Adventures in Adoptionland, PART 5: Round Two

Comme vous le savez déjà, surtout si vous êtes des fidèles lecteurs, l’aventure de l’adoption n’est pas de tout repos. Si vous êtes tout nouveau ici, je vous invite de façon sensuel comme le ferait une bonne hôtesse à aller lire les aventures précédentes. Il y a du drame en masse, un peu d’humour, des surprises et des photos de Harrison Ford jeune. C’est de toute beauté. Enfin bref, disons qu’en adoption, tu ne sais jamais comment ça va se terminer. Il y a des bouts qu’on se croirait dans La Mélodie du Bonheur, gambadant dans les pâquerettes avec ton jeune bébé tout beau tout frais, pis d’autres bouts tu tiens la porte de la chambre dudit enfant de force parce qu’il est entrain de péter un moyenne coche, une colère si énorme qu’elle risque d’avaler toute la lumière qui habite ton fragile esprit. Pis le lendemain tu fais des crêpes en forme de lune pis tu fais des expériences avec ton enfant de mélanger du savon à vaisselle dans du lait pis du colorant pis il s’extasie pis mon dieu que la vie est belle. Bref, on l’a pas toujours eu facile avec notre premier projet d’adoption. Toujours est-il que, comme tous les parents de ce bas-monde qui se demande s’ils veulent vraiment un autre enfant, on s’est dit qu’on avait déjà vécu toute la gamme d’émotion avec le 1er projet, kessé qui pourrait arriver qu’on avait pas déjà vécu avec projet number 2?

Ben accrochez-vous à vos brassières, nous avons eu toute qu’une surprise…

Si vous le voulez bien, j’aimerais vous ramenez loin dans le passé, l’année 2017 pour être bien précis. Fin octobre. Éric Salvail venait de réaliser que de montrer sa zoune à ses collègues était une mauvaise idée, Despacito jouait encore en boucle à la radio, le gaz coûtait le même prix pis moi et mon chum on essayait d’écouter Riverdale sur Netflix pis on trouvait pas ça ben bon. Bref, le monde roulait comme il fallait. Rappelons-nous que nous étions fraîchement ou presque déménagé dans notre nouvelle demeure et que nous avions dû mettre sur pause nos projets d’adoption numéro 2, parce qu’il était difficile de s’imaginer prendre soin d’un bébé alors qu’il fallait plâtrer les murs et refaire des divisions de la maison en entier. Ainsi donc, le temps de s’obstiner sur la couleur du plancher pis de manger de la poussière de  gypse pour déjeuner, peindre une maison en entier et se laver dans une tite chaudière comme l’aurait fait Émilie Bordeleau, nous étions enfin prêt quelques mois plus tard à nous remettre sur la liste.

But WAIT que nous disait donc la madame au téléphone. New maison, new inspection dumbass! Encore une fois la charmante dame devait revenir chez nous pour s’assurer que nous ne faisions pas pousser de la marijuana dans la cave et que nous ne cachions pas un enfant mutant dans le grenier. La dame inspecte donc les moindres recoins de la maison et semble un peu fragile sur le fait que notre entrée est encore sur le plywood et également qu’il nous faut une clôture autour de la maison au cas où notre bébé de 2 mois veuille s’enfuir par la porte arrière. Blagues à part, malgré le chiant des restrictions, nous comprenons également le pourquoi. Il faut toujours se rappeler que ledit enfant nous est confié, nous sommes sa famille d’accueil au départ et il est sous la responsabilité du gouvernement. La DPJ n’a pas vraiment le choix de faire respecter ce paquet de contraintes, s’assurant ainsi du bien être et de la sécurité de l’enfant.

Une couple de mille piasses plus tard, la clôture noire frost est posé pis Dada s’empresse de rappeler madame DPJ pour qu’elle nous mettre sur la liste au plus sacrant. Ceci arriva en début juillet. Voulant un peu accélérer le processus, Papa pis Dada décident également de cocher la tite case GARÇON OU FILLE, parce que tsé, ils veulent pas que le bébé arrive quand leur autre enfant pogne ses 16 ans. La décoration style gold ancien, petite biche et fleurs rose avaient déjà été choisi, mais advienne que pourra que j’me dis.

Flashfoward en octobre dernier. Au plus précisément le 2 novembre. Dada est dans une nouvelle école depuis peu, pis c’est le genre de gang super joyeuse, conviviale qui aime avoir du plaisir pis toute. Shit que j’me dis. Double shit lorsque j’apprends qu’ils veulent toute s’inscrire à des cours de sport, pour continuer la belle harmonie de groupe. Du plaisir, de la camaraderie pis du sport. Pas le choix, Dada s’inscrit et se ramasse à faire de l’entrainement EXTÉRIEUR, genre courir en gémissant dans le champ pour ensuite faire une série de push-ups. Pas toute ça là, en plus le jeudi, la gang du plaisir et de l’agrément décide également de s’inscrire à un cours de Zumba toé chose. ZUMBA. Avec de la danse pis des chorégraphies pis des cri de ralliements.

Alors voici donc la scène. Nous sommes un jeudi, après les heures de cours évidemment. Dada et toute sa gang joviales d’enseignants dansent dans le gymnase. Comme une matante déchainé le jour du mariage, Dada danse et se fait brasser le bassin sur de la musique latino/hindou, vêtu d’un T-shirt blanc jauni par l’effort et des shorts trop lousses. Après le Zumba, il doit filer au resto rejoindre des amis parce que le soir même c’est le super événement dans la commission scolaire. Tous les enseignants s’en vont voir un beau spectacle de Katherine Levac. Mais alors que Dada danse et pisse de sueur comme une truie, Papa est au travail, bien occupé à dessiner des plans de maison quand il voit son téléphone qui sonne. L’afficheur indique PRIVATE CALLER. C’est l’appel.

ZE CALL.

On l’informe qu’un BRAND NEW BABY est né il y a 2 jours de cela et que tout indique qu’il pourrait être placé chez nous. Comme c’est tout nouveau tout beau, il n’y a pas beaucoup d’information ni de certitude. Il y a même un risque que le ti prout soit placé dans un centre aidant les jeunes mères dans le besoin. Pour le moment, ils veulent surtout savoir si nous sommes willing d’accueillir le petit garçon. Papa appelle frénétiquement Dada, mais celui-ci danse et danse comme Jennifer Beals dans Flashdance, ignorant la méga grosse nouvelle qui l’attend. Le cours se termine, on se félicite, se tape dans les mains (mais pas sur les fesses parce que le mouvement #metoo vient de naître pis on s’watch tsé), et Dada se dirige à son bureau. Il pogne son téléphone et voit la série de notifications. Il ne fait pas ni une ni deux pis rappelle son mari. Papa raconte tout ce qu’il peut. Dada écoute en s’arrachant une touffe de cheveux tellement il est énervé. Il entend des bribes d’information: bébé naissant, garçon, incertitude de placement et finalement, risque de drogues durant la grossesse. Comme dans les vues, Papa pis Dada ont jusqu’au matin pour prendre leur décision. Dada braille et morve dans son beau t-shirt souillé. Papa est, fidèle à son habitude, calme et posé. Il propose que Dada aille à sa soirée quand même, que chacun de leur côté qu’ils réfléchissent à tout cela et qu’ils s’en reparlent plus tard. Dada, qui n’a aucune once d’autorégulation, arrive au restaurant et déblatère à ses copines ce qui lui arrive.

Vous pouvez également vous imaginez que je n’ai pas ben ben écouté le spectacle de Katherine Levac, mon cerveau étant légèrement occupé à autre chose. Le soir même, après une quasi longue discussion, nous prenons la décision que oui, nous sommes prêts à accueillir bébé, peu importe les risques. C’est ça la game qu’on se dit, même si secrètement on espère que le bébé sera rapidement confié et qu’il n’aura aucun risque de santé. Le lendemain, nous appelons la petite madame et lui confirmons que nous sommes prêt à être la famille d’accueil. Nous avons des questions et elle a un peu plus d’information. Le bébé est en parfaite santé, aucune trace de drogues dans son système, aucune anomalie apparente. Il est sous observation pour encore 3 ou 4 jours. Elle nous dit qu’elle nous rappellera lundi prochain pour faire un suivi de la situation. Elle nous informe également qu’il faut préparer le chambre de bébé.

Encore une fois, nous avons le weekend pour nous préparer à l’arrivée d’un bébé, et cette fois-ci, un poupon de quelques jours à peine. Nous y allons avec les priorités: la décoration de la chambre. Ah ben là, c’est la panique! Quel thème choisir? Et quel agencement de couleur? Et les draps? LES DRAPS!?

Le weekend passe, les achats sont faits, les grands-mères sont informés, les amis aussi, les boites de linge rangés dans le fin fond de la cave sont rouvertes, les biberons sont nettoyés, les shitloads de petites débarbouillettes bien lavés, les ti ours polaire décoratif savamment placés. Nous sommes prêts.

Lundi matin arrive. Dada se rend à son travail. Il enseigne une période. Une. Au début de la 2e, le téléphone sonne. Il apprend que bébé arrivera cet après-midi même. Dada va voir sa douce secrétaire et lui informe le tout, le coeur lui battant dans les oreilles. Sorry, je ne peux pas enseigner aujourd’hui, ni demain, ni même pendant genre 1 an parce que j’ai un bébé qui arrive chez nous. Tout le monde saute de joie! On se saisit les mamelons, on yable les attouchements, ça s’embrasse, ça se colle, c’est joyeux, c’est la fête.

Je suis donc parti de mon école, j’ai été acheté d’autres petits trucs et j’ai été rejoindre mon cher chum à la maison. Nous avons monté le p’tit moïse tout à côté de notre lit et avons attendu que le bébé arrive. Et il est arrivé. Un vrai, petit bébé naissant, avec ses tites n’orteils pis ses ti-doigts pis toute de p’tit, p’tit, p’tit. Un p’tit être tellement nouveau qui émet des sons semblables à des miaulements. Dada à le coeur qui fond, qui explose en mille morceaux de merveilleux, l’univers en entier qui se penche et qui retient son souffle devant ce petit être unique aux grands yeux bruns pis au p’tit sourire en coin. C’est le coup de foudre, of course.

La suite maintenant. Le bout difficile à écrire. L’aventure de l’adoption signifie donc visites supervisées avec les parents biologiques, bouts difficiles, pleurs, cris, terreurs, doute. Mais aventure de l’adoption peut aussi signifier rien de tout cela. Un p’tit bébé bonheur, qui souri de son plein gré à peine à un mois de vie. Un p’tit bébé en santé, heureux, joyeux, qui aime donc la vie pis les gens autour de lui. Un parcours sans visites de parents, sans complications, sans rien. Un parcours qui font même dire aux p’tites madames de la DPJ à quel point on est chanceux. Et c’est pour ça que j’avais peur d’écrire. De peur que le rêve se brise. Que le fait de l’écrire noir sur blanc, de l’annoncer, de le partager vienne assombrir le parcours, que des gros nuages viennent fracasser cette belle réalité. Évidemment, ce n’est pas perpétuellement la belle vie heureuse avec le sentir fleuri pis les anges pis les p’tites abeilles pis les popsicles roses. Mais disons que je pourrais être facilement un parent Eux Autres tellement c’est facile.

Est-ce que le parcours du premier a été tellement tortueux que pour le deuxième je trouve tout beaucoup plus facile? Maybe. Reste toujours que Papa pis Dada n’en reviennent pas toujours de la chance immense qu’ils ont d’avoir eu ce petit être dans leur vie. Ce p’tit bébé qui a agrandi notre famille de plus un. Ce petit être qui pourra bientôt porter notre nom de famille tellement les procédures d’adoption avancent rapidement. Est-ce que le fait de vous le partager viendra gâcher notre bonheur? Je ne le crois pas. Notre bonheur est déjà d’avoir une famille ainsi une famille unique en son genre, fait de deux p’tits gars, deux papas. Me semble que ça manque de fille non? À suivre qui sait.

Pis avant de finir, juste pour vous ramener sur terre un peu, la gastro, cette salope brune qui hante les garderies et les écoles, a décidé de venir s’installer chez nous depuis une semaine maintenant. Mon bébé parfait qui souri à la vie fait des débordements de couche apocalyptiques aux 2 heures. Fac oui notre vie est un beau rêve, mais mon chandail est quand même taché de marde.

Bonne fin de semaine les doudounes!

Dada Blaise

Pour lire les autres aventures de l’adoption, c’est drette-là: 

Adventures in Adoptionland, PART 1: Ze Commencement

Adventures in Adoptionland, Part 2: Petit Pou Contre-Attaque! (Avec de l’amour!)

Adventures in Adoptionland, part 3: Ze Boutte Rough!

Adventures in Adoptionland, part 4: Plot Twist: Autism!

P.S: Je l’sais, je l’sais, ça fait genre 88 semaines que j’avais pas écrit. Qu’est-ce que tu veux, il a fait chaud que l’chriss cet été, pis j’avais pas d’air climatisé! J’étais pas capable de m’asseoir devant mon ordinateur pour écrire, mes doigts étaient trop glissant à cause de la sueur. Pis il fallait que je m’occupe de mon enfant et de mon bébé aussi!

Bon, ok, ok,  j’ai eu un nouveau jeu de Playstation. Pis Netflix. Il fallait que j’écoute Netflix! Je n’suis qu’un être humain!

Tels pères, tel fils

Quand le p’tit est arrivé chez nous, tout le monde capotait parce qu’il ressemblait donc à mon chum, le Papa du duo. Encore aujourd’hui, les gens n’en reviennent pas. « Mon doux qu’il ressemble à son père! » Effectivement, mon chum est grand, costaud, vire sur le blond et à les yeux bleu des mer d’Antilles. Bref, il pourrait faire le cover d’un roman Harlequin à la façon que je le décris.

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Pareil!

Sans blague, le p’tit et son Papa se ressemblent en effet, ce qui peut sembler un phénomène étrange en soi puisque ce n’est pas notre enfant biologique, mais la Nature et des années d’adaptation nous back sur ce point. Il est prouvé qu’un enfant adopté, peu importe ses origines, « pogne » les tics et faciès de ses parents d’adoption à force d’évoluer et grandir avec eux. Et c’est ce que Papa pis Dada remarque à mesure que Petit Pou grandi. Il utilise nos expressions préférés comme « câlisse! » « mon doux! », prononce certains mots de la même façon ou utilise les mêmes tournures de phrases que nous. Il fait des grosses faces coquines, aime faire rire et fait des moues boudeuses quand ça fait pas son affaire, comme Dada. Donc, oui, un enfant qui n’est pas biologiquement le nôtre peut tellement nous imiter qu’il en vient à prendre nos traits physiques. Fucké hein?

Mais quand est-il de sa personnalité? Une de mes plus grandes craintes lors de tout ce processus adoption a toujours été celle-ci: « Est-ce que mon p’tit va me ressembler un jour? » Pas seulement physiquement, non. Est-ce qu’un jour j’vais me voir en mon enfant? Est-ce que je vais reconnaître certains de mes traits de caractère (colérique), mes qualités (great lover), mes défauts (lazy as fuck), mes goûts pour les chansons de Whitney Houston, les chips au vinaigre et ma passion pour les jeux de société bizarres? Comme tout parent rationnel et psychotique sur les bords, j’ai dressé une belle liste de toutes les différences entre mon p’tit et moi, pour voir à quel point on est similaire ou pas:

Manger

Une fois à l’Université, après un party full boisson, j’me suis réveillé hangover comme le maudit, fiévreux et sous l’emprise d’un mal de cœur gastro-entérite intense. J’ai quand même manger les restants de salsa étagé crème sûr/fromage Philadelphia/piment vert à même le plat dans le réfrigérateur. Bref, j’ai toujours faim pis j’aime manger. C’est un plaisir pour moi. Mon p’tit lui, y’a jamais faim. Lui faire manger quelque chose de nouveau est aussi pire que si je lui proposais de lui arracher une dent. Bon, bon d’accord. Propose lui des fucking Goldfish ou des biscuits pis il va faire le beau pis se rouler par terre, mais propose une paella avec des belles écrevisses full antennes pis gros yeux noirs pis tout d’un coup c’est « yark pas bon! ».

Dormir

Pendant que j’me tortille d’impatience en pensant à mon beau grand lit douillet, mon p’tit se défend bec et ongles pour ne surtout, SURTOUT pas aller se coucher. J’comprends que j’suis une personne extraordinaire à côtoyer et qu’il veut surtout pas passer à côté d’une de mes blagues, mais quand il est rendu 10:00 du soir pis qu’il dort toujours pas, j’me demande s’il est pas comme la p’tite fille du film The Ring.


Courir

J’haïs l’effort physique. J’HAÏS courir. Moi j’cours si j’dois me sauver d’un meurtrier sadique, pendant les ventes de feu du IKEA pis si il y a un camion de crème glacée au bout de la rue. Mon p’tit a deux vitesse: « grouille toé l’matin fac j’vais marcher le plus lentement que j’peux » ou « COURIR! ». Il court, pis il cri. Il court des fois tellement vite que j’suis obligé de courir après pis ça me fait presque perdre du poids, pis c’est contre ma philosophie de vie.

Les chars

Vous dire à quel point je ne connais rien au char et à quel point ça ne m’intéresse pas, voici ma meilleure anecdote humiliante sur ce sujet: J’ai du inscrire ma voiture pour le stationnement au Cégep et lorsqu’on m’a demandé la marque de ma voiture j’ai dit: « Chevrolet », et quand on m’a demandé le modèle j’ai dit: « heu…Chrysler? ». Mon p’tit lui adore jouer aux p’tites autos, aime me pointer des « belles » autos (des camions) pis il aime le film Les Bagnoles (boring as hell). J’ai peur qu’il grandisse et se mette à me parler de chars sans arrêt, pis j’saurai pas quoi dire!

M’asseoir

Moi j’aime ça m’asseoir sur le divan pis regarder mon destin par la fenêtre. Pas mon p’tit. Lui il aime ça COURIR, pis SAUTER, pis FAIRE DES CULBUTES! Pis il arrête jamais! Hourrah!

Pis un beau matin, alors que je désespérais de ne jamais voir aucun de mes traits chez mon enfant, j’ai été dans ma chambre pour faire le lit (des fois j’fais ça le ménage). Mon p’tit a resurgi dans la chambre parce que j’ai jamais un moment seul dans c’te maison-là, pis alors que faisais flotter le drap au-dessus du lit, il s’est jeté dedans à grand coup d’éclats de rire pis de bonheur joyeux. « Encore! » qu’il me dit sur le champ. J’obéis. Pis on continue pis on a du fun. Pis discrètement, j’me suis essuyé une p’tite larme de la sensibilité et de l’émotion. Cette scène-là d’un enfant qui joue dans les draps, je l’avais déjà vécu avant. Avec ma maman. P’tit Dada se pitchait avec allégresse dans la vague des draps sous le regard attendrie de sa mère. Mon p’tit fait les mêmes choses que moi tout compte fait. Il sautait et jouait tout comme moi je l’aurais fait. En un instant, j’me suis reconnu dans mon gars. Mon p’tit gars colérique, têtu, bouffon, difficile, maussade, excité, paresseux et jovial. À force de chercher toutes nos différences, j’voyais pas nos ressemblances.

Like fathers, like son after all.

Dada Blaise

Forever Inquiet, Forever Sans Contrôle

Une des facettes les plus agréables de la parentalité, c’est bien évidemment comparer constamment ton enfant à ceux des autres. Comme il est plaisant d’entendre d’autres parents au parc ou à la garderie raconter des perles du genre: « Oui, il prend des cours de violons et à un tuteur privé, qui est asiatique by the way, et notre petit Gordon peut maintenant commander ses dim sum en chinois! 3 ans à peine! Il fait partie de la catégorie surdouance. » Évidemment, le mien a fait une crise et a boudé tout l’avant-midi parce qu’il ne voulait pas faire le projet « je colore un papillon fait de vieux filtres à café ». Je comprends que c’est donc merveilleux que le petit Gordon conjugue ses verbes en Latin et peut faire des backflips sur le trampoline, fuck you Gordon tant mieux pour lui. Par contre, ces moments me ramènent toujours à une crainte ancrée depuis le début du processus adoption: « Est-ce que mon enfant aura un bel avenir? » Malgré toutes mes belles convictions et mes belles intentions, je n’ai absolument aucun contrôle sur la vie de mon enfant. Le concept nature VS nurture revient souvent dans le processus adoption. À quel point mon enfant sera préprogrammé dans son ADN et à quel point le rôle de son environnement viendra influencer sa vie. Car, qu’est-ce qui va arriver si, effectivement, Papa pis Dada font tout comme il faut? Qu’on aime le p’tit et le supporte et lui donne la meilleure éducation possible, qu’on tente de le rendre confiant et agréable socialement et ajusté et qu’un jour, quand il pogne ses 14 ans mettons, il a une mauvaise journée et décide avec ses copains du fumer du crack? Ou si un jour il décide de faire le tour de l’Europe avec ses amis et fréquente des endroits malfamés où de jolies dames vendent corps et vertus pour une pièce en or? Ou s’il décide de voler des gommes au dépanneur?

Guillaume Latendresse

Ou s’il décide de devenir joueur de hockey? Je survivrai pas j’pense…tout mais pas ça!

Je suis forever inquiet, forever sans contrôle. Pis c’est pas l’fun.

Mais je suis un prof et légèrement (chrissement) têtu sur les bords. J’veux que ça marche. Alors je m’acharne. Je m’entête. J’vais tenir le petit tableau magnétique dans mes mains et pointer la belle lettre A collé là avec ma voix enjoué de Barney le Dinosaure. « Petit Pou, c’est quoi déjà cette lettre-là? ». Petit Pou me regarde avec son sourire légèrement narquois sur les bords. « Caca dans poubelle! » qu’il répond avec un sourire sur le bord d’être fendant. Évidemment, une réponse approprié vu qu’il a 3 ans. Approprié. commence par A by the way que j’me dis. À quel âge est-il supposé savoir son alphabet? À quel âge est-il supposé écrire son nom? S’il arrive en maternelle et ne sait pas son alphabet, est-ce que c’est annonciateur qu’il va être Gogo-boy? « Petit Pou, tu le sais la réponse, aide-moi s’il-te-plait! » que je continue de demander, sourire terrifiant au visage pis toute. Petit Pou se lève et pogne un p’tit char pour ensuite violemment le cogner contre le divan. J’suis ben certain qu’il s’imagine que le p’tit char est ma grosse face paniqué et en sueur que j’ai en ce moment. C’est toujours à ces moments-là que je repense aux émissions boboches traduite par Anne Bédard qui passe à Canal Vie, ces émissions où on suit des drug addicts ou des prostituées mineures, du pauvre monde dans la misère, ou encore ces émissions qui démontre des gens qui mangent du papier de toilette ou ben qui french leur char. Souvent, l’émission proclame que la jeune Trixie avait une enfance normale, puis il y a le montage photo de la petite rouquine au sourire angélique en train de souffler des bulles, ses parents se tenant par la main derrière. Je m’imagine alors les parents de ce pauvre monde, ces pauvres, pauvres parents, ceux qui ont tout fait comme il faut, ceux qui étaient heureux et qui offraient un environnement sain et respectueux, pis qu’y ont quand même vue leur petite fille se ramasser à l’émission Célibataires et Nus.

Mon p’tit n’est qu’aux prémisses de sa vie, et parfois c’est très difficile pour lui de bien s’intégrer dans le cadre « normal » de la société. Pis j’comprends aussi que peut-être qu’il aura toujours besoin d’un peu plus d’aide, pis qu’il va peut-être faire des mauvais coups pour avoir l’attention, ou ben des chriss de mauvais coups quand il veut se prouver qu’on tient à lui, qu’il va me faire vivre des nuits blanches pour encore bien longtemps et me faire perdre encore plus de cheveux à chaque année. Fac oui, j’vais devoir apprendre à le laisser faire, que par boutte, il voudra pas me dire que c’est la lettre A, qu’il voudra pas attacher ses souliers ou ben mettre ses p’tites culottes tout seul. J’vais devoir apprendre à laisser faire. Ouch pour le prof en moi. Laisse-faire, c’est pas grave. Laisse le faire, pis inquiète toi.

C’est la damnation d’un parent. Un coup qu’il arrive dans ta vie, t’es ben obligé de t’inquiéter pour lui. Tu peux pas faire autrement, ça vient avec la job de parent, que tu le veuilles ou non. Forever inquiet, forever sans contrôle indeed.

Dada Blaise

La Normalité Adoptive

Warning: ce post relève de mes expériences, donc calmez-vous la controverse. Aussi, ce post est un peu plus sensible à votre cher et dévoué auteur.

Les guides, nombreux livres, bons conseils de matante Suzie et nooooooombreux blogs sur l’enfance s’entendent tous sur une chose : « Chaque enfant est unique ». Cette phrase est toujours écrite en belles lettres noires, ben voyante, surlignée, avec des p’tites étoiles autour, pour être ben certain que vous ne le manquerez pas : un mantra que chaque parent devrait se répéter inlassablement. Votre enfant est spécial, unique au monde, un petit flocon de neige one of a kind dans cette tempête de bambins qui peuplent la Terre. Notre belle société moderne se dépeint souvent, au travers de reportages et d’articles nébuleux sur le Net, comme étant un groupe de plus en plus diversifié, qui accepte la différence, le hors-norme. Vive la différence, vive la marginalité, vive le pas-comme-les-autres! Peu importe la race, l’orientation sexuelle, les goûts musicaux ou le fait que vous habitiez le 450, vous êtes un être humain remarquable! En théorie, c’est très beau, c’est parfait. Pourtant, tout le monde le sait ou presque, lorsque la société et ses myriades de bonnes gens sont confrontées à la différence, les premières réactions ne sont pas toujours celles de la tolérance et l’acception, n’est-ce pas?

Arrive dans ce flot d’amour, de tolérance et d’acceptation, mon Petit Pou. Le p’tit de Papa pis Dada lui-même, l’enfant adopté, en chair et en yeux bleus. Dès le départ, nous avions été prévenus que l’enfant ne serait pas « comme les autres ». Papa pis Dada avaient lu (ben Dada a lu pis a fait un résumé à Papa) qu’un enfant adopté, peu importe par quel processus, tombait généralement dans la catégorie « Normalité Adoptive ». De kessé que c’est ça, que vous vous demandez? La Normalité Adoptive, selon Johanne Lemieux dans son ouvrage La Normalité Adoptive: Les Clés pour Accompagner l’Enfant Adopté, est :

« …l’ensemble des défis physiques, affectifs, cognitifs et sociaux qui découlent des conditions de vie particulières de l’enfant avant, pendant et après son adoption. Cet ensemble de défis constitue une norme si on les compare aux défis ordinaires, habituels de l’ensemble des enfants non adoptés. »

Mais là vous vous dites: « Dada, c’mon, concrètement, ça change-tu vraiment quelque chose qu’il ait été adopté? C’est pas un peu exagéré toutes ces histoires-là? Ton p’tit a l’air ben normal j’trouve! » Encore une fois, j’excuse #lesgens car ils sont tout simplement mal informés. Oui, en apparence, mon p’tit grandit, évolue, se comporte de façon normale. Sauf que… C’est là le problème, toute l’essence de la normalité adoptive. Le « sauf que ». Il parle, marche et rit… sauf que ça été un peu plus long pour lui. Il aime jouer avec les autres… sauf que des fois il panique quand il y a trop d’enfants. Il veut exprimer sa colère… sauf qu’il n’est pas capable autrement que par des coups et des cris. Il aime être avec son Dada… sauf que parfois s’il pouvait se coudre à lui, il le ferait. Un enfant adopté vient nécessairement d’un foyer brisé, d’un manque quelque part. Il arrive chez vous avec un p’tit trou dans l’cœur, un vide qui ne s’explique pas, grugé par l’abandon, le drame, la tristesse, l’instabilité. Qu’il ait été adopté à la naissance, à 3 mois ou à 2 ans, rien n’y change. Ce p’tit trou se forme, peu importe l’âge auquel il a été adopté. Certains enfants sont plus tough, plus résilients. Leur p’tit trou est moins gros, moins difficile à rempli, à réparer. Pour d’autres, ce p’tit trou passe son temps à se vider ou à agrandir. Ses parents adoptifs doivent constamment le remplir, le réparer, le rabibocher comme ils peuvent. Papa pis Dada ont un p’tit anxieux. Un p’tit incertain. Un p’tit ambivalent. C’est un p’tit qui aime tester la solidité de son lien avec nous. M’aimes-tu vraiment, pour le vrai de vrai? Si je câlisse toute par terre, vas-tu m’aimer encore? Si je te tape, vas-tu m’aimer encore? Si je crie assez fort, vas-tu m’endurer encore? Il y a des jours, des semaines sans rien. Du gros bonheur, une vraie annonce de Tide. C’est si facile, que j’me dis, mon Dieu, j’en aurais 15 enfants. J’me dis que finalement, il entre dans la normalité « normale ». Pis il y a des jours, des semaines que c’est l’Apocalypse, les Sept Fléaux, avec les pustules pis la pluie, le feu pis les voix d’outre-tombe pis les « j’m’en sortirais pas vivant certain ». C’est semblable à une montagne russe, il y a des cris pis des haut-le-cœur, pis la structure semble pas toujours super solide.

« Ouain mais tsé, hein, tous les enfants font ça. Tous les enfants sont difficiles. », qu’on entend à droite et à gauche. Maybe. Sauf qu’un enfant de la normalité adoptive EST différent, qu’on le veuille ou non. Malgré toutes les bonnes intentions et les « ça va passer », reste qu’il y aura toujours ce petit hic, ce « juste une p’tite affaire différente ». Certains sont tout le contraire de notre p’tit. Ils se renferment, s’isolent. D’autres sont de vraies stars, ils sont performants, ils veulent se faire aimer à tout prix, jusqu’à épuisement s’il le faut. Aux parents de décrypter tout cela et de gérer sur le fly, entre deux bouchées de toasts et de gros yeux exaspérés. « Wow » que vous vous dites. « Vous êtes fait forts ». Ben pas tant, non. On est ben normal. On laisse les grosses crises passer sans réconforter des fois. On lève le ton d’impatience, on envoie dans sa chambre, on prive de dessert, on s’enferme en quelque part, pis on varge sur un coussin avec l’énergie du désespoir. D’autres fois, on est là, on est proches, on est l’image même que vous vous faites, le protecteur, le rocher, l’inébranlable parent. Ce qui est difficile à comprendre pour la plupart des gens, c’est que mon enfant est parfois comme les autres. Il joue, culbute, réclame, rigole, câline et caresse, puis s’endort. Il « fit » parfaitement dans le casse-tête. Et par moment, il ne « fit » pas pantoute. Il veut jouer avec des jouets qui ne sont pas de son âge, il ne veut pas jouer avec les autres amis, il ne veut pas participer, il ne veut pas faire d’effort, il dit « oui » mais veut dire « non », il tient tête, il s’oppose, il crie, il tape, il se tape, il grogne, il est inconsolable. C’est une réalité difficile à accepter pour tout le monde, nous les premiers. C’est impressionnant, c’est terrifiant, c’est surprenant à chaque fois que ça resurgit des tréfonds de son p’tit corps. Et c’est là que tu réalises, dans le vrai de vrai monde, qu’une fois confronté à quelque chose de différent, de terrifiant, le beau et joli concept de « chaque enfant est unique, chaque enfant est différent » se retrouve à revoler dans le couloir. Les gens ont peur, les gens ne savent pas quoi faire, les gens n’aiment pas quand ça ne « fit » pas correctement. Je leur en veux pas. J’ai moi-même dû me battre avec mes propres conceptions, mon propre jugement facile, mon propre « chriss pourquoi qu’il fait pas comme les autres ». Mon p’tit dans sa jeune vie un peu rock’n’roll a déjà dû faire face aux jugements, à la discrimination, à l’intolérance parce qu’il était juste une p’tite coche pas pareil, juste une p’tite affaire trop intense, hors-norme, différent. J’ai entendu des commentaires comme « il est pas normal », « il a quelque chose », « il ne fait pas pareil comme les autres ». Ça m’horrifiait au début. J’voulais qu’il « fit » comme il faut. J’voulais que ça soit facile pour lui parce que moi, j’ai jamais fitté dans le moule. J’ai toujours été un peu à côté de la track de la normalité avec mes jeux imaginaires, mes chansons de Barbra pis mes fantasmes sur Indiana Jones. Pis c’est là que j’me suis dit : on n’est pas supposé accepter la différence? Yé où le beau : « chaque enfant est précieux et unique? ».  Fac j’ai pas eu le choix. J’me suis dit: Fuck that Shit. J’ai passé mon adolescence et une partie de mon enfance à essayer de fitter, pour me rendre compte que de « pas fitter » faisait partie de ma personnalité. J’peux pas dire à mon p’tit : Fuck That Shit. Pas encore.  Un jour, peut-être que la société sera bel et bien aussi belle que nous le laissent croire les annonces de Coca-Cola pis de céréales Special K, là où tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, se tenant par la main en acceptant humblement les différences de chacun. Mais en attendant ce jour-là, j’peux juste l’encourager le mieux que je peux, lui sacrer patience de temps en temps, pis répéter encore et toujours aux gens de son entourage que « c’est peut-être pas normal pour les autres, mais ça l’est pour lui. » Pis une fois de temps en temps, quand mon p’tit regarde pas, j’me permets un « ferme ta yeule vieille madame qui juge ». Quand mon p’tit sera assez vieux, j’pourrai me pencher vers lui et lui chuchoter ce précieux conseil :

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Je ne peux pas prédire l’avenir. Je ne sais pas si mon p’tit aura un, deux, trois troubles sévères ou plus. J’sais juste que tout comme ma différence, on ne peut rien y changer. Faut juste, dare I say it, l’aimer de même.

Dada Blaise, le parent différent d’un enfant différent

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Comment Bien Répondre aux Questions Intrusives

Papa pis Dada ont un démon de l’enfer un charmant enfant. Il est la chose la plus merveilleuse qui nous est arrivé, sauf la fois où on a eut droit à des passes gratuites pour aller au Zoo de Granby, ça aussi c’était pas mal hot. Évidemment, en tant que membre d’un couple homosexuel qui a adopté un enfant au Québec, j’me fais poser tous pleins de questions par toutes sortes de gens. C’est normal, la plupart veulent simplement en apprendre plus, ils sont curieux. Parfois, malheureusement, ces questions sont borderline étranges, grossières et indiscrètes. Normalement je réponds semi-évasivement ou fais un sourire poli en riant de malaise ou invente une excuse pour me défiler: « Oh, vous avez vu l’heure, je dois absolument aller chez moi pour m’épiler l’anus, au revoir! » et ainsi de suite.

Mais en primeur ici même, voici les réponses qui me passent par la tête la plupart du temps quand je me fais aborder par une semi-inconnue et ses questions:

1. Qu’est-ce qui arrivé à ses VRAIS parents? 

Ishhh, je ne sais pas! Ce petit être humain à qui j’ai changé ses couches, donner le biberon, appris à marcher, parler et à être propre m’a réveillé à 4:30 ce matin en pleurant qu’il avait peur des dinosaures, puis ensuite m’a demandé une toast beurre de pinotte/confiture, chose qu’il mange depuis presque 2 ans à chaque matin, pis il m’a inventé une chanson sur les chiens pour finalement courir dans la maison tout nu parce qu’il ne voulait pas s’habiller. Ça semble pas mal VRAI dans mon livre à moi, non? Et toi en passant, qu’est-ce qui est arrivé à tes VRAIS seins?

2. Combien il a coûté?

Gratuit, un vrai bon deal! Mais tu aurais dû voir le coût pour le linge, les couches et le lait! On s’est fait fourré sur ce côté-là! Pis ça l’air qu’il faut payer pour le nourrir pis le vêtir convenablement. C’tu pas rire du monde? Oh, by the way, toi tes seins ils ont coûté combien?

3. Pourquoi vous n’avez pas adopté en Chine ou en Mongolie, comme Joël Legendre? 

Nous avons adoptés au Québec parce que dans d’autres pays ils acceptent pas les couples homosexuels. Quoi, le mot HOMOSEXUEL te rends-tu mal à l’aise?

4. Connais-tu Joël Legendre?

Bah, duh! C’est ben certain que je connais toute les personnalités célèbres qui ont adoptés! Justement hier, j’étais avec Joël, Angelina et Madonna pis on jouait à Mario Kart en buvant des Coolers pendant que nos enfants jouaient à Marie Stella dans la cour en arrière, pis on s’est partagé nos recettes de Crock-Pot. Madonna fait une trempette aux artichauts écœurante.

5. Est-ce que tu vas lui dire qu’il a été adopté? 

Ça dépend à quel point notre p’tit va être observateur. Il va peut-être un jour réaliser que deux hommes sont physiquement incapable de faire un enfant ensemble, donc on aura peut-être pas le choix. Toi, est-ce que tu vas dire à tes enfants que tes seins sont faux ou tu vas laisser planer le mystère?

6. Vous êtes vraiment des héros. Vous avez tellement fait un bon geste pour ce pauvre enfant-là.
T’as chrissement raison que j’suis un héro! Un Saint! Bon, j’te laisse, mon p’tit arrive avec mon gin/tonic que je lui avais demandé.
Dada Blaise
Pour plus de Papa pis Dada, viens faire un tour par ici.

Adventures in Adoptionland, part 3: Ze Boutte Rough!

Adventures in Adoptionland, PART 1: Ze Commencement

Adventures in Adoptionland, PART 2: Petit Pou Contre-Attaque (avec de l’amour!)

Papa pis Dada, dans leur vie « pré-bébé de l’amour », n’avaient pas de gros questionnements quant à leur futur avec des enfants. C’était assez clair que, biologiquement parlant, ça ne serait pas possible d’avoir un enfant, même si on essayait tous les soirs (oh those were the days…). On était pas mal satisfait de notre vie par contre. Vous devez d’ailleurs pouvoir vous l’imaginer: caviar, champagne, sexe dans le hot-tub, couchers de soleil tout rose, glitter, danse dans les clubs et voyages aux Bahamas…Oui, on pouvait voir tout cela à la télévision dans Occupation Double, assis sur notre grand sectionnel blanc immaculé, en mangeant des chips BBQ. Pis un jour on s’est dit: « Heille, me semble que c’est trop propre pis calme chez nous pis qu’on feel pour avoir un p’tit tout mignon à aimer et éduquer qui serait l’équivalent d’avoir à contrôler les dégâts d’un blender pas de couvercle. » Donc oui, comme tous les futurs parents, un m’ment donné, l’envie d’avoir un enfant nous a pogné. Lors des entrevues pré-sélection, l’intervenante adoption nous a demandée pourquoi on en voulait un exactement. Et en effet, c’est LA question non? Pourquoi les parents ont des enfants?  Je sais que si je posais cette question à mes grands-parents ou mes arrières grands-parents, ils me regarderaient avec un air bafoué tout en agrippant leur Reader’s Digest et leur bol de peppermint pour me dire:

« Parce que c’est d’même. »

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« J’suis parti en famille. » « Batince. »

 

Je comprends qu’il y a une part biologique et survie de l’espèce préprogrammée dans nos esprits qui nous pousse à procréer. Je comprends également que pour certains, c’est un désir profond qui ne s’explique pas, qui se vit. Mais une partie de mon cerveau, la partie logique, froide, analytique, se demande pourquoi l’être humain d’aujourd’hui, qui sait comme moi que le monde est dur, cruel, froid, plein de danger, de risque, de mort, décide d’avoir un enfant.

Je sais également que beaucoup se demande pourquoi un couple serait prêt à adopter un enfant comme nous l’avons fait, avec tous les risques, troubles, pleurs et crises que cela comporte. Pourquoi avoir un enfant dans ce cas? Cette question revient souvent pendant l’aventure de l’adoption. Elle est sournoise, sneaky, te réveille en pleine nuit pour te murmurer à l’oreille, te faire douter. Parce que, oh oui, il y a des bouts difficiles. Chrissement difficile même. Tu ne peux pas t’imaginer à quel point c’est dur pour la tête et le cœur, pour tout ce qui fait de toi un être humain sain d’esprit. Mais on passe au travers. Les humains sont résilients de même. On affronte les pires horreurs pis on survit. Et le plus extraordinaire dans tout cela, le p’tit aussi. Il passe des moments difficiles, tristes, déchirants. Mais il s’en sort. La volonté d’un enfant à s’trouver une place dans le monde est grande, impressionnante. Son besoin de s’faire aimer l’est tout autant. Et toutes ces aventures feront alors de ce petit être un superhéros à part entière, comme ses Supers Parents.

Sans plus tarder, voici la suite des aventures de l’adoption, où l’on plonge tête première, avec témérité et un peu de folie, yeux grand ouverts dans toutes les épreuves qui ont tissé notre famille. Encore une fois, tout ceci est MA propre expérience et n’est aucunement représentatif des autres gens qui vivent l’aventure de l’adoption au Québec.

 

SIXIÈME ÉTAPE: ON S’PARTAGE LE BÉBÉ

Donc tu feel le parfait bonheur avec ton p’tit enfant. Oui, il y a eut une période d’adaptation, le p’tit a réagi un peu plus fort que tu t’attendais parfois, mais somme toute, c’est relativement facile. Un beau matin tu reçois un appel de l’intervenante sociale du p’tit qui te rappelle que les visites supervisées vont débuter la semaine suivante. Visites supervisées, tu sais c’est quoi. Tu as été prévenu. C’est des visites qui ont été ordonnées par le juge, celui-la même qui a décidé de placer le p’tit chez vous, même s’il vous a jamais vu de sa sainte-vie. Tu prends note l’heure et l’adresse de la rencontre, pis tu raccroches. La réalité sonne à la porte et rentre chez vous avec ses grosses bottes sales pis il fouille dans ton intimité sans demander la permission.

Le matin de la visite, tu prépares ton p’tit. Tu sors la grosse poche qu’on t’avait donnée quand tu as été le chercher, celle que tu as mise au fin fond d’un garde-robe pour ne plus y penser. Une poche remplie de trucs qui appartient à la maman biologique de ton p’tit. La Bio. C’est d’même que tu vas l’appeler à présent. Elle devient une entité qui reste et plane dans ta vie, un fantôme que tu ne pourras pas chasser facilement. Tu farfouilles dans les trucs et la désolation te serre le cœur. Les maigres affaires de la Bio se résument à un sac à couche, des jouets, des trucs de bébé et du linge trop petit. Tu pognes le sac à couche, une suce et un chapeau que tu trouves pas beau mais que tu prends pareil, question de montrer à la Bio tes bonnes intentions. Tu prépares les bouteilles de lait, ta propre suce, ta doudou, couches et tous les trucs indispensables dans ton propre sac à couche. Tu pars avec bébé dans sa coquille et deux sacs à couche ben chargés d’émotions différentes.

C’est avec appréhension que tu dois donc te rendre dans une autre ville que la tienne, ton p’tit dans sa coquille ben endormi. Première épreuve, ton GPS t’amène en plein milieu d’un champ et tu appelles en panique au Centre Jeunesse pour dire que tu vas être en retard. So far so good. Tu arrives enfin et tu entres dans un petit bâtiment adjacent à une école délabrée. C’est gris, c’est petit, c’est sombre, c’est super. Il y a des affiches de chat dans un pot de fleur (Hang in There) et des enfants qui sourient. Tu t’annonces à la secrétaire, tu signes un papier et tu attends dans la salle d’attente, ton cœur une fraction de ce qu’il peut être tellement tu es nerveux. Tu t’excuses pour le retard. Ce n’est pas bien grave, la Bio est également en retard. Par contre ce retard occasionne une rencontre entre vous deux qui n’était pas prévue, le principe étant que la Bio attende dans la salle et que l’intervenante amène le bébé elle-même. Bang. Face à face avec la Bio. Ici tu vas vivre la relation le plus étrange, houleuse et torturée de ta vie. La Bio est à la fois ta pire ennemie, ta fan incontestée, ton amie, ton cauchemar, ta rivale et ta raison de te sentir coupable. Elle est comme tu te l’es imaginé. Jeune, horriblement jeune, et pauvre. On ne peut pas passer à côté. Elle est comme un cliché dans sa robe trouée et ses cheveux gras et tu te sens affreusement mal et décadent avec tes sandales Puma et ton chandail Ralph Lauren La Bio te fait un sourire rapide et va s’asseoir. Giga malaise. Tu as son bébé avec toi, c’est SON bébé. Une voix te le répète sans cesse dans ta tête, nasillarde pis un peu bitchy. Ce n’est pas ton bébé. Comme tu es fin et aimes plaire aux gens par tous les moyens, tu lui demandes si elle veut le prendre. Elle dit que oui, gênée.

Elle se penche et pogne la coquille et parle avec une p’tite voix au bébé. Toi t’es clairement pas à ta place. L’intervenante arrive, une jeune poupounette qui a clairement terminé ses études la veille. Elle arrive, trépidante de bonne humeur, se présente et indique à la Bio qu’il est temps pour la visite avec la joie d’une cheerleader. Un peu plus pis tu te créerais en camp de vacances. La Bio n’a de yeux que pour le bébé. Tu lui donnes son sac à couche. À ce moment, tu l’haïs la Bio. Tu l’haïs comme jamais t’a haïs quelqu’un. L’amour de ta vie, ce p’tit bébé qu’on vient de te donner est en train de te filer entre les doigts. Pis ta haine part subitement, parce que tu la regardes partir cette pauvre fille-là, pis tu comprends. Tu comprends qu’elle a pas demandé à être comme elle est, à vivre ce qu’elle vit. C’est une fille qui a pas pigé le bon numéro dans l’jeu de la vie, pis sa réalité est à des kilomètres de la tienne. C’est comme se retrouver en présence d’un extraterrestre, son monde est tellement différent du tiens que tu ne peux pas t’imaginer comment elle pense ou qu’est-ce qui la pousse à agir. Tu ne peux pas te permettre de la juger car tu n’as aucune idée qu’est-ce que c’est vivre sa vie. Alors tu te fermes la trappe, ben humble, ben terrifié, ben p’tit dans tes culottes. L’intervenante, la Bio et le p’tit dans les bras partent pour la salle. Toi, tu restes comme un codingue dans la salle d’attente. Ici, plusieurs options s’offrent à toi:

  1. Quitter et aller manger tes émotions dans un snack-bar douteux que tu as vu à deux coins de rue d’ici.
  2. Quitter et aller dépenser tes émotions au centre d’achat de la ville.
  3. Quitter et aller brailler dans le char en écoutant Adele en boucle.
  4. Attendre dans la salle d’attente et lire les magazines Sept Jours circa 1996 avec Céline sur le cover, les nerfs en boule, l’oreille tendu pour le moindre pleur.

Comme Dada est pragmatique, il a déjà son muffin pépites de chocolat et émotions trop intenses avec lui, qu’il dévore dans le temps de dire « adieu taille semi-mince ». C’est ici que Dada va attendre pendant 1 heure et 30 minutes à chaque fois, avec la petite secrétaire sympathique qui comprend son malheur, mais qui ne peut rien faire juste de l’autre côté de son plexiglast. Après ce long laps de temps, la Bio et l’intervenante reviennent avec le p’tit. À chaque fois Dada se dis, ça y est, il va parler et va dire tout haut: « J’veux repartir avec elle! C’est elle ma mère! ». Mais le p’tit, qui n’est pas capable de saisir les objets encore, reste dans sa coquille, bien sage. La Bio lui fait un gros bisou et lui parle et n’arrête pas de dire qu’elle l’aime, ce qui est son droit, mais Dada, comme un enfant boudeur, veut lui interdire ces mots. Mais il est maintenant un adulte mature, alors Dada sourit même si son cœur se fend en mille morceaux, parce qu’il comprend la peine de cette fille-là, il comprend l’amour qu’elle veut lui donner. Il comprend que cet enfant-là est aimé par beaucoup de monde, pis que chacun veut qu’il lui redonne son amour. C’t’enfant-là va devoir être partagé entre plusieurs parents, pis il a à peine 3 mois.

La Bio quitte, penaude et ton cœur se resserre plus fort, te faisant réaliser que oui, il est possible que tu feel encore plus cheap qu’avant! Isn’t this great? Ensuite, tu placotes rapidement avec l’intervenante, tu cherches les détails sordides. Est-ce que ça bien été, ton bébé a-t-il pleuré à en fendre l’âme tout le long, est-ce qu’il a bu son lait, est-ce qu’il la regardait, est-ce qu’elle va être apte à le reprendre? L’intervenante te sourit et essaye de te rassurer, mais elle ne peut pas dire grand-chose. Elle te dit que c’était correct, débrouille-toi pour déchiffrer ça comme tu veux. Tu dois donc refaire la grande route jusque chez toi, ton bébé dormant paisiblement derrière, tes convictions et ta vision des chose fracassées au-delà des réparations. Toi tu repars dans ton char qui shine la richesse pis la Bio repart sur sa bicyclette rouillée. Tu gagnes, tu l’sais. C’est toi qui a le bébé pis le beau char, pis elle, elle a rien. Fac pourquoi tu te sens aussi mal?

Et n’oublie pas qu’une fois chez toi, tu dois être comme Mary Poppins et être aimant, doux, chanter, faire voler les objets et faire de la claquette. Qui plus es, tu dois continuer d’épater la galerie, amuser la visite, faire le souper, le ménage, pis avoir du dirty sex sur le comptoir de la salle de bain. Donc ça se peut que, parfois, tu manges tes émotions, tu bois ta peine ou tu dis à ta tendre moitié, sacre-moi patience. Ou tu peux faire comme moi et engueuler n’importe qui.

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SEPTIÈME ÉTAPE: STRAIGHT TO HELL AND BACK

Si tout ça paraît morose et soul crushing difficile, ben ça l’est! Parfois ça coule comme l’eau su’l dos d’un canard, c’est-à-dire que le p’tit réagi pas vraiment, mis à part qu’il est fatigué. Pis d’autre fois, le p’tit braille et braille sans arrêt suite aux visites. Non, non. Pas comme le tiens Il BRAILLE comprends-tu? Braille sa vie. Plus il vieilli, pire c’est. Plus il passe du temps chez vous, pire c’est. Les visites continuent, elle n’arrête pas. Ton p’tit est de plus en plus attaché à toi. Tu te rappelles la période cocooning? Ben c’est à ça que ça sert. À te rendre exclusif au p’tit. C’est dur pour tout le monde, ta famille pis ton conjoint, parce que tu deviens indispensable au p’tit. Mais c’est le but. Ton p’tit va se consoler uniquement dans TES bras, il va boire son lait uniquement dans TES bras, il va s’endormir uniquement dans TES bras. T’as voulu connaître la parentalité, vis là astheure! Nonstop!

Les visites supervisées vont venir gérer ta vie. Elles reviennent encore et toujours, réglées comme un tour d’horloge. Certains les vivent 3 fois semaines, d’autres aux mois. La durée et la fréquence changent selon les cas. Ce n’est jamais le même jour, ça change constamment. Tu pensais que t’avais connu la peur pis l’angoisse parce que t’as écouté The Exorcist avec ton cousin tout seul dans une maison noire en pleine campagne pendant que vos parents étaient en vacances? T’as rien vu mon poulet.

 

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« On as-tu barré la porte en bas? » « J’sais pas. » « Va voir toi. » « Fuck that. »

 

Dada continu vaillamment de se rendre aux visites, comme s’il avait le choix. Il continue de tendre son p’tit vers l’intervenante. Parfois il croise la Bio, parfois non. Elle aime lui parler après les visites, lui donner des conseils. Elle n’aime pas la doudou ou la suce que Dada donne au p’tit. Elle veut sa doudou ou les vêtements qu’elle avait au départ. Il voudrait faire plaisir, mais sa doudou pue la misère et ses vêtements sont trop petits. Il aimerait passer par-dessus ça, mais il est pas capable, parce qu’il est trop impliqué, juvénile et blessé. Pourtant la Bio a encore plein pouvoir sur certaines décisions dans la vie de bébé. Elle choisit s’il peut ou non aller en vacances hors du pays avec sa famille d’accueil. Elle peut choisir ou non si Papa pis Dada peuvent couper les cheveux du p’tit. Elle refuse presque tout. Pas pour être méchante ou bitch, seulement parce que c’est là les dernières parcelles de sa parentalité. C’est sa dernière emprise sur son enfant, pis elle le veut, comme toute mère au monde.

Les visites vont de pire en pire. Le p’tit, qui a 4 mois, pis 5 mois, pis 6 mois, hurle aussitôt qu’il te quitte. Il n’est pas ben. Il ne veut pas se faire prendre par quelqu’un d’autre et veut surtout pas boire du lait donné par quelqu’un d’autre. Le p’tit veut se faire entendre. Et toi t’es où pendant ce temps-là? Bingo! La salle d’attente, à te ronger les sangs. La secrétaire te fait une face défaite, pis toi tu as le goût casser quelque chose. Il faut respecter l’heure des visites, jusqu’au bout. Ça va de pire en pire, c’est l’enfer. L’horreur. Le p’tit est pu ton p’tit. La visite semble se poursuivre chez vous. Ses réactions prennent de l’ampleur. Ça dure 1 jour, 2 jours, 3 jours. Il braille et ne veut pas que tu le touches. Il braille et veut que tu le prennes. Non non t’a pas compris, décode son humeur tout de suite, right now, constamment. Sers-le, aime-le, gère-le, prend-le. Garde-le dans tes bras, berce-le. Non arrête pas, même quand tu penses qu’il est correct, arrête pas. Arrête jamais. Genre tu peux pas vraiment aller aux toilettes, parce que le p’tit a peur que tu t’en ailles forever. Voilà l’étendue des visites. Une anxiété pis une peur de l’abandon que tu dois réparer, rabibocher, recoller à chaque coup. À chaque fois. Alors quand une p’tite caissière du IGA te dit: « Il doit avoir des coliques. C’est pour ça qu’il braille de même. », ben tu as le droit de lui hurler: « TA YEULE! ».

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« Ça doit être ses de… » PUNCH!

 

Pis subitement, alors que tu crois virer fou, un ange arrive. La divine nouvelle intervenante, la kickass intervenante, la bénit entre toutes. Celle qui va te poser une main sur l’épaule pis te dire: « C’correct. On va penser au p’tit en premier dans cette histoire-là. »

Ici je prends un moment pour vous dire que ce n’est pas comme ça pour chacun. Certains ont des histoires d’horreur et d’incompréhension avec leur intervenante. Mais un peu de positif, ça fait du bien parfois.

Donc l’intervenante vous sauve la vie, littéralement, sauve votre couple, votre famille, toute. Un nouveau jugement est décrété par un autre juge, les visites tombent à une fois par mois et l’intervenante mets en place un système pour votre p’tit. Finis les crises interminables, fini l’incertitude. Maintenant on le laisse plus pleurer. Maintenant on lui donne une chance.

J’ai mis beaucoup de temps à écrire cette suite de notre aventure adoption, car effectivement, c’est un boutte extrêmement difficile et surtout, pas très drôle. Mon but avec ce blogue est de vous faire découvrir les facettes comiques de l’adoption et la parentalité en général, donc il m’a été difficile de trouver le drôle dans cette partie de mon récit. Malgré tout, j’ai fait de mon mieux. Et ça m’a fait revivre l’entière gamme des émotions qui accompagnaient chacune de ces visites. Donc j’ai du boire quelques coupes de vin et me suis bercé en pleurant, comme dans l’temps. Ah doux souvenir.

Malgré tout, en revisitant ces moments sombres, j’ai compris pourquoi on voulait avoir un enfant. C’est illogique, ça ne fait pas de sens de vouloir souffrir autant pour un être, que ce soit l’accouchement ou des visites de ce genre. Oui, du point de vue logique, ça ne fait aucun sens, mais les meilleures choses en ce monde sont illogiques, comme l’amour inconditionnel qu’on porte à quelqu’un. C’est ça être parent. Et la preuve ultime est que malgré toutes les épreuves, Papa pis Dada sont en liste pour un deuxième projet d’adoption. C’est ti pas merveilleux, l’être humain?

Ne manquez pas la suite et fin de la saga, Adventures in Adoptionland: Papa pis Dada pis le P’tit, Forever. À paraître quand ça va me tenter.

 

Dada Blaise

Faites comme mon p’tit et « partagez » cet article avec vos amis, c’est-à-dire donnez l’auto verte rouillée qui lui manque une porte à l’autre ami et gardez le reste pour vous.

 

 

 

 

 

 

 

10 Choses que j’adore de mon enfant

J’ai commencé ce blogue avec un article qui s’intitulait 10 Choses Que Je Déteste De Mon Enfant.

La plupart des gens ont rapidement compris que cet article n’était pas une hate list en fin de compte, mais bel et bien un billet pour expliquer comment l’arrivée de mon p’tit avait changé ma vie de toutes les façons possibles, et ce pour le mieux.

Pourtant, maintenant que j’ai de plus en plus de gens qui me lisent (9000 visiteurs, WTF, heu j’capote!!), j’ai commencé à avoir des commentaires et des questionnements à savoir si je me sens bien, si je suis capable de trouver du positif dans ma vie, si j’aime réellement mon enfant et si j’ai besoin de parler à quelqu’un. Afin de vous prouver à vous tous inconnus d’Internet que j’adore soudainement pour cette sensation incroyable que vous me donnez tous les jours à savoir que quelqu’un ait lu et aimés ce que j’ai écrit, voici donc 10 choses que j’adore de mon enfant.

C’est un peu plus doux et émotif que d’habitude, mais j’feel doux et émotif ces temps-ci, so sue me!

1 – Sa personnalité

Ce p’tit-là est incroyablement intelligent et drôle, férocement têtu, et ne se laisse pas marcher sur les pieds. Ce p’tit-là est théâtral et un vrai entertainer. Ce p’tit-là me fait capoter. Les gens nous disent souvent que Petit Pou ressemble physiquement à mon conjoint. Et c’est vrai, aussi étrange que cela puisse paraître. Il a ses traits, ses yeux, sa carrure, son visage. De mon côté, je commence à voir des traces de ma propre personnalité en lui. Il a mauvais caractère, aime faire rire, est extrêmement sensible, a peur de la lune et aime les belles choses. C’est ti pas incroyable? La nature fait sa job et ce p’tit-là évolue avec ses parents, son Papa pis son Dada, apprend d’eux, deviens comme eux. Et c’est quelque chose de magique, au-delà des liens de sang, de code génétique, de comportement préétablie dans l’ADN et autre truc du genre. Ce p’tit-là est véritablement notre p’tit, juste à nous.

2 – Sa p’tite face

Mon p’tit vient d’avoir 3 ans et a toujours sa p’tite baby face. Elle est ronde et chubby et sans prétentions ou mensonges. Pas de bullshit. Il est heureux ou triste et on le sait tout de suite. Il se presse contre ta tête et te regarde de ton son être avec ses grands yeux. Ses yeux sont bleus. Pas un bleu fade ou grisonnant. Non. Un bleu clair, un bleu de ciel, un bleu de possibilité, de vertige. Un bleu comme le bleu des yeux de Papa pis Dada. Un autre signe que la vie est ben fait.

3 – Son rire

L’autre jour je le chatouillais avec intensité et il riait de bon cœur. Un p’tit rire énergique et sincère qui résonnait dans la pièce, un son qui s’accrochait dans les rideaux et qui allait se lover dans les couvertes. Quelque chose d’intemporel, qui resterait pour toujours dans cette pièce-là, imprégné sur nous deux, dans nos mémoires. C’est un rire pour les années à venir, un rire d’enfance, un rire qui fait brailler tellement c’est beau. C’est le plus beau son au monde.

4 – Sa voix

Je rectifie. Le plus beau son au monde, c’est d’entendre la voix de son p’tit qui te dit: « Dada ». Une voix qui te confirme chaque jour que ce que tu vis est réel. Ça t’arrive pour de vrai, c’est pas un rêve ou une belle histoire que tu t’inventes. T’as un p’tit, pour vrai.

5 – Son imagination

Il est capable de faire les pouvoirs de la glace face à un coussin qui est en fait un lion féroce. Il peut me cuisiner du poulet, des concombres et un verre d’eau avec de l’air. Il chasse les Gigantosaures avec son canon laser et sa doudou sur la tête. Il roule, saute, cri, cour, culbute. Il invente des mondes et merveilles, par delà les mots et les sensations qui l’habitent. Il est pareil à moi quand j’étais jeune. Ensemble, on va pouvoir s’inventer mille autres nouvelles aventures, mille autres nouvelles histoires.

6 – Sa sensibilité

Il peut crier à en fracasser les miroirs et les fenêtres quand il est en colère ou qu’il n’a pas ce qu’il veut, mais ce p’tit-là va venir te consoler et t’embrasser en moins de deux pour que tu ailles mieux aussitôt que tu en as besoin. Demander au chien à quel point il se fait bécoter et caresser parce qu’il s’est fait bobo. Ce p’tit-là adore les bébés, il passerait sa vie à les embrasser et caresser. Ce p’tit-là a une empathie qui m’arrive à la cheville. Ce p’tit-là a le coeur sur la main.

 7 – Son fun

Ce p’tit-là aime jouer. Il aime jouer avec ses parents. Il aime rire avec nous autres. Il trippe à aller au parc ou à chanter l’alphabet le plus vite qu’il peut. Avec lui j’peux revivre les cent milles p’tits bonheurs qui peuplaient mon enfance. Avec lui j’peux me rouler par terre et jouer aux Playmobil. J’peux aller me balancer ou faire voler un cerf-volant. J’peux oublier un p’tit temps que j’ai dépassé trente ans. Avec lui j’suis p’tit encore. Son fun est mon fun.

8 – Ses câlins

Quand ce p’tit-là t’enserre de ses p’tits bras du plus fort qu’il le peut en te murmurant « t’aime fort Dada », ton cœur gonfle et gonfle, parce que toutes tes émotions s’entassent les unes après les autres. Un câlin de mon p’tit gars, ça me rend heureux et ému, et triste et nostalgique, et fier et terrifié. Un câlin contient toute la complexité de mon amour pour ce p’tit-là.

9 – Son courage

Ce p’tit-là a vécu des choses invivables. Une séparation à fendre l’âme. Des terreurs qu’aucun enfant ne devrait vivre. Ça a fait de lui un p’tit être unique, hypersensible, anxieux. Ça fait de lui un p’tit qui a pris du temps à marcher, à parler, à s’attacher. Il est comme un p’tit chiot terrifié qui veut qu’on le protège ou comme chat sauvage qui griffe, crache et mord. Moi j’ai tout vécu ça avec lui. Ça n’a pas été facile. Des fois j’ai crié aussi, j’ai perdu patience, j’ai perdu quelques manches. J’me suis senti comme le pire parent sur la planète. Pis lui il est resté. Lui il a pas abandonné la game. Il l’a fait jusqu’au bout, à coup de griffe pis de pleur pis d’effort pis de câlin. Je serai toujours en pâmoison devant sa ténacité à s’faire sa place dans ce monde.

10 – Lui

Mon p’tit a fêté ses 3 ans en février. Et ce week-end, le 28 mai exactement, cela fait 3 ans de ça, nous avons été le chercher dans sa famille d’accueil temporaire. Il était tout petit, un peu amorphe, un peu perdu. Mais ses yeux étaient vifs, il observait. Il analysait avec intensité. Je l’ai pris dans mes bras pis on s’est regardés l’un l’autre dans une cuisine inconnue, dans une maison inconnue. Mon chum était à côté de nous. Notre famille se formait à ce moment précis. C’était assez rapide, un instant pis ma vie changeait, se transformait. On l’a ramené chez nous et mon chum est parti aller faire des commissions, me laissant seul avec ce p’tit-là. Je l’ai assis sur mes genoux, dans mon lit, pis c’est la que c’est arrivé. Je l’ai senti, cette mystérieuse et mystique connexion qui existe entre un parent et son bébé, ce qu’on entend un peu partout, quelque chose que tu ne peux pas expliquer clairement, quelque chose qui est ben secret juste entre nous deux. Une reconnaissance mutuelle. Moi j’suis ton Dada. Toi t’es mon p’tit. Depuis ce temps-là, on s’lâche pas. Pis on s’lâchera jamais.

 

Donc j’t’aime Petit Pou. De dire que tu es la meilleure chose qui me soit arrivée est la sous-déclaration de ma vie.

Dada Blaise, pour toujours

Adventures in Adoptionland, PART 1: Ze Commencement

Quand le projet adoption a officiellement été prononcer out loud dans notre couple, qu’on a officiellement décidé ensembles qu’on voulait devenir parents, les réactions n’ont pas tardé à venir.

« Un merveilleux projet ça! »

« Hey que vous êtes fin. »

« Un beau geste, tu sauves un p’tit enfant de la misère. »

« C’est vraiment beau, vous êtes très altruiste. »

« Ça s’annonce être une belle aventure tout ça! Je vous félicite! »

Pantoute. J’ai fait ça pour moi et moi-même, un geste ben égoïste. Je voulais un enfant, un bébé pour faire une famille afin de poser élégamment pour des cartes de Noël amusantes et enfin pouvoir aller jouer dans les jeux au McDonald’s, parce que quand j’étais petit y’en avait pas de jeux pis ça m’a toujours manqué. Bon d’accord, j’ai peut-être aussi voulu adopter parce que, j’sais pas, moi aussi je voulais connaître la paternité. Nous avons fait ce projet pour nous, pas pour prouver quoi que ce soit en tant qu’acte social ou autre. Comme je l’ai écrit précédemment, au Québec, ce n’est pas une procédure d’adoption, mais bel et bien de famille d’accueil en voie d’adoption. Nuance. C’tu l’fun? Best Time Ever! Incertitude, incompréhension, terreur, 4 crises par jours, nom de famille qui match pas avec le tien, troubles de l’attachement, fun times!

Sans blague, le processus adoption/famille d’accueil, c’est ben éprouvant. Y’a beaucoup de bouttes tristes, comme dans les films, sauf qu’il y a pas de musique pis ça dure des semaines ou des mois et ta fin heureuse est pas exactement comme tu te l’étais imaginé, mais agréablement différente. Donc l’article suivant est à prendre avec un grain de sel et une petite lime verte bien surette. Parce que l’aventure de l’adoption, c’est bel et bien comme un film d’Indiana Jones ou de super-héros: Il y a du danger et des surprises à chaque instant, de l’amour et un peu de comédie et du suspense tellement intense que tu te ronges les ongles en mangeant ton popcorn de l’anxiété.

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PREMIÈRE ÉTAPE: LA FIN DE LA DISCRÉTION

Tu as pris la décision, tu es prêt. Donc tu appelles au Centre Jeunesse et là tu pognes ton premier mur : à qui tu parles exactement? Est-ce que tu dis: « Allô, avez-vous des beaux bébés en stock, j’en voudrais peut-être un. Un petit blond genre, est-ce possible? » Quelques balbutiements et raclements de gorge plus tard, tu parles à la bonne personne et là elle t’invite à la big rencontre d’information. Tu y vas, avec l’espoir au ventre pis la nervosité dans le derrière. Vous êtes une bonne trentaine, des couples de tous âge et recoin de ta région, entassé dans une grande pièce, excités comme des puces, chacun avec sa propre raison d’être là. On va être parent!

On t’explique le procédé, que je simplifie ici: Bébé/enfant ne reçoit pas les soins nécessaires là où il/elle est. On analyse la situation, recherche, questionne, savoir si on peut le placer chez des grand-parents, amis, tante éloignée, etc. On aide la maman/papa à se remettre sur pied, on leur propose des pistes, on les aide. Rien de ça fonctionne, on le place chez vous, on commence à penser que cet enfant pourrait être adoptable, mais pas tout de suite. Il faut attendre la décision du juge et toi tu es son donneur de soin, pas un de ses parents. Jusque là, tu vois la face du monde changer à chaque mot, l’espoir se dissipant à chaque parole. La mienne aussi je tiens à dire. Jusqu’à date, y’a pas beaucoup de magie et d’anges tout nus et de petites banderoles. Juste une dure, grise et froide réalité pis c’est ben correct., parce qu’il faut que tu t’y fasses au plus vite. Et là tu réalises que ton projet sera pas une chose facile. Tu n’auras pas un beau p’tit bébé tout rose, donné volontairement dans l’amour et la joie par une mère aux yeux cristallins et à la peau de pêche. Aucune mère au monde va donner son petit bébé en adoption avec sérénité et bonheur. Chaque petit bébé va arriver avec sa petite valise remplie de drames et séparations, déjà prêt à une thérapie à quelques jours à peine. Bref, le plus vite tu te rentres ça dans la tête, le mieux ça va aller. Ceux qui ne sont pas trop découragés, ou un peu foolish, prennent le questionnaire, pis rentrent chez eux. Les autres vont s’acheter un chien. Nous on a fait le deux, fouille moi pourquoi.
Tu t’installes à table avec ton chum pour remplir les papiers. C’est ben excitant. Tu proposes de faire une genre de course, le premier qui fini gagne. Ton chum veut pas. Go, vous partez. Et là, t’en a de l’information à donner. Il faut presque tout dire sur toi et ta vie, en partant par les raisons qui te poussent à démarrer ce projet jusqu’à la fois où tu avais fumé du pot en écoutant Charlie and the Chocolate Factory à l’université. T’es mieux de TOUT dire, parce que anyway, la petite intervenante/psychologue va toute te dénicher ça avec ses questions intimes et ses regards inquisiteurs. Les questions portent sur tes souvenirs de jeunesse, ta vie avec tes parents, ta relation avec ton facteur ainsi que les valeurs que tu préconises pour ta futur vie familiale.

Facile. Mes valeurs sont: La politesse et jamais de blanc après la fête du Travail. Mon chum me corrige, suggère qu’on écrive quelque chose de banal comme, la compréhension et la tolérance, puis on continue.

Ensuite, viens les innombrables papiers de spécialistes. Ton crédit bancaire, ton employeur, ton salaire, ton casier judiciaire, ton médecin, ton test d’urine. J’vous l’ai dit, oublie ta privacy, tout y passe.

Pis là, le high du questionnaire: L’enfant. Ici, tu peux spécifier quel range d’âge tu es prêt à accepter, son sexe et surtout, tous les troubles de comportement et problèmes que tu es prêt à accepter. Donc tu coches les petites cases, du genre TDAH, AGRESSIVITÉ, AUTISME, DYSLEXIE, pis c’est à ce moment-là que tu es mieux d’être honnête avec toi même. Tu es prêt à tout accepter, tous les genres de cas, pour que ça aille plus vite, ben accroche toi, parce que l’enfant va arriver pis, surprise, il aura certainement un ou deux troubles et risque d’en avoir plein d’autres auxquels tu n’avais pas pensé! Guess what, c’est comme pour tous les autres parents! Les enfants, y’en a pas un pareil! Chaque petit trésor peut receler son lot de défauts, qualités, passions et peurs, bizarre hein? Une fois le questionnaire bien rempli, et après t’être obstiné un peu à savoir si tu es prêt à accueillir des jumeaux (Dada dit que oui, parce qu’il trippe comprends-tu, Papa est plus raisonnable et par chance, parce que sinon Dada aurait peut-être été retrouvé enroulé dans une nappe, sous la table, dans le cas où il aurait eut à gérer deux enfants du même coup).

Tu signes la feuille, inscris la date, place tous les papiers nécessaires ainsi qu’une fiole remplie de ton sang dans l’enveloppe et le tour est joué! Reste plus que quelques étapes, genre 18, est parents tu deviendras! Là tu attends. Pis c’est loooooooong que tu te plains de temps en temps. Ah ah ah. Oh honey, tu as pas fini d’attendre. C’est pas mal ça tout le temps l’aventure adoption. Donc en attendant je vous conseille de vous faire des scénarios stressants où tu te retrouves avec Junior, du film Le Petit Monstre ou bien une adulte russe psychopathe comme dans The Orphan.

DEUXIÈME ÉTAPE: BÉBÉ SE LA JOUE DIFFICILE

Premier appel important: Une autre rencontre! Oups, tu pensais que c’était le vrai appel, mais rappelle-toi : Tu n’as pas fini d’attendre, fac calme toi la parentalité! Deuxième rencontre, plus intime. Quelques couples seulement, les chanceux que tu te dis, Les Choisis, pis on se présente tour à tour. Mon chum me serre la main pis me urge de nous présenter, il haït ça jaser au monde inconnu. Moi non, je trippe un peu trop. Je fais des blagues pis je porte mon beau gilet gris, celui qui me fait ressortir les yeux pis qui fait damner les morts. Bref, j’veux charmer. J’me dis, j’vais charmer les p’tites intervenantes pis elles vont me donner un bébé plus vite. On voit ici que j’avais compris les enjeux importants. Fac ça part. On discute, on explique, on dit les vraies affaires. Ton enfant va pas te sauter dans les bras quand tu vas l’avoir. Il va peut-être te mordre, te gifler, te cracher dans la face. Il va peut-être se faire pipi dessus et c’est la seule odeur qui saura le réconforter parce que c’est de même qu’il a été habitué. Il va peut-être avoir 4 ans, mais agir comme un jeune de 1 an, avec sa suce et ses compotes, parce qu’il a bloqué là. Il va peut-être avoir ceci ou cela, c’est un bingo loto du drame et du « ça pas d’bon sens ». Pis on t’explique: « L’amour ne guérit pas tout. Ça aide, c’est certain, mais ce n’est pas comme dans les films. » Ouch! Pour les bébés, ça peut être mieux, mais ça peut être dix fois pire. Le p’tit nourrisson sait encore moins comment t’exprimer son drame, à toi de le découvrir, et ce sans compter tous les autres troubles qu’il risque d’avoir. « Cet enfant-là », qu’on explique avec brio et sagesse et ça te marque pour toujours, « ce ne sera jamais un enfant comme les autres. Cet enfant-là, tu vas devoir lui faire tes preuves pour qu’il t’aime, pour qu’il s’attache réellement à toi. »

Ahh, là je venais de comprendre. He’s playing hard to get. Il va jouer les durs, les farouches, va se faire désirer. Ça m’a pas fait peur. J’étais habitué à ce genre-là, j’ai été jeune et universitaire et désirable autrefois, dans le temps que j’avais des cheveux onduleux et un ventre simili plat. Je sais comment jouer à cette game-là. Bref, à la fin de la rencontre, je n’étais pas déboussolé, mais excité. Analyse ça comme tu veux, mais ça m’a allumé, c’était comme un beau défi, le plus grand et le plus difficile de ma vie, que j’aurais à relever. Donc on a rempli les papiers finaux (ben oui, encore des maudits papiers), pis on est parti.

TROISIÈME ÉTAPE: SO MANY FEELINGS!

L’appel arrive. Un autre. Celui qui te dit qu’ils ont décidé de t’évaluer. La grosse affaire là. L’évaluation PSYCHOSOCIALE. Le mot psycho te terrifie un peu, ça te fait penser à couteau et douche et à Norman Bates. T’as peur que la psychologue te farfouille l’esprit pis te remémore des souvenirs secrets enfouis au fond de toi-même, comme la fois où le méchant grand frère de ta voisine t’avais laissé EN HAUT du tape-cul dans le parc et que depuis ce temps tu es incapable d’embarquer sur cette maudite affaire là sans faire une crise de panique.

 

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Ci-haut: des enfants au bord du drame

L’évaluation est relativement simple. La madame vient chez toi voir ta maison et juger secrètement de ta déco, puis te dit tout ce qui n’est pas conforme chez vous: Manque un extincteur à chaque étage, médicaments sous clé, verrou et code empreinte digital, cloture autour de ton terrain, rideaux blanc dans le salon. Écoute là pis chiale pas. Elle revoit le questionnaire avec vous et vous interroge encore une fois sur chaque réponse que vous avez inscrit. Tu te remet en question à chaque fois, t’hésites, tu soupires, mais tu tiens le coup. Ensuite, elle vous rencontre chacun de votre côté dans son bureau, en privé et elle vous fait jaser de votre premier souvenir d’enfance, celui que tu te rappelles le plus loin dans ta tête.

Le mien: me promener à quatre pattes les fesses dans les airs, ma mère pas loin sur une chaise. Mon chum: Sa mère qui fait du repassage pendant qu’il joue sur le tapis du salon. Jusqu’à date, tout va bien. On jase pis on parle de notre vie en ENTIER, pis c’est pas mal plaisant finalement, parce que moi je me ferme rarement la trappe pis j’aime ça jaser, surtout de moi-même. Mon chum a un peu moins de plaisir, il est plus mâle du côté de ses émotions et n’aime pas trop en parler, mais sort de là sans traumatisme évident.

La rencontre de couple est encore plus amusante. Là, tu divulgues tous tes problèmes et habitudes de vies, pas de secret pour vous! Fréquence de vos relations intimes jusqu’à qui s’occupe des comptes (c’est lui uniquement, moi je suis pas mal 50’s housewife sur ce côté, je dépense pis je me demande où est mon argent par la suite). Arrive le plus drôle: Situations contextes. La madame nous met en situation et nous demande notre réaction. Du genre: Ton enfant veut aller au parc mais ne veut pas s’asseoir dans la poussette, que fais-tu? Go! Ton enfant à lancé son verre de lait par terre par exprès alors que tu as de la visite, que fais-tu? Go! Ton enfant t’amène un dessin d’un démon noir qui flotte au-dessus de votre lit, comment réagis-tu? Go! Ton enfant de 3 ans se masturbe sur le tapis du salon, que fais-tu? Go! (Cette question-là, c’est évidemment mon chum qui l’a eu!)

Ouf! Ça se termine enfin, la madame te dit au revoir, te serre la main et là, ben devine quoi champion, tu attends! Pas trop longtemps par contre, un petit mois pour enfin, ALLÉLUIA, te faire dire que tu es sur la liste. La VIP. La longue et mystérieuse liste pour toute la région, pleine de couples espérant, aucun sachant quand ils auront un enfant. Y’a pas de temps prescrit, c’est pas le premier arrivé, premier servi. Ça arrive quand ça arrive. Il te match avec le bébé parfait, l’enfant parfait pour TA situation. C’est comme attendre en ligne pour aller dans un club hyper branché pis le bouncer cherche sur le plancher de danse avec qui tu aurais le plus d’affinité. Fac en attendant tu écoutes 30 Rock et Game of Thrones, une des dernières fois où tu pourras t’offrir ce luxe d’écouter une émission en plein jour un weekend. Tu as également le droit de préparer la chambre d’enfant. Enjoy, c’est le moment. Décore comme jamais t’a décoré, lâche-toi lousse, va acheter les petits biberons pis les toutous pis les dix millions de trucs pour bébé qui sont trop mignon et pas tout nécessaire.

Finalement, on t’appelle, enfin. Nous, on a eu 3 mois d’attente. C’est comme pas long. Certains attendent des mois, voire 1 an et plus. D’autres attendent deux jours à peine et reçoivent un appel. Comme dans les livres et toutes les histoires de bonheur, c’est vraiment au moment que tu t’y attends le moins. Genre un vendredi avant-midi et tu es encore en p’tite culotte en mangeant ton bol de céréale  tout en te grattant le ventre. Tu es pas prêt à ça, mais pas du tout. C’est l’équivalent d’apprendre que t’es enceinte, même si c’est pas comparable, parce que tu dois aller chercher Petit Pou quelques jours plus tard. Tu auras la fin de semaine pour te préparer. C’est l’appel le plus glorieux et inquiétant de ta vie. T’es figé dans le temps et l’espace, tu remarques chaque détail de ta cuisine et des arbres dehors qui dansent dans le vent. La lumière du soleil qui coule comme du miel sur tout ce qu’elle touche. Le bruit des tondeuses et les ramifications de la rue derrière. C’est la vie, là là. Elle arrive subitement. Pis ensuite, ils te disent son nom. À ton Petit Pou. Son petit nom juste à lui qui va devenir le tien. Et il a un nom normal, qui sonne bien, un nom que t’aurais choisi toi-même, un nom qui résonne dans ton cœur pis c’est terrifiant de vérité, parce que tu l’aimes déjà cet enfant là, même si tu ne le connais pas, même si tu ne l’a jamais vu. C’est pas un nom bâtard comme Pleurotte ou ben Gargamel. Fac là tu pleures ta vie, et maintenant tu pleures un petit peu d’émotion chaque fois que tu en parles ou que tu l’écris. Parce que c’est à ce moment que tu es officiellement devenu un Papa pis un Dada. C’est à ce moment-là que tu as commencé à aimer pis à t’inquiéter d’un Petit Pou qui resterait avec toi pour toujours, ton futur petit garçon juste à toi.

Pour alléger un peu, voici une représentation de ce quoi j’avais l’air quand je pleurais au téléphone:

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Ne manquer pas la suite la semaine prochaine: Adventures in Adoptionland, Part 2: Petit Pou Contre-Attaque (avec de l’amour!)

Dada Blaise

 

P.S: Moi je suis Batman entre les deux superhéros. Je tenais à ce que vous le sachiez.

 

Adventures in Adoptionland PART 2

Adventures in Adoptionland PART 3

 

 

Vous avez aimé cet article? Alors partager le comme on se partage une poutine graisseuse entre copines à 3hres du matin: avec avidité et regret.

 

 

 

 

Moi aussi chui capable

Ça résume pas mal ma vie ça. Moi itou je peux le faire, moi aussi chui capable. Mon cousin Mathieu me mettait au défi de sauter dans le bain tout habiller. Je le faisais, moi aussi chui capable. Mon ami grimpait dans les arbres, moi aussi chui capable. Ma sœur faisait du ballet jazz dans le salon avec ses bas collants mauves, moi aussi chui capable. Mes amis se saoulaient à la téquila, mais ça ne m’intéressait pas vraiment, pas grave, moi aussi chui capable. Les internautes blogs à grands coups de bons conseils avec des photos Instagram filtrés Walden et Nashville? Moi aussi chui capable. Toutes mes amies se font un chum, pff, facile, moi aussi chui capable. Pis yé beau, pis y mesure 6’2. Kin, en veux tu d’la compétition? P’tit boutte avec ses grosses lunettes, il est capable aussi damn it!

Famille? Enfants? Heu…

Avoir un enfant, ça on était pas capable. Ben qu’est-ce tu veux, on avait beau essayer moi pis mon chum de faire un bébé ensemble, ça avait pas l’air de marcher, pas de p’tit bébé. Mais ça, ce n’était pas juste pour prouver que chui capable, que j’étais comme tout le monde. J’en voulais un bébé. Un p’tit, juste pour moi.

C’était pas une décision facile, parce que pour des couples de papas only, y’a pas grand-chose qui nous est offert facilement, à part choisir des vêtements vraiment top à la mode pour notre futur bébé. On n’est pas des vedettes, fac avoir recours à une mère porteuse comme Neil Patrick Harris ou notre Joël Legendre local n’est pas une option pour notre maigre portefeuille de banlieusard de la rive sud. Restait donc l’adoption! Moi aussi chui capable que je me dis. Un pet! J’vais passer ça haut la main, les tests et les évaluations, pis dans moins d’un an, on va avoir une belle p’tite Chinoise ou un p’tit Russe à dorloter, pis la musique va s’élever, John Williams style, pendant que papa pis dada se regardent tendrement, bébé précieusement lové dans nos virils bras.

Oups…vous êtes deux hommes. Vous ne pouvez pas adopter dans tel et tel pays.

Oups…vous n’êtes pas mariés. Pouvez pas dans tel et tel pays.

Oups…vous devrez attendre un bon trois ans, si c’est pas plus.

Oups…vous pesez plus de 200 livres. (Celle la j’exagère, mais à peine).

Non non messieurs, vous fittez pas dans nos critères. Reste alors: Adoption Québec. Ahhh, ici c’est plus lousse, deux hommes ça ne leur fait pas peur. On se présente, on est confiant tsé. Oups! C’est pas l’adoption précise-t-on, mais bel et bien FAMILLE ACCUEIL EN VOIE D’ADOPTION. Fac ça, ça veut dire que on a petit pou chez nous, pis on doit s’en occuper, l’aimer, pis toute, mais en tant que famille d’accueil, pis que si, peut être, ces messieurs les juges et avocats sont gentils, ils vont nous accorder la garde. Un jour. Dans 1 an ou 2, tiens.

Est-ce qu’on est capable quand même?

Ben oui que je me dit. J’étais bien naïf. Et un peu imbu de moi-même et mes capacités. Si les autres peuvent le faire, moi aussi je peux. Tous ces élèves mal élevés que je vois à l’école, chui capable de faire mieux. Et hop…On se lance! Quelques évaluations psychosociales plus tard, on est officiellement sur la liste. Kin la société! Chui capable que je me dis. Bébé est arrivé très vite, trois mois après notre acceptation par le Centre Jeunesse. Un p’tit bébé de 3 mois à peine, en chair et en os et en joufflu. Un blondie, comme mon chum aux yeux bleu comme moi. Ça pas prit de temps qu’il nous charme et qu’on devienne, mon chum et moi, un papa pis un dada. Papa c’est lui, moi c’est dada parce que je parle l’anglais, comme dans les vues. So, here we go, que je me dis. Moi aussi chui capable.

Famille d’accueil ça veut dire beaucoup de choses.

Ça veut dire des visites supervisées avec la maman biologique dans un local gris et impersonnel où ton bébé, que t’aimes soudainement avec toute la douleur qui habite ton corps, pleure parce qu’il te cherche et il n’est pas bien. Ça veut dire des nuits blanches à le consoler suite à ces fameuses visites. Ça veut dire un petit bébé anxieux qui a été trimbalé avec beaucoup de monde avant d’arriver chez vous. Ça veut dire que tu ne peux pas lui couper les cheveux comme tu veux. Ça veut dire que tu n’as pas choisi son nom et qu’il ne porte pas ton nom de famille. Ça veut dire un enfant qui sera toujours un peu différent de la normalité, pour quelques raisons que ce soit. Être famille d’accueil, j’ai été capable, mais ça, pas tout le monde l’a vécu. Chui capable, mais chriss que c’est dur. Chui capable mais j’ai le goût de me sauver en laissant le panier d’épicerie pis le p’tit qui est dedans alors qu’il braille pour la sempiternelle fois pis je sais pas pourquoi. Chui capable mais maintenant, je ressens plus le besoin de me prouver aux autres.

Je vais quand même finir ce premier billet sur du positif, parce que c’est le fun pis ça fait du bien une fin heureuse. Comme le dirait ma grand-mère: Hé que la vie est ben faite. Tous ces simagrées plus tard et bébé a grandi et nous imite et prend même nos traits et nos expressions. Pis, cerise sur le sundae, il est maintenant officiellement mon bébé. À moi. À papa pis à dada. C’est ti pas merveilleux ça? Moi j’trouve que oui.

 

Dada Blaise