Une matinée avec le p’tit

 

Beaucoup a été dit sur les bienfaits d’être un lève-tôt. Fouillez su’l Net et vous trouverez 56 017 articles qui expliquent en long et en large comment les personnes qui se lèvent en même temps que le soleil sont plus proactif, ont de meilleurs résultats à l’école, sont plus heureux, peuvent transformer l’eau en vin et ont plus de chance de devenir PDG d’une grosse entreprise. Autrefois, j’étais une de ces personnes. J’aimais me lever tôt. Mais j’ai eu un enfant et j’ai appris qu’est-ce que c’était le sens du mot « tôt ». Et le sens du mot « têtu ». Mon p’tit adore le soleil, semble-t-il, et aime se lever en même temps que lui. Et là partez pas en peur avec vos cinquante millions de trucs pour qu’il reste couché plus longtemps. Matante Suzie me les a déjà dit, mais j’ai des principes et je ne crois pas que donner une shot de gin à mon garçon de 3 ans est tout indiqué afin qu’il dorme plus tard le matin. De toute façon, les trucs de Matante Suzie ne fonctionnent pas pour endormir notre p’tit.

Encore une fois j’ouvre grandes les portes de mon intimité et vous partage l’horaire de notre « matin ». Note: le matin débute relativement tôt chez nous.

 

1h01.       Toute la maisonnée dort à point fermé sous la lumière bleutée de la lune paisible. Subitement, le voisin de Papa pis Dada a une envie soudaine et pressante de démonter sa piscine hors terre. Vite, il sort dehors et se met à la besogne. Il utilise deux outils: une massue et la discrétion d’une jeune universitaire qui rentre chez elle saoule à 3hres du matin. Les raclements de métal et les coups tonitruants, étrangement, réveillent tout le monde dans la maison.

1h03.      Le p’tit est terrifié et Dada se lève pour aller le consoler. Les cris du p’tit doublent d’intensité lorsqu’il aperçoit que Dada n’a pas de pantalon. Dada va s’habiller et reviens, ayant ainsi traumatisé son enfant à tout jamais.

1h04.     Pendant ce temps, Papa se lève et pense à la dernière minute d’enfiler quelque chose, puis il sort sur le perron. Il salue le voisin d’un viril « heille gros épais » et lui demande gentiment d’arrêter de varger comme un malade en pleine nuit. Le voisin se confond en excuse et réalise qu’effectivement, il fait noir dehors. Il retourne à l’intérieur.

1h30.     Tout le monde se recouche et s’endort relativement vite. Sauf Dada qui gosse sur  Pinterest pour trouver une idée de bricolage qui occupe un enfant de 3 ans pendant 4 heures d’affilée.

2h00.     Dada, de fil en aiguille, est maintenant en train de lire des histoires d’horreur de gens qui affirment s’être fait enlever par des extraterrestres en pleine nuit. Bravo.

3h02.      Dada s’endort en position fœtale, terrifié et se traitant d’innocent d’avoir lu ces histoires.

3h33.       Le p’tit se réveille brusquement et fait son chemin discrètement vers la chambre de Papa pis Dada. Au lieu de hurler son habituel chant mélodieux, il utilise sa nouvelle technique préférée: « J’me plante à côté du lit et je te fixe comme un creepy little silent demon. ». Dada se réveille et passe proche d’y sacrer un coup de poing tellement il fait le saut.

3h35        Dada passe un bon 2 minutes à se demander si c’est bel et bien son enfant et non pas Mac, du film Mac et Moi, qui est venu l’attaquer.

 

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Chriss de film…R’garde moi ça?! WTF!? Pis c’était censé être un film pour enfant? Fuck you Super Écran 1988, tu as gâché mes nuits!

 

3h39.       Dada ramène le p’tit qui est plus ou moins d’accord d’aller se recoucher et le fait savoir avec de subtils commentaires comme: « pas gentil », « pas dodo », « noooooooonnnnn » et « tu vas connaître toute la puissance de ma colère » avec une voix d’outre-tombe.

3h44.       Le p’tit boude à côté de son lit, refusant catégoriquement de se recoucher. Dada s’effouare dans la chaise berçante et se berce tout seul.

3h45.       Dada passe proche de s’endormir, ce qui insulte le p’tit. Il hurle qu’il veut se coucher. Dada couche le p’tit.

3h47.       Le p’tit affirme qu’il a peur et réclame un câlin. Dada en fait un.

3h48.       Le p’tit veut un bisou. Dada en donne un.

3h49.       Le p’tit veut sa doudou. Dada lui donne.

3h50.        Non, la doudou doit aller SUR sa tête. Dada place la doudou.

3h51.         Le p’tit veut son toutou. Lequel? À Dada de savoir par le biais du langage télépathique qu’offre le p’tit.

3h52.         Dada donne le toutou lapin, ce qui n’était clairement pas le bon choix. Le lapin revole dans le couloir.

3h53.         Dada menace d’amener les toutous faire dodo avec lui ou les mettre dans les vidanges si le p’tit se décide pas. Le p’tit affirme qu’il n’a JAMAIS voulu de toutou. Dada se demande si on peut faire une crise de coeur tellement on est en esti

3h55.        Le p’tit veut une gorgée d’eau. Dada passe proche de lui lancer le verre au visage, mais il se rappelle qu’on est pas dans Les Fleurs sur la Neige, donc il donne une gorgée d’eau à son enfant.

3h56.       Le p’tit refuse de s’endormir seul. Dada, abandonnant toutes prétentions qu’il a le dessus sur la situation, s’installe à côté de son p’tit.

3h59.      Le p’tit pète sa coche violemment parce que clairement, Dada n’a pas compris le message. Il veut dormir SEUL dans son lit, mais Dada doit tout de même rester tout près.

4h.      Dada s’agenouille près du lit et dépose sa tête sur le bord en une position ultra comfortable. Il aimerait bien dormir, mais les 45 000 lumières et veilleuses qui éclairent la pièce avec une puissance équivalant d’un followspot de l’Olymia l’empêche de dormir.

4h06.      Le p’tit chante l’alphabet en chuchotant. Dada contemple l’idée d’acheter un billet pour la Floride pour une semaine, seul.

4h08.      Le p’tit s’endort subitement après le « T ». Rapidement, Dada retourne dans son lit tout en riant/pleurant.

4h09.      Papa a profité de l’absence de son conjoint pour dormir en diagonale. Comme il mesure 6’2 et est bâtit comme un bucheron, il ne reste pas grand place. Dada qui ne trouve plus aucune trace de patience en son corps, intime « gentiment » son conjoint de se tasser parce qu’il prend toute l’esti de place.

5h32.     Rise and shine motherfuckers! Les premiers rayons de soleil se pointent le bout du nez et le p’tit se réveille frais comme une rose.

5h34.      Le p’tit court vers la chambre de ses parents en hurlant « C’est le matin! ». Papa pis Dada jouent au jeu de « Qui peut faire semblant qu’il dort le plus longtemps avant que l’autre réagisse ». C’est Dada qui gagne, principalement parce qu’il a fait du théâtre au secondaire, donc il est un EXCELLENT acteur.

5h32.      Papa marmonne quelque chose et le p’tit encourage son père à parler clairement en s’approchant à deux pouces de sa face et en lui agrippant les joues.

5h37.     Papa explique que c’est encore la nuit. Le p’tit explique que non, c’est le matin, il y a le soleil dumbass. Devant une telle logique implacable, Papa ravale ses arguments et quelques gros mots et redirige subtilement son enfant vers sa chambre. Papa remarque alors par la fenêtre du salon qu’une voiture est stationnée juste devant la maison. Alors qu’il tient la main du p’tit, il scrute attentivement la voiture, parce qu’il est du genre scèneux et belette un peu sur les bords.

5h40.     Pas de doute, il y a bel et bien un couple de jeunes collégiens qui forniquent à bouche que veux-tu dans la voiture stationné devant la maison. On peut même entendre les grincements de chucks et le klaxon qui résonne lorsque la collégienne presse ses gros seins contre le volant. Oups, I’m so clumsy!

5h41.      Le p’tit demande quel était ce bruit. Papa entraîne le p’tit dans sa chambre.

5h47.     Le p’tit a « accepté » de se recoucher dans son lit, après beaucoup de persuasions. Papa s’installe dans la chaise berçante.

5h48,     Le p’tit fixe son cadran GRO-CLOCK et a décidé qu’il allait annoncer chaque changement d’heure à son père.

5h49.     « Papa! », jubile le p’tit, « 5, 4, 9! ».

5h50.     « Papa! », s’exclame le p’tit, « 5, 5, 0! »

Le p’tit répète ainsi jusqu’à plus soif.

6h03.      « Papa! », s’exulte le p’tit, « 6, 0, 3! »

6h04.       Papa a découvert qu’il était capable de dormir les yeux ouverts. Le p’tit arrête de compter et cherche un autre moyen pour énerver son père.

6h12.       Après avoir entendu son nom répété 54 fois, Papa se lève. Le p’tit également, en imitant le cri du gorille. Papa à déjà hâte d’avoir un deuxième enfant.

6h15.      Le p’tit refuse d’aller à la toilette, alors Papa lui demande d’attendre dans la cuisine.

6h17.     Le p’tit surgit dans la salle de bain, car il semble avoir compris que Papa voulait un auditoire. Il s’approche le plus près possible de son père et le complimente sur la force de son jet. La maison de Papa pis Dada regorge de bons compliments comme ceci.

6h23.     C’est le temps de déjeuner! Le p’tit veut une toast et semble horrifié quand Papa lui propose de manger autre chose pour une fois. Le p’tit explique qu’il veut une toast et également qu’elle soit découpée en forme de Zuma dans PatPatrouille. Le p’tit fini avec une rôtie au beurre d’arachide et un « là c’est la toast ou rien, correct? ».

6h25.     Le p’tit mange allègrement et est heureux. Papa pleure silencieusement dans son café.

6h30.     Dada se réveille et sort de la chambre. La lumière semble soudainement plus scintillante et on entend du Pucini en background. Les voisins se sont rassemblés pour observer ce moment tellement c’est beau à voir.

6h40.    Papa pis Dada mangent en silence. Le p’tit lâche un « maudit soleil! » et ils reconnaissent leur propre caractère maussade en leur fils. Ils sont tous les deux fiers.

7h.         Tout le monde a terminé de manger. Il faut maintenant s’habiller. Kill me now.

7h04.      Le p’tit a du beurre de pinotte et de la confiture dans le nez et les cheveux. Good start!

7h06.      Après avoir couru après son enfant avec une débarbouillette, Dada va choisir les vêtements pour la journée.

7h07.      Yark! Quel choix horrible! Le p’tit lui fait savoir QUELS vêtements il voulait réellement: des jeans rouges et un coton ouaté double épaisseur jaune. Le look Ronald McDonald.

7h08.       Dada tente de mettre les jeans rouge, mais le p’tit s’enfuie dans la maison nu fesses.

7h09.       Dada se dit qu’il chérira ces moments jusqu’à sa mort. Qui risque d’être bientôt avec toute ces montées de pression artérielle.

7h11.         Dada habille le p’tit et se créerait à un match de lutte. Il réalise qu’il vient de faire son cardio pour la semaine juste en habillant le p’tit. Il se récompensera pour ses beaux efforts physiques en s’achetant un Cappuccino glacé en allant travailler.

7h13.         Le p’tit décide que c’est le moment idéal pour sortir le jeu avec cinquante millions de morceaux et de bidules complexes.

7h15.         Oups, la moitié du jeu chriss le camp par terre et les morceaux et figurines roulent partout dans le salon. Le p’tit passe en mode dramatique.

7h18.        Papa pis Dada se fendent en quatre pour trouver tous les foutus morceaux et jurent contre leur ami qui a osé acheter un tel jouet à leur enfant. Ils décident qu’ils se vengeront en achetant un jouet à la musique tonitruante à leur ami lorsqu’il aura un bébé. Le p’tit est toujours en mode dramatique.

7h19.       Papa pis Dada n’ont jamais eut aussi hâte d’aller travailler de leur vie. Le p’tit veut mettre ses bottes de pluie. Whatever.

7h21.        Papa et le p’tit quittent enfin pour la garderie. Tout le monde se fait des câlins et des bisous. Le p’tit veut faire le plus gros câlin du monde à Dada. Il le serre tellement fort qu’il lâche un gros pet. Encore une fois, le pet fait rire tout le monde. #goodparenting

7h23.        Papa pis Dada réalisent qu’on est vendredi et se disent qu’il est nécessaire pour la survie de la famille qu’ils socialisent avec des adultes humains ce soir. Préférablement des adultes qui ont eux-même un enfant ou une télévision qui pourra entertainé le p’tit. Et du vin. Lots of it.

Dada Blaise

Regarde-moi là!

S’il y a une constance dans la vie du parent moderne, c’est de se faire reprocher quelque chose par un inconnu sur Internet. Pas de technologie avant le dodo. Pas de jouet-épée mousse. Ne pas uriner dans les buissons au parc. Faire du co-dodo. Ne pas laisser pleurer votre enfant plus de 2 minutes trente secondes. Faire vos propres quiches avec le restant de placenta. And so on and so forth. La mode par les temps qui courent: « Lâchez Votre Cellulaire! »

Il y a toujours un article de ce genre qui se retrouve sur ton wall Facebook, révélant que, shocking news, le parent d’aujourd’hui passerait plus de temps sur son cellulaire qu’à jouer ou surveiller son enfant. On rapporte que les enfants sont obligés de tourner la tête de leur parent avec force encore d’avoir à arracher directement le téléphone de leur main afin d’avoir quelques secondes d’attention. On raconte aussi que certains parents repoussent leur enfant à coups de pied ou lance un sac de Oreos au loin pour faire diversion afin d’avoir 3 minutes pour compléter leurs hashtags. Peut-être qu’ici on ne parle pas de parent poche parce qu’il ne lâche pas son cellulaire, mais juste de parent poche tout court? Un article explique même que la nouvelle tendance du parent qui pitonne sur son téléphone sans arrêt égale à un nombre plus élevé d’enfants qui se blessent au parc. Please…mon p’tit passe sa vie à tomber par terre parce qu’il court tout croche et ne regarde pas où il va. Parfois c’est même moi qui le pousse! (just kidding…or am I?)

Donc, si je comprends bien, il faudrait que je donne TOUTE mon attention à mon enfant, et ce à chaque fois qu’il l’a réclamé? Et s’il joue tranquille dans son coin, je devrais également me poster derrière lui et l’encourager sans arrêt tout en créant des médailles de félicitations faites avec de la laine et des cannettes de Coke pour chaque petite auto qu’il a vaillamment fait rouler? Mais agir ainsi ne ferait-il pas de moi un parent-hélicoptère (un autre type de parentalité à proscrire selon la tendance Internet) si je suis constamment autour de mon enfant pour l’aider, lui dire quoi faire et surveiller à ce qu’il ne se blesse pas? Ne vais-je pas commettre des erreurs irréparables si je suis constamment autour de lui, du genre le rendre incapable de gérer lui-même ses problèmes, le transformer en dendrophile solitaire, lui créer une dépendance aux colles en bâton Pritt ou autres trucs terrifiants de ce genre?

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J’ai insisté pour qu’il porte une casquette l’été pour se protéger du soleil! Regardez-le maintenant! Qu’ai-je donc fait?

 

J’ai lu il y a de cela très longtemps (genre il y a deux semaines, mais Internet va tellement vite!), un article très intéressant sur ce sujet. Le papa relate qu’il ne faut pas juger les parents qui bizounne sur leur téléphone, car on ne sait pas tout ce qu’ils ont fait avec leurs p’tits avant dans la journée (bricolage, cours de hockey, messe noire pour le Prince des Ténèbres) ou tout ce que le parent a vécu auparavant (chicane, drame, vasectomie, etc.). J’suis bien d’accord qu’il ne faut pas juger, mais je suis le premier à l’avouer que lorsque j’vais au parc ou ailleurs et que mon enfant, après l’avoir poursuivi en riant dans les jeux, le faire glisser, le balancer, s’amuser avec lui et etc, fini par jouer SEUL ou avec des p’tits copains de façon sécuritaire tout en brûlant son énergie qui pourrait alimenter toute la ville de Joliette à elle seule, ben j’aime bien m’effouarer sur le p’tit banc de bois et sortir mon téléphone. Mon enfant à son plaisir pis moi le mien, et je me DOIS d’aller voir combien j’ai eu de likes pour la photo que je viens de poster, montrant mon enfant et moi alors qu’on soufflait des bulles de façon ludique. Parce que, entre nous autres, c’est un peu plate être au parc. Et là j’entends déjà les Eux Autres s’exciter le poil des jambes (inexistants parce qu’elles sont toujours fraîchement rasé elles, elles ont le temps).

« Moi j’adore glisser avec ma petite Arabella et lui faire découvrir les vingt millions d’espèces de papillons qui habitent notre parc. »

« Moi je cours tout l’après-midi avec mes enfants, on joue à chat perché puis à la marelle avec de la craie bio que j’ai fait avec de ossements de dindon et ensuite nous rentrons à la maison pour boire un jus de kale frais et manger du fromage cottage en forme de Elsa et Olaf. »

« Moi je ne comprends pas cette dépendance au téléphone! Dans le temps de nos parents, il n’y en avait pas et c’était bien mieux! »

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Dans l’temps mes arrières grands-parents marchaient huit miles dans ‘à neige pour aller su’à toilette, pis y s’essuyait avec des vieux journaux, c’tait ben mieux!

Heu…calme-toi la self-indulgence. Oui, je suis d’accord qu’il faut allouer du temps pour jouer avec nos enfants et oui, nos parents et grands-parents nous ont élevés d’une façon différente, mais là viens pas me faire à croire que ta mère pis ton père passaient leur sainte journée à jouer avec vous autres sans arrêt, riant aux éclats lors d’une partie de Monopoly amicale pour ensuite faire du baba ghanouj maison. J’serais prêt à mettre ma main au feu qu’à un moment donné, vos chers et tendres parents en avaient leur esti de voyage de vous endurer pis avaient juste le goût d’avoir la paix cinq minutes. Vous m’croyez pas? Bon, comme d’habitude je vais piger dans mes horribles souvenirs d’enfance pour vous prouver mon point.

Voilà le tableau: Dada est jeune, genre cinq ou six ans. Il est souple et agile comme Nadia Comăneci. Il fait de la gymnastique le samedi matin vois-tu, pis il est capable de faire la roue sans main, la split à moitié et faire la chandelle, c’est-à-dire se tenir sur les mains, la tête en bas, les jambes drette comme un pic. Il est ben fière de ce dernier move. Futur Dada passe la journée avec sa housewife de mère. Comme elle est une femme accomplie qui ne fait pas juste faire le ménage, elle extériorise ses talents artistiques par toutes sortes de moyens. Sa dernière passion? La sculpture. Elle s’est installé un genre d’atelier dans la cave et est justement à la besogne, à travailler sur sa sculpture. Jeune Dada arrive en haut de l’escalier et décide que ça serait l’endroit idéal pour démontrer ses talents de gymnaste à sa mère. Il se met sur les mains, les jambes dans les airs ben écarquillés avec peu de grâce.

 

« R’garde-moi maman! »

« Mmmm… »

 

Maman est ben occupé à gosser son p’tit bout de bois pour en faire un canard. Elle marmonne une réponse.

 

« R’garde-moi maman! »

« Mmm… »

« R’garde-moi là! R’garde c’que je fais! Maman! Maman! R’garde-moi maman! MAMAN! »

« Ouain…wow… »

« Maman! Maman! R’garde-moi la! R’garde moi mamaaaaaaaaaaaaaaaaaaahhhhhhhhhh! »

 

Jeune Dada sacre le camp en bas des marches, prenant bien soin de les toutes les cogner une à une. IIl fini sur le tapis gris de la cave avec un beau gros cri de douleur et d’amour propre blessé. Maman lâche son canard, vérifie que jeune Dada n’a aucune blessure grave, puis sermonne sur le fait de faire attention voyons donc pis que c’était peut-être pas la meilleure idée du siècle de faire la chandelle au-dessus des marches de la cave. Elle lui  fait un câlin, un p’tit pot de yogourt fruits au fond pis lui suggère d’aller s’asseoir devant la télévision.

La leçon de cette histoire: Les parents de toutes les générations ont besoin d’un break a un moment donné, que ce soit avec la sculpture, un livre, un magazine, jouer à Candy Crush ou aller espionner les personnes avec qui t’allais au secondaire pour voir s’ils ont mieux réussi que toi. À chaque génération son passe-temps, faut simplement pas en abuser.

Bon, astheure que j’ai écrit tout ça, j’me sens ben obligé d’aller jouer avec mon p’tit. Et par « jouer » j’entends sortir la boîte de Lego et m’asseoir à côté de lui tout en regardant furtivement mon téléphone pour aller voir des vidéos de chats. #millennialsgeneration

 

Dada Blaise

 

Excuses à Mr. Asphalte et Tous les Autres #sorrynotsorry

J’sais pas pour vous, mais moi j’aime un peu ça me fâcher. Juste un peu. Juste pour dire. Et quand j’étais en « congé » de dadaternité (c’est comme la maternité, sauf qu’il n’y pas tout ce débat sur l’allaitement), j’aimais ça pogner les nerfs après plein d’affaires. J’me suis découvert un côté lion féroce qui protège son p’tit et comme l’aventure de l’adoption est rempli de situations stressantes et incontrôlables, disons que je me vengeais sur le quotidien et toutes les petites injustices sociales qui peuvent t’irriter au plus haut point quand tu n’as dormi qu’une heure la nuit précédente. Maintenant je suis serein et en paix avec mon intérieur, car j’ai grandi, acquit de l’expérience et de la sagesse avec les épreuves de la vie, je suis un adulte mature et surtout, mon enfant s’est endormi par lui-même ce soir et j’ai terminé la bouteille de vin tout seul devant l’ordinateur. I feel great!

Voici donc dans le désordre et chaos total une belle grande liste d’excuse pour les quelques fois où j’aurai peut-être exagéré légèrement dans ma colère:

Je m’excuse Mr. Asphalte qui est venu sonner chez nous en plein mois d’août pour me faire une offre spectaculaire de patcher mon entrée de goudron noir d’asphalte odorant pour une centaine de dollars seulement. Tu ne le savais pas, mais t’étais le huitième qui passait cet été là, pis tu ne savais pas non plus, mais quand tu sonnes à ma porte, mon petit chien saucisse jappe comme si on était en train de l’égorger pis ça réveille mon petit poupon qui fait sa sieste paisible de l’après-midi, moment sacré où je peux enfin m’adonner à des activités constructives et reposantes pour mon moi-même, c’est-à-dire être à moitié évaché sur mon divan avec mon Iphone dans les mains entrain de regarder des vidéos de vieilles madames qui tombent sur la glace. Je m’excuse de t’avoir dit que ton offre était inutile et mal chié, et je m’excuse également d’avoir pleuré 15 longues minutes pendu à ton bras afin d’avoir un peu de réconfort humain et de t’avoir raconté que mon bébé était constipé et que je ne savais pas quoi faire pour le soulager.

Je m’excuse Grosse Madame qui m’a volé mon stationnement « Maman+Poussette » au Wal-Mart. C’était le temps des Fêtes et tu étais probablement aussi pressé que moi d’aller dans une mer de monde louche et psychotique afin d’acheter des Legos et un sac de crottes au fromage. Je le sais que tu m’as pas vu attendre patiemment dans mon auto, avec mon clignotant pis toute, parce que tu jasais avec ton amie à grand coup d’éclat de rire. Je m’excuse d’avoir attendu à côté du stationnement pour voir si tu sortais bel et bien avec un bébé et que non, finalement t’en avait pas. Je m’excuse de t’avoir demandé haut et fort si tu prenais ce stationnement seulement parce que tu étais trop paresseuse pour marcher tout le stationnement avec tes grosses cuisses. Comme tu m’as fait un doigt d’honneur de la compassion, je crois que mes excuses ont été acceptées relativement vite.

Je m’excuse à toi Jeune Adolescent au parc. Je le sais que tu avais ben du fun avec tes amis de 13 ans pis jouer à la tag dans des glissades et des échelles c’est vraiment chill à 3hres de l’après-midi, mais quand tu as bousculé mon Petit Pou de 18 mois qui commençait à peine à marcher et que je t’ai vu le tasser avec ta délicatesse d’adolescent pressé par la vie, j’me suis senti interpellé. Je m’excuse de t’avoir un peu attrapé par le bras et un peu tiré vers moi avec autorité démentiel d’un prof en congé parental. J’avais comme pas beaucoup dormi la veille et le matin j’avais mit du savon à vaisselle dans la boîte à lunch de mon chum au lieu de sa vinaigrette, donc tu comprendras pourquoi j’ai attrapé ton skateboard et l’ai lancé au-dessus des bosquets de cèdre. Je m’excuse aussi d’avoir pleuré 40 minutes accroché à ton bras afin d’avoir un peu de réconfort humain tout en te disant d’aller au bout de tes rêves et de contrer le décrochage scolaire.

Je m’excuse Madame en Ligne au Centre du Pneu Costco. Je le sais que tu n’avais pas vu la file de monde qui attendait comme des moutons à l’abattoir et que c’est pour ça que tu m’as coupé prestement pour aller directement à la caisse quand c’était rendu mon tour. Je m’excuse d’avoir sorti ma voix de prof/ancienne religieuse indignée et de t’avoir demandé si tu avais bel et bien vu tous les gens qui attendaient patiemment comme des épais et que si tu te sentais supérieure au reste des communs mortels que nous sommes. À voir ton visage indigné et ton sac à main Louis Vutton acheté à Chinatown, je crois que tu t’en calissais un peu, mais ton « Scusez-moi mon Dieu! » m’a fait grandement du bien et je t’en remercie beaucoup.

Je m’excuse Monsieur au Téléphone avec qui j’essayais de régler mon problème d’Internet. Tu le ne savais pas que je voulais aller sur Netflix parce que mon garçon me réclamait POCOYO à tue-tête depuis le matin et que j’avais finalement flanché malgré mes belles convictions que mon enfant écouterait seulement 10 minutes de télévision par jour. Je le sais que tu étais probablement pas dans le même pays que moi et que la connexion était difficile, mais oui je l’avais bel et bien éteint et rallumé mon routeur sans fil, ainsi que rebranché le fil d’Internet. Je m’excuse de t’avoir dit de manger du poils, je t’expliquerai plus tard ce que ça veut dire.

Je m’excuse Madame au Téléphone qui m’a également appelé pour me vendre un cellulaire. Je le sais que tu voulais bien faire et aussi impressionner ta superviseure qui devait te juger derrière toi dans son tailleur Liz Claiborne de chez Target, mais lorsque tu m’as demandé pourquoi je ne voulais pas de nouveau cellulaire plus performant, j’ai comme craqué. Je m’excuse de t’avoir dit que ma mère était morte en conduisant au cellulaire et que depuis j’étais incapable de toucher à un cellulaire. Tu as du te sentir bien mal et peut-être as-tu complètement réévalué tes choix de vie et de carrière jusqu’à ce jour et questionner pourquoi tu passais tes soirées à déranger le pauvre monde avec tes offres bidons de cellulaires.

Finalement, je m’excuse mon chéri, mon tendre et cher chum. Je m’excuse pour toutes les fois où tu es revenu pimpant de bonheur de ta job et que je t’ai quasiment lancé notre enfant dans les bras pour aller me réfugier dans notre chambre afin d’aller hyper ventiler sagement dans un sac de papier brun. Je m’excuse pour toutes les nombreuses fois où je t’ai accusé de faire du bruit inutilement, que tu ne donnais pas le biberon de la bonne façon et t’accuser avec véhémence d’avoir fait exprès de laisser traîner ton linge près du lit pour que je m’enfarge dedans. Je m’excuse de t’avoir affirmé que j’haïssais ça la Saint-Valentin et que je trouvais ça kétaine pour ensuite bouder parce que tu ne m’avais pas acheté rien en fin de compte. Et finalement je te remercie d’avoir été aussi patient et de m’avoir ramené sur terre d’innombrables fois, d’avoir été m’acheter de la crème glacée Haggen Daas quand je t’en faisais la demande, d’être resté fort et sensé dans les moments de crise. Tu es pas mal la meilleure chose qui me soit arrivée et qui plus es, tu m’as vu à mes moments les plus désastreux, tu as senti mon haleine du matin, tu as enduré les histoires interminables de mon père et tu te tapes mes brusques envies d’écouter Black Swan et La Petite Sirène pour la 23e fois de suite sans trop chialer, alors il m’apparaît clair que tu es le bon et qu’on est pas mal un bon team ensemble. Je t’aime ben ben fort gros grognon.

Dada Blaise

Étiez vous une des personnes que j’ai malmené pendant mon congé?

Vous aussi vous aimez ça être en esti après les caissières bêtes du Rona? 

Alors démontrer vous aussi votre haine des vieux monsieurs qui prennent trois heures pour tourner dans l’entrée du Metro en partageant cet article avec toute votre furie.