et la tolérance, puis on continue.

Ensuite, viens les innombrables papiers de spécialistes. Ton crédit bancaire, ton employeur, ton salaire, ton casier judiciaire, ton médecin, ton test d’urine. J’vous l’ai dit, oublie ta privacy, tout y passe.

Pis là, le high du questionnaire: L’enfant. Ici, tu peux spécifier quel range d’âge tu es prêt à accepter, son sexe et surtout, tous les troubles de comportement et problèmes que tu es prêt à accepter. Donc tu coches les petites cases, du genre TDAH, AGRESSIVITÉ, AUTISME, DYSLEXIE, pis c’est à ce moment-là que tu es mieux d’être honnête avec toi même. Tu es prêt à tout accepter, tous les genres de cas, pour que ça aille plus vite, ben accroche toi, parce que l’enfant va arriver pis, surprise, il aura certainement un ou deux troubles et risque d’en avoir plein d’autres auxquels tu n’avais pas pensé! Guess what, c’est comme pour tous les autres parents! Les enfants, y’en a pas un pareil! Chaque petit trésor peut receler son lot de défauts, qualités, passions et peurs, bizarre hein? Une fois le questionnaire bien rempli, et après t’être obstiné un peu à savoir si tu es prêt à accueillir des jumeaux (Dada dit que oui, parce qu’il trippe comprends-tu, Papa est plus raisonnable et par chance, parce que sinon Dada aurait peut-être été retrouvé enroulé dans une nappe, sous la table, dans le cas où il aurait eut à gérer deux enfants du même coup).

Tu signes la feuille, inscris la date, place tous les papiers nécessaires ainsi qu’une fiole remplie de ton sang dans l’enveloppe et le tour est joué! Reste plus que quelques étapes, genre 18, est parents tu deviendras! Là tu attends. Pis c’est loooooooong que tu te plains de temps en temps. Ah ah ah. Oh honey, tu as pas fini d’attendre. C’est pas mal ça tout le temps l’aventure adoption. Donc en attendant je vous conseille de vous faire des scénarios stressants où tu te retrouves avec Junior, du film Le Petit Monstre ou bien une adulte russe psychopathe comme dans The Orphan.

DEUXIÈME ÉTAPE: BÉBÉ SE LA JOUE DIFFICILE

Premier appel important: Une autre rencontre! Oups, tu pensais que c’était le vrai appel, mais rappelle-toi : Tu n’as pas fini d’attendre, fac calme toi la parentalité! Deuxième rencontre, plus intime. Quelques couples seulement, les chanceux que tu te dis, Les Choisis, pis on se présente tour à tour. Mon chum me serre la main pis me urge de nous présenter, il haït ça jaser au monde inconnu. Moi non, je trippe un peu trop. Je fais des blagues pis je porte mon beau gilet gris, celui qui me fait ressortir les yeux pis qui fait damner les morts. Bref, j’veux charmer. J’me dis, j’vais charmer les p’tites intervenantes pis elles vont me donner un bébé plus vite. On voit ici que j’avais compris les enjeux importants. Fac ça part. On discute, on explique, on dit les vraies affaires. Ton enfant va pas te sauter dans les bras quand tu vas l’avoir. Il va peut-être te mordre, te gifler, te cracher dans la face. Il va peut-être se faire pipi dessus et c’est la seule odeur qui saura le réconforter parce que c’est de même qu’il a été habitué. Il va peut-être avoir 4 ans, mais agir comme un jeune de 1 an, avec sa suce et ses compotes, parce qu’il a bloqué là. Il va peut-être avoir ceci ou cela, c’est un bingo loto du drame et du « ça pas d’bon sens ». Pis on t’explique: « L’amour ne guérit pas tout. Ça aide, c’est certain, mais ce n’est pas comme dans les films. » Ouch! Pour les bébés, ça peut être mieux, mais ça peut être dix fois pire. Le p’tit nourrisson sait encore moins comment t’exprimer son drame, à toi de le découvrir, et ce sans compter tous les autres troubles qu’il risque d’avoir. « Cet enfant-là », qu’on explique avec brio et sagesse et ça te marque pour toujours, « ce ne sera jamais un enfant comme les autres. Cet enfant-là, tu vas devoir lui faire tes preuves pour qu’il t’aime, pour qu’il s’attache réellement à toi. »

Ahh, là je venais de comprendre. He’s playing hard to get. Il va jouer les durs, les farouches, va se faire désirer. Ça m’a pas fait peur. J’étais habitué à ce genre-là, j’ai été jeune et universitaire et désirable autrefois, dans le temps que j’avais des cheveux onduleux et un ventre simili plat. Je sais comment jouer à cette game-là. Bref, à la fin de la rencontre, je n’étais pas déboussolé, mais excité. Analyse ça comme tu veux, mais ça m’a allumé, c’était comme un beau défi, le plus grand et le plus difficile de ma vie, que j’aurais à relever. Donc on a rempli les papiers finaux (ben oui, encore des maudits papiers), pis on est parti.

TROISIÈME ÉTAPE: SO MANY FEELINGS!

L’appel arrive. Un autre. Celui qui te dit qu’ils ont décidé de t’évaluer. La grosse affaire là. L’évaluation PSYCHOSOCIALE. Le mot psycho te terrifie un peu, ça te fait penser à couteau et douche et à Norman Bates. T’as peur que la psychologue te farfouille l’esprit pis te remémore des souvenirs secrets enfouis au fond de toi-même, comme la fois où le méchant grand frère de ta voisine t’avais laissé EN HAUT du tape-cul dans le parc et que depuis ce temps tu es incapable d’embarquer sur cette maudite affaire là sans faire une crise de panique.

 

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Ci-haut: des enfants au bord du drame

L’évaluation est relativement simple. La madame vient chez toi voir ta maison et juger secrètement de ta déco, puis te dit tout ce qui n’est pas conforme chez vous: Manque un extincteur à chaque étage, médicaments sous clé, verrou et code empreinte digital, cloture autour de ton terrain, rideaux blanc dans le salon. Écoute là pis chiale pas. Elle revoit le questionnaire avec vous et vous interroge encore une fois sur chaque réponse que vous avez inscrit. Tu te remet en question à chaque fois, t’hésites, tu soupires, mais tu tiens le coup. Ensuite, elle vous rencontre chacun de votre côté dans son bureau, en privé et elle vous fait jaser de votre premier souvenir d’enfance, celui que tu te rappelles le plus loin dans ta tête.

Le mien: me promener à quatre pattes les fesses dans les airs, ma mère pas loin sur une chaise. Mon chum: Sa mère qui fait du repassage pendant qu’il joue sur le tapis du salon. Jusqu’à date, tout va bien. On jase pis on parle de notre vie en ENTIER, pis c’est pas mal plaisant finalement, parce que moi je me ferme rarement la trappe pis j’aime ça jaser, surtout de moi-même. Mon chum a un peu moins de plaisir, il est plus mâle du côté de ses émotions et n’aime pas trop en parler, mais sort de là sans traumatisme évident.

La rencontre de couple est encore plus amusante. Là, tu divulgues tous tes problèmes et habitudes de vies, pas de secret pour vous! Fréquence de vos relations intimes jusqu’à qui s’occupe des comptes (c’est lui uniquement, moi je suis pas mal 50’s housewife sur ce côté, je dépense pis je me demande où est mon argent par la suite). Arrive le plus drôle: Situations contextes. La madame nous met en situation et nous demande notre réaction. Du genre: Ton enfant veut aller au parc mais ne veut pas s’asseoir dans la poussette, que fais-tu? Go! Ton enfant à lancé son verre de lait par terre par exprès alors que tu as de la visite, que fais-tu? Go! Ton enfant t’amène un dessin d’un démon noir qui flotte au-dessus de votre lit, comment réagis-tu? Go! Ton enfant de 3 ans se masturbe sur le tapis du salon, que fais-tu? Go! (Cette question-là, c’est évidemment mon chum qui l’a eu!)

Ouf! Ça se termine enfin, la madame te dit au revoir, te serre la main et là, ben devine quoi champion, tu attends! Pas trop longtemps par contre, un petit mois pour enfin, ALLÉLUIA, te faire dire que tu es sur la liste. La VIP. La longue et mystérieuse liste pour toute la région, pleine de couples espérant, aucun sachant quand ils auront un enfant. Y’a pas de temps prescrit, c’est pas le premier arrivé, premier servi. Ça arrive quand ça arrive. Il te match avec le bébé parfait, l’enfant parfait pour TA situation. C’est comme attendre en ligne pour aller dans un club hyper branché pis le bouncer cherche sur le plancher de danse avec qui tu aurais le plus d’affinité. Fac en attendant tu écoutes 30 Rock et Game of Thrones, une des dernières fois où tu pourras t’offrir ce luxe d’écouter une émission en plein jour un weekend. Tu as également le droit de préparer la chambre d’enfant. Enjoy, c’est le moment. Décore comme jamais t’a décoré, lâche-toi lousse, va acheter les petits biberons pis les toutous pis les dix millions de trucs pour bébé qui sont trop mignon et pas tout nécessaire.

Finalement, on t’appelle, enfin. Nous, on a eu 3 mois d’attente. C’est comme pas long. Certains attendent des mois, voire 1 an et plus. D’autres attendent deux jours à peine et reçoivent un appel. Comme dans les livres et toutes les histoires de bonheur, c’est vraiment au moment que tu t’y attends le moins. Genre un vendredi avant-midi et tu es encore en p’tite culotte en mangeant ton bol de céréale  tout en te grattant le ventre. Tu es pas prêt à ça, mais pas du tout. C’est l’équivalent d’apprendre que t’es enceinte, même si c’est pas comparable, parce que tu dois aller chercher Petit Pou quelques jours plus tard. Tu auras la fin de semaine pour te préparer. C’est l’appel le plus glorieux et inquiétant de ta vie. T’es figé dans le temps et l’espace, tu remarques chaque détail de ta cuisine et des arbres dehors qui dansent dans le vent. La lumière du soleil qui coule comme du miel sur tout ce qu’elle touche. Le bruit des tondeuses et les ramifications de la rue derrière. C’est la vie, là là. Elle arrive subitement. Pis ensuite, ils te disent son nom. À ton Petit Pou. Son petit nom juste à lui qui va devenir le tien. Et il a un nom normal, qui sonne bien, un nom que t’aurais choisi toi-même, un nom qui résonne dans ton cœur pis c’est terrifiant de vérité, parce que tu l’aimes déjà cet enfant là, même si tu ne le connais pas, même si tu ne l’a jamais vu. C’est pas un nom bâtard comme Pleurotte ou ben Gargamel. Fac là tu pleures ta vie, et maintenant tu pleures un petit peu d’émotion chaque fois que tu en parles ou que tu l’écris. Parce que c’est à ce moment que tu es officiellement devenu un Papa pis un Dada. C’est à ce moment-là que tu as commencé à aimer pis à t’inquiéter d’un Petit Pou qui resterait avec toi pour toujours, ton futur petit garçon juste à toi.

Pour alléger un peu, voici une représentation de ce quoi j’avais l’air quand je pleurais au téléphone:

crying will ferrell anchorman emotional ron burgandy

 

Ne manquer pas la suite la semaine prochaine: Adventures in Adoptionland, Part 2: Petit Pou Contre-Attaque (avec de l’amour!)

Dada Blaise

 

P.S: Moi je suis Batman entre les deux superhéros. Je tenais à ce que vous le sachiez.

 

Adventures in Adoptionland PART 2

Adventures in Adoptionland PART 3

 

 

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Y’avait pas ça dans Friends! : 10 choses que la télévision ne m’avait pas apprise sur la vie avec un bébé

Dans l’épopée de l’adoption, tu ne sais pas quand ton bébé ou enfant va arriver chez vous. Ce qui veut dire que quand on m’a annoncé au téléphone que Petit Pou s’en venait chez nous, j’ai eu 4 jours pour me préparer. 4 jours de grossesse si tu veux. 4. Jours. C’est pas ben long. Papa pis Dada couraient pour meubler la chambre avec sobriété et classe, cherchant frénétiquement chez Pottery Barn pour l’accessoire qui matcherait avec les draps gris. Tsé, des affaires prioritaires là. Donc, quand bébé est arrivé comme un cheveu sur notre cœur, ben on a fait comme tout le monde: on a appris sur le tas comme qu’on dit. Puisque je suis un simili geek qui a grandi dans les années 80/90, la plupart de mes savoirs et connaissances me proviennent des films et la télévision que je regardais sans cesse et c’est armé de ses maigres informations que j’ai affronté ma première année avec Baby Blue Eyes. Isshh…une chance que ma maman était là pour me donner trucs et conseils, ainsi que mes tendres collègues et amies de travail: mes trois rousses préférées. You know who you are!

Maintenant j’ai 3 ans d’expérience dans l’éducation d’un jeune enfant sous le bras, ce qui veut donc dire que je me considère un expert. AHAHAHAHA!. Je ne crois pas qu’un expert en parenting existe réellement, tu fais du mieux que tu peux avec ce que tu as. Mais tout de même, il y a quelques trucs que j’aurais aimé savoir avant que Petit Pou arrive dans ma vie. Et comme brusquement une flopée de mes copains et copines sont sur le point d’être des nouveaux parents, je me permets cette liste des choses que j’aurais aimé savoir et que la tivi ne m’avait pas apprise avant:

1 – Le bébé reste. Il ne part pas après un épisode ou deux, comme l’enfant de Ross et Rachel que tu vois plus après une couple d’épisodes. Non. Ton bébé est tout le temps là. C’est ben freakant au début. Tu es assis dans ton salon pis ton brand new baby est juste là dans sa chambre, dormant à point fermé, pis c’est merveilleux et irréel et terrifiant à la fois. Après 2 semaines de magie, le feeling s’en va. Ton bébé fait partie des meubles. Pis après une couple de mois, y’a un bout qui passe où te demandes: « Pourquoi j’ai voulu c’t’enfant là moi là? », tout en souhaitant être assis dans ton ancien appartement, seul, avec une canette de Seven Up Diet puis le coffret DVD de Six Feet Under pour un long et tranquille après-midi à rien faire. Ça aussi ça passe et tu serres ton bébé dans tes bras pis tu remercies qui tu veux de l’avoir mis sur ta route. CONTRADICTION!

2 – Les livres sur les bébés. Ce sont les pires. Tu vas en recevoir une couple dans les showers ou quand le bébé arrive, parce que tous les parents chevronnés vont vouloir t’en donner un, histoire de t’outiller. Et pourquoi pas, ce sont des livres rempli de bons trucs et d’information sur quoi faire et ne pas faire avec ton futur bébé! Et ça va te foutre la chienne sans bon sens! Si ton bébé à une petite rougeur sur ses fesses, ton livre va te dire: « Ton bébé est PEUT-ÊTRE entrain de faire ses dents et il fait un abcès qui risque d’infecter sa bouche entière et qu’il pourrait être à l’article de la MORT! Consulte ton pédiatre immédiatement avant qu’il ne soit trop tard. Sinon, ton bébé VA MOURIR! Ou c’est peut-être juste une petite irritation causée par sa couche,  ne t’en fait pas pour rien voyons donc. » C’est définitivement une de ces deux choses ou autres maladies à laquelle tu n’as pas encore pensé. Pis même si tu sais que tu ne devrais pas lire ces maudits livres là ou aller voir sur Internet, tu le fais pareil. Good luck anxiété!

3 – Il y a BEAUCOUP de rendez-vous chez le docteur pendant les premiers mois, voire la première année. Ce n’est pas très chic ni très passionnant. Ton bébé va être mesuré, pesé, vacciné (parce que OUI, il faut faire vacciner un bébé, voyons donc!). Tu vas y passer la plupart de tes après-midis, soit la sieste de ton bébé qui équivaut normalement à ton court break dans la journée, le moment où tu pourrais enfin t’asseoir pour finir de lire Gone Girl, mais non, tu vas être pogné à attendre dans une salle d’attente jaunâtre, entouré d’enfants malades qui pourraient tous potentiellement infecter ton bébé, ce qui pourrait l’amener vers LA MORT CERTAINE, si l’on en croit les livres ou l’Internet.

4- Dans tes yeux, ton bébé va être la plus belle chose qui existe dans l’univers. Les autres vont sûrement te dire des choses du genre: « Qu’il est beau! On dit tout le temps ça, mais là c’est vrai, il est VRAIMENT beau! » Ce qui est probablement faux. Les bébés, en particulier ceux qui viennent d’arriver dans ce monde, surtout ceux fraîchement expulsé d’un vagin, ressemblent à un ti-vieux tout plissé ou a un alien terrifiant plus qu’à un bébé. Pis tu vas trouver que tous les autres bébés sont donc laids comparé au tien. Dans les films, les bébés sont toujours beau et rondelet et parfait. Tu verras ben plus tard, quand ton bébé est rendu un p’tit homme, que finalement, au début, il était pas si beau que ça.

5- Tu vas être fatigué. Comme tu ne peux pas te l’imaginer. Dans les films, on montre souvent les parents complètement épuisés, en total manque de sommeil, mais on explique rarement la raison. Je te l’explique en deux raisons:

1: Il faut nourrir le p’tit aux deux, trois heures. Certains aux heures à ce qu’on dit. D’autres font leur nuit dans les premières semaines à la maison (mais eux ils font chier avec leur bonheur, fac on les écoute pas). Nourrir un bébé la nuit ça veut dire se lever, préparer ton biberon ou ta boule, selon ton sexe ou choix personnel, marcher dans le noir pis rester réveiller pendant que le p’tit boit son lait, sentant la chaleur de cette petite boule humaine lovée contre toi, complètement abandonné à ta bonne volonté. Après avoir fait le rôt et t’être fait asperger de vomi odorant, tu dois changer le pyjama, la couche, endormir le p’tit puis laver le vomi qui a coulé sur ta belle chaise berçante Dutailler blanche que t’as eu la brillante idée d’acheter parce que c’est donc beau le blanc dans une chambre de bébé. Pis après ben, guess what, le temps que tu t’endormes, il va se réveiller parce qu’il a faim, encore. Ah le cher ange!

2: La deuxième raison, elle est moins drôle: La Mort Subite du Nourrisson. Ça devient ton pire cauchemar pis aucun livre, pédiatre ou truc de grand-mère peut prévenir ça. Quand ton bébé s’endort enfin c’est là que tu atteins ton paroxysme d’anxiété. Le bébé ne fait aucun bruit, conclusion: il est mort. Donc, tu te lèves ou tu supplies ton chum d’y aller parce que tu as trop peur et tu secoues juste un peu le bébé, juste voir s’il respire et là ben, oups, il se réveille et tu dois passer un bon 30 minutes à le rendormir en te traitant de gros épais. Mais au moins il est vivant, donc 1 point pour toi!

6 – Tu vas te chicaner avec ta douce moitié.Vous vous aimez au plus haut point et votre amour est plus fort que tout et vous ne vous êtes JAMAIS chicané de votre vie de couple, ni même haussé le ton ou obstiné sur le choix de restaurant? Ah ah ah! Veux pas te faire de peine moé là, mais vous allez vous chicaner pis hausser le ton pis perdre patience un coup que bébé va être là. C’est inévitable. Vous allez être exténué, sensible, à bout de nerfs. Un rien va vous déclencher. Et bien évidemment, vous aller mettre la faute sur l’autre, parce que placer la blâme sur l’autre te rend blanc comme neige et t’absolve de toutes erreurs que tu aurais pu commettre. Mais c’était probablement ta faute si il n’y avait plus de lingettes dans le sac à couche, c’est toi qui avait tout pacté avant de partir après tout.

7 – En plus de vous chicaner à une plus grande fréquence, vous allez avoir UN sujet de discorde qui reviendra fréquemment: Qui a dormi le moins entre les deux. Tu vas croire dur comme fer que si tu gagnes cet argument, tu seras pas celui qui aurais à se lever encore une autre putain de fois à 3 heures du matin le prochain coup. Mais attention, oh toi futur parent: It’s A Trap! Vous allez passer plus de temps à vous obstiner à savoir qui va se lever la prochaine fois qu’il en est nécessaire pour faire la job. De plus, si tu gagnes l’argument et que tu peux dormir 13 minutes de plus que ton partenaire, dis toi que tu vas être celui qui devra faire plus de choses le lendemain, parce que tu as dormi 13 minutes cette nuit. Il est préférable, même si c’est ben difficile, de vous lever tous les deux. Comme ça personne ne dort pis tout le monde est misérable et pas parlable le lendemain. All worth it.

8 – Les coliques, c’est un esti de mythe. Une légende. Une affaire qui n’existe pas, comme dans les films. Les coliques, c’est la réponse magique et universelle à tous les différents pleurs de ton bébé que tu n’arrives pas à décoder. Les autres vont te sortir ça à tout bout de champ: « Y fait ses coliques. » C’est une excuse facile à utiliser, mais voici la réalité: Les bébés, ça pleure. Ça pleure beaucoup. Quand ils ont faim, ont des gazes, quand ils veulent que tu les prennes, quand ils ont faim encore, quand ils s’ennuient ou quand c’est mercredi parce que ça leur tente de brailler. C’est plus facile de dire aux autres quand ils t’interrogent sur le pourquoi que ton bébé pleure que c’est des coliques au lieu de dire en hurlant pis en t’arrachant les cheveux de la tête que t’en a aucune idée.

9 –  Souvent, dans les films, surtout les comédies pour la famille ou les chick flicks, tu vas voir un petit bébé qui fait un caca expulsif ou un pipi-pompier sur ses parents; et là toute la salle éclate de rire en se tapant sur les cuisses. Tu penses peut-être que c’est exagéré, mais détrompe-toi pauvre fou. Les cacas et les pipis sont maintenant ton nouveau parfum. Ainsi que le vomi et la morve. Quand tu enlèves une couche, PRÉPARE TOI AVEC LA PROCHAINE! Une milliseconde d’inattention et ton beau chandail Armani Exchange peut être ruiné à vie. L’urine peut se retrouver facilement dans ta bouche aussi si tu n’es pas assez alerte. Ainsi que la morve si tu ne fais pas attention en aspirant dans le petit tuyau du tire morve. Et la plupart du temps, tes mains seront là pour tout attraper. TOUT. Une main salie de morve est plus facile à laver que ton tapis, oublie pas ça.

10 – Écoute pas personne. Les autres parents, surtout ceux que tu ne connais pas vraiment, genre une connaissance que tu croises au Sears, vont te donner des conseils comme on offre un pamphlet sur la rue Ste-Catherine. Exemple, cet article. Fuck it. Tu verras ben ce qu’il faut faire. Lis les livres, lis pas les livres. Fais ce que tu veux, couche le comme tu veux, fais tes propres compotes ou ben donne lui du Gerber Baby, nobody cares! En quelque part sur Internet, il y a une étude qui va valider tout ce que tu fais pis une autre qui va te dire que tout ce que tu fais est pas correct. Fuck ’em I say. Aime ton ti n’enfant comme jamais t’a aimé auparavant, fais de ton mieux, nourris le, protège le, pis ça devrait ben aller pour le reste.

 

Dada Blaise

Voulez-vous ti ben vous mêler de vos affaires, vieille madame?

Bon. Les madames. Les vieilles madames là. Eux autres, celles passées la cinquantaine (scuse moi maman!). Celles que tu rencontres dans les magasins pis les épiceries un mardi matin avec ta coquille sous le bras pis ta bonne volonté dans l’autre pis qui te font un sourire attendri en voyant ton bébé. Ces p’tites madames-là qui errent avec ou sans but, question de passer le temps ou fuir leur foyer? Ben j’ai eu affaire avec eux souvent pendant mon congé de dadaternité (C’est comme la maternité, sans l’allaitement pis l’accouchement, mais avec toute l’angoisse et l’incertitude). Ces ptites mesdames-là se multipliaient, comme des ptits vers blancs sur une carcasse de chat mort, aussitôt que je me pointais quelque part de public avec bébé joufflu. Je parle des tites madames qui trouvent ton bébé tellement mignon qu’elles veulent le toucher et le tâtonner à tout prix en disant: « Qu’il est beau. » Non madame, touche pas mon bébé please. J’ose même pas le toucher moi même parce que je viens d’ouvrir la porte du magasin pis j’ai peur de lui transmettre l’herpès avec mes mains sales. Peux-tu garder tes mains d’inconnue chez vous s’il vous plaît? Mais bon, eux autres sont inoffensifs la plupart du temps, elles veulent toucher pis complimentent pis elles partent, repues.

Mais j’ai eu affaire avec un autre type de ptite madame. La p’tite madame qui juge. La p’tite madame pas gentille. Exemple concret: Petit Pou s’endormait toujours avec sa doudou sur la tête. Il se la ramassait en tapon sur le crâne pis s’en pognait un p’tit bout dans sa p’tite main pis se frottait ça sur le nez. Pis il s’endormait comme ça, avec la couverte qui lui couvrait toute la tête, jusqu’au nez. Faque, bébé dort avec sa couronne de couverte en lin bleu sur la tête pis on roule en carrosse sur le bord du canal, p’tit train va loin, la vie est belle. P’tite madame marche à contre sens. Genre de madame retraité mais qui fait de la marche professionally, parce qu’elle a un tracking suit mauve, pis des grosses lunettes fumées, pis une coupe de cheveux agressivement courte. On se croise, elle regarde instinctivement le bébé, puis moi ensuite. Un papa qu’elle se dit sûrement, avec juste une petite dose de mépris. Je le vois tout de suite dans ses yeux. Un homme pis son bébé. Elle regarde le p’tit à nouveau et tout bonnement avec toute la suffisance qu’elle peut se permettre, me dit: « Mon doux, mais il respire tu cet enfant la? » Pas de gêne, elle se penche et enlève la couverte de sur sa tête. Parce que manifestement, elle sait qu’est-ce qui faut faire.

Hé ben. Pas de trouble hein? Je replace prestement la couverte sur le crâne bien doux et bien chaud de mon nouveau rejeton pis je lui dit: « Inquiétez-vous pas, il respire. Je suis capable de m’en occuper tout seul, madame. » Pis je pars. En chriss. Elle aussi, ses pantalons frottant de façon désagréable sous la vigueur de ses pas.

Alors je me demande, pourquoi elle peut se permettre un tel geste? Non, je le sais, elle ne l’a pas battu ou ben attaqué. Mais imaginons une situation inverse, elle se promène avec son petit-fils pis lui il mange une crème en glace mettons, full chocolat. Moi je m’arrêtes tu pour lui dire, mmm, vous êtes certaine que c’est bon pour lui tout ce chocolat? Je n’en aurais pas parlé si l’incident avait arrêté là. Ça aurait été une anecdote cocasse pour tous mes amis, on aurait rit pis aurait bu une gorgée de vin. Mais non. Les p’tites madames s’étaient donné le mot on dirait. Par plus de quatre fois en quelques mois, après l’incident de la couverte, je me suis fait apostropher par des p’tites madames. « Mon Doux! » qu’elles disaient à l’unisson. « Il ne fait pas un peu chaud pour avoir un gros manteau de même? » « Il pleure, mais donnez-lui sa suce! » « Il dort un peu le cou tout croche, il doit avoir mal pauvre pit! » et la meilleure: « Il pleure, pov’ ti. Hooon, tu veux voir ta maman hein? »

Ah ben la…elle…elle…elle a gagné le jackpot. Dada en esti. « Heille p’tite madame du Wal Mart avec ses bottes trop grandes pis son manteau qui pu la cigarette! Peux-tu te mêler de tes affaires? (J’ai peut-être sacré un peu plus que ça, je suis plus certain). Cet enfant la, y’en a pas de mère, juste deux papas, pis on fait notre possible! Correct? »

Fac voilà. Petites madames du monde, inquiétez-vous pas. On fait de notre mieux, nous les papas. Et j’englobe tous mes papas compatriotes, homosexuels ou pas. On change les couches pis on essuie les gouttes de pipi, pis on cuisine, pis on va aux rendez-vous importants, pis on console pis on …

Pis si on est ben mal pris, entouca pour Papa pis Dada, ben j’appelle ma maman en panique pis on y demande ses précieux conseils. Elle c’est une p’tite madame qui a le droit se mêler de mes affaires.

 

Dada Blaise