La Semaine de Relâche Du Plaisir

Vous venez peut-être tout juste de terminer une semaine de relâche. Ou ben vous êtes en plein dedans. Ou bedonc vous ne connaissez pas ce terme »semaine de relâche » parce que vous n’avez pas d’enfant, ni de travail relié à l’éducation et vous êtes sur votre yacht à vous faire bronzer les seins nus ressuillant d’huile de noix de coco alors qu’un bel éphèbe d’une vingtaine d’années s’approche avec un verre de champagne dans une main, un bol de chips au vinaigre dans l’autre et une érection qui pourrait détruire tout Tokyo en entier.

Le monde entier sait habituellement que c’est la semaine de relâche par le simple fait que les familles heureuses aiment donc broadcaster sur leur Facebook quelles activités amusantes ils ont de prévu ou ils ont fait pendant ces sept jours de congé. Les plus nantis d’entre eux révéleront que leur croisière dans les Bahamas était donc merveilleuse, que cette semaine en Jamaïque était donc relaxante, que ce chalet à Tremblant était donc rustique chic, alors que le reste d’entre nous se contente de faire à semblant qu’ils sont content de rester à la maison pour faire du « cocooning » tout en braillant dans leur relevé de compte hypothécaire.

Bref, voici un résumé d’une semaine de relâche « typique » pour le commun des mortels:

Lundi: 

Hourra! C’est le lundi pis il n’y a pas d’école, pas de garderie! Heille, on fait ça « spécial » pis on reste en pyjama toute la journée! Pour garder l’illusion que vous n’êtes pas mortifié à l’idée d’endurer votre enfant pendant une semaine entière, confectionner un petit déjeuner avec crêpe, œufs, bacon croustillant et fruits variés et colorés qui donneront l’effet d’un tableau impressionniste dans l’assiette de votre enfant. Ou ben câlisser le tout aux vidanges et servez l’habituelle toast beurre de pinotte puis manger dans le salon devant la tivi, c’est selon. Restez dans cette position jusqu’à midi, puis voyez comment votre enfant pogne rapidement la gigote et l’ennui et vous achale pour une activité quelconque.

Suggestion de Dada: Pognez des petites bébèlles et gugusses inutiles et mettez ça dans un gros bac à glace. Congelez. Dîtes au p’tit qu’il doit creusez et détruire la glace pour pogner ses jouets. Entertainement garanti pendant des HEURES! (P.S.: C’est une vraie affaire là, c’est pas une blague!)

Mardi:

Proposez une nouvelle journée pyjama! Recevez un accueil plutôt mitigé ainsi qu’un coussin par la tête. Cessez de jalousez ces familles parfaites et leurs photos de ventres plats et ciel azur sur mer des Caraïbes, et participez vous aussi à une activité digne d’un voyage dans le sud: Allez à la piscine municipale! D’accord, vous aurez à partager l’espace avec les 300 autres familles qui ont eut la même idée, mais c’est pas grave, l’expérience est presque la même que dans un resort à Cuba: il faut chaud, c’est humide, c’est bondé de gens et vous risquez de pogner le va-vite à force de patauger dans le jus sale de la ville entière!

Mercredi: 

Votre enfant n’en peut plus de votre unique compagnie et vous sentez que votre relation prend une tournure Psycho avec Norman Bates tellement vous et votre enfant passez du temps ensembles? Invitez des amis à passer du temps à la maison! Sortez des jeux de société divers, des jouets amusants et des repas équilibrés et voyez comment votre propre enfant devient une peste et ne veut RIEN faire de vos activités pendant que les autres s’amusent comme des fous. Rassurez les mamans qui vous demandent si vous serez bien capable de gérer autant d’enfants dans votre maison puis terminez la journée avec un enfant en pleurs, un autre couvert de bouette et votre propre petit avec le front en sang parce qu’il a foncé dans le mur en jouant à tag. #bestbabysitterever #noworries #Idrankwineduringlunch

Jeudi:

Planifier une journée empreinte de découvertes et de magie en sortant un peu de la maison et en proposant à votre enfant que vous devez aller chercher le plancher de céramique pour la chambre de bain. Ajoutez également que vous irez marcher en forêt ou regarder les canards se geler le derrière ou whatever pour que le p’tit entre dans le satané char. N’oubliez pas que vous vivez au Québec et que nous sommes en plein mois de Mars, ce qui veut dire qu’il faudra donc planifier d’apporter les mitaines, tuque et foulards ainsi que la crème solaire et les bottes de pluie pour votre petite virée dans la nature. Si vous arrêtez dans un parc, préparez-vous à pousser votre enfant sur les balancoires alors que vous enfoncez de 13 pieds dans la gadoue.

Vendredi: 

Bon, c’est ben beau le plaisir gratuit, mais il faut un peu de travail manuel pour cet enfant, non? Attrapez moppe, balais, éponge et vieille guenilles rapiécé dans la blouse de votre grand-mère et nettoyez la maison de fond en comble. Le p’tit n’a pas de fun? Faite un concours à savoir qui trouvera le plus de petits morceaux de LEGO, d’élastiques colorés et de billes qui sont supposés aller dans le jeu Hungry Hungry Hippo. Mettez de la musique qui groove et qui donne le goût de danser, la musique que vous écoutiez sur votre Discman avec vos copines du Cégep genre. Faites vous chicaner par votre enfant. Changez de tounes et mettes la calisse de bande sonore du film Trolls. Moppez le plancher tout en chantant avec Anna Kendrick. Faites vous chicaner par votre enfant qui n’aime pas que vous chantiez par-dessus la musique.

Samedi: 

C’est le temps de relaxer! La raison? Les virus étranges et autres trucs qui flottaient dans la piscine municipale risque d’avoir assez incuber dans le ventre de votre petit ange pour afin le rendre malade! résultait, le pauvre p’tit pit feel pas et dors sur le divan. Célébrez brièvement puis rappelez-vous que vous devez vous occupez de votre enfant malade malgré tout, et qu’en plus vous allez sûrement être malade par la suite! Écoutez Riverdale et fantasmez sur Archie comme jamais vous auriez pensé le faire.

Dimanche:

Planifiez tout de suite un plan d’épargne afin que vous puissiez vous payez des vacances l’an prochain.

Dada Blaise

Être parent ce n’est pas drôle!

Quand tu es parent, tu aimes ça parler de ton enfant. C’est ben certain, il devient pas mal le centre de ton univers. Tout ce qu’il fait est merveilleux et amusant et incroyable, du moins quand il est un bébé. Quand l’enfant grandit, le discours change de façon imperceptible. Tu pimentes la conversation avec une phrase adorable que ton enfant à dit ou de la fois où la fois que tu pensais saigner du nez tellement t’étais en esti après lui, c’est selon ton auditoire. Il y a les histoires de pleurs toute la nuit, de premier caca dans la toilette, de rot bruyant au restaurant et les incontournables histoires de gastro. Ça, le parent en raffole. Il est toujours question de fluides corporels dans les histoires d’enfants. « Mon Dieu qu’il a été malade. » « Mon Dieu qu’il feelait pas. » « Mon Dieu qu’il a vomi! » « C’était épeurant tellement il vomissait! » Dada, qui est toujours prêt à placer une bonne blague aux moments les moins appropriés, lâche alors un commentaire du genre: « Hiiii, est-ce que sa tête a fait un 360 et elle s’est masturbée avec un crucifix? »

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As-tu essayé de lui donner une boisson du style Pédialyte? Peut-être ça lui f’rait du bien…

Bon, c’est évidemment là que le parent se tourne vers moi, somewhat indigné, me fixant avec la tête légèrement penchée sur le côté, incertain, terrifié même. « Ce n’est pas drôle. Elle a vomi toute la nuit! J’ai été obligé de désinfecter la maison entière avec de l’eau de javel et du Purell! » Ok. I get it. La p’tite était malade pis elle a passé une ben mauvaise nuit. Les enfants sont précieux. Ils sont notre avenir. Teach them well and let them lead the way. Moi aussi j’connais la chanson de Whitney.

Et que c’est sérieux, mon Dieu que ce n’est pas drôle. Ne touche pas à ça, reste assis, écoute bien, mange tous tes brocolis, fait un arrêt complet, fait du jogging, bois pas trop de vin, passe du temps en famille, laisse pas de graines de toast dans le beurre, rince ton recyclage, mange pas trop de chips, rit pas de la grosse madame. C’est sérieux la vie. I know, I know. Y’a ben du drame dans le monde. Tous les jours des gens sont assassinés, il y a la guerre, la corruption, les génocides. Quelqu’un, en ce moment même, se fait laisser par un être cher. Quelqu’un se sacrifie pour celui qu’il aime. Quelqu’un tombe en amour, quelqu’un pleure. Un bébé naît et une famille est en deuil pour un grand-père qui vient de mourir. La vie est pas facile et triste et grise. La vie devient particulièrement sérieuse quand tu deviens parent. Tu deviens un nouveau citoyen du pays de la parentalité, et ici, il y a beaucoup de règles à suivre. Ou à ne pas suivre. Combien d’articles ou reportages sur la famille et les enfants sont réellement sur des conseils constructifs et non à propos des choses À NE PAS faire? Je sais que ce n’est pas un avis très populaire parmi certains parents, mais quand est-il du essai/erreur avec les enfants? Après avoir collé ma langue sur la p’tite barre de métal dans le congélateur, j’ai apprit que ce n’était pas une bonne idée! Ma mère m’avait dit de ne pas coller mon pouce sur le l’allume-cigarette dans l’auto, je l’ai plus fait après m’avoir brûlé! Faire des acrobaties avec un pantalon jogging usé devant la cour d’école entière, ce n’est pas une bonne idée car les pantalons risquent de FENDRE! Et j’ai appris qu’il fallait toujours, TOUJOURS, cogner à la porte de la salle de bain avant d’entrer quand mon père y était.  Vous voyez, essai/erreur!

Et qu’en est-il de l’humour? T’sais, en rire une bonne shot. Parce que, avouons-le, c’est pas mal ridicule être parent. C’est ridicule quand tu décides de ne pas passer la balayeuse sous prétexte que ton p’tit dort (yeah right). C’est ridicule quand tu envoies une photo de caca à ton époux tellement tu es fier de ton enfant. C’est ridicule quand tu manges en cachette les Goldfish de ton enfant…ou ses bonbons d’Halloween. C’est ridicule parce que tu dois épeler des mots pour ne pas te faire comprendre (ou parler l’anglais) quand tu veux dire à ton conjoint que tu as envie de manger un P-O-P-S-I-C-L-E ce soir (ou que tu veux F-O-U-R-R-E-R ce soir, c’est selon). C’est ridicule lorsque tu réalises que tu es en train de tenir tête et raisonner un enfant en pleine crise, alors qu’il serait plus facile d’apprendre le latin ou de faire le Moonwalk sur un pied seulement. C’est ridicule parce que tu passes des soirées à t’en vouloir d’avoir puni un enfant, alors que lui s’en rappelle plus vraiment le lendemain. C’est ridicule parce que c’est quelque chose qui change ta vie complètement sans la changer du même coup. C’est ridicule et c’est drôle de voir à quel point tu changes même si tu t’étais juré de toujours resté le même. C’est ridicule pour toutes les bonnes raisons.

Alors, peut-être peut-on se permettre d’en rire un peu. De faire un « fuck you » dans le dos de notre p’tit quand il ne veut pas s’habiller. De dire que notre p’tit est un asshole. De rigoler de la fois où on était tellement fatigué qu’on s’est endormi sur le divan tout les deux. De la fois qu’on a pété dans l’église. Parce que, malgré toutes nos belles précautions, le résultat ultime est que notre enfant va grandir et va se lancer dans le monde sans vous derrière lui pour le guider et lui dire quoi faire ou ne pas faire. Il va faire ses propres erreurs, probablement vous blâmer pour quelque chose, se payer une thérapie pis vous pardonner en fin de compte. Fac riez. Riez out loud tout en regardant votre argent fondre comme neige au soleil, vos cuisses épaissir, vos cheveux amincir et votre jeunesse s’envoler dans le bleu du ciel. Si c’est pas drôle ça, rien ne l’est.

Dada Blaise

P.S: Dada croit aux pouvoirs du ridicule et du rire. La preuve, il a déjà fait bleacher ses cheveux. Et à déjà rencontré Steph Carse. EN PERSONNE!

Moi aussi chui capable

Ça résume pas mal ma vie ça. Moi itou je peux le faire, moi aussi chui capable. Mon cousin Mathieu me mettait au défi de sauter dans le bain tout habiller. Je le faisais, moi aussi chui capable. Mon ami grimpait dans les arbres, moi aussi chui capable. Ma sœur faisait du ballet jazz dans le salon avec ses bas collants mauves, moi aussi chui capable. Mes amis se saoulaient à la téquila, mais ça ne m’intéressait pas vraiment, pas grave, moi aussi chui capable. Les internautes blogs à grands coups de bons conseils avec des photos Instagram filtrés Walden et Nashville? Moi aussi chui capable. Toutes mes amies se font un chum, pff, facile, moi aussi chui capable. Pis yé beau, pis y mesure 6’2. Kin, en veux tu d’la compétition? P’tit boutte avec ses grosses lunettes, il est capable aussi damn it!

Famille? Enfants? Heu…

Avoir un enfant, ça on était pas capable. Ben qu’est-ce tu veux, on avait beau essayer moi pis mon chum de faire un bébé ensemble, ça avait pas l’air de marcher, pas de p’tit bébé. Mais ça, ce n’était pas juste pour prouver que chui capable, que j’étais comme tout le monde. J’en voulais un bébé. Un p’tit, juste pour moi.

C’était pas une décision facile, parce que pour des couples de papas only, y’a pas grand-chose qui nous est offert facilement, à part choisir des vêtements vraiment top à la mode pour notre futur bébé. On n’est pas des vedettes, fac avoir recours à une mère porteuse comme Neil Patrick Harris ou notre Joël Legendre local n’est pas une option pour notre maigre portefeuille de banlieusard de la rive sud. Restait donc l’adoption! Moi aussi chui capable que je me dis. Un pet! J’vais passer ça haut la main, les tests et les évaluations, pis dans moins d’un an, on va avoir une belle p’tite Chinoise ou un p’tit Russe à dorloter, pis la musique va s’élever, John Williams style, pendant que papa pis dada se regardent tendrement, bébé précieusement lové dans nos virils bras.

Oups…vous êtes deux hommes. Vous ne pouvez pas adopter dans tel et tel pays.

Oups…vous n’êtes pas mariés. Pouvez pas dans tel et tel pays.

Oups…vous devrez attendre un bon trois ans, si c’est pas plus.

Oups…vous pesez plus de 200 livres. (Celle la j’exagère, mais à peine).

Non non messieurs, vous fittez pas dans nos critères. Reste alors: Adoption Québec. Ahhh, ici c’est plus lousse, deux hommes ça ne leur fait pas peur. On se présente, on est confiant tsé. Oups! C’est pas l’adoption précise-t-on, mais bel et bien FAMILLE ACCUEIL EN VOIE D’ADOPTION. Fac ça, ça veut dire que on a petit pou chez nous, pis on doit s’en occuper, l’aimer, pis toute, mais en tant que famille d’accueil, pis que si, peut être, ces messieurs les juges et avocats sont gentils, ils vont nous accorder la garde. Un jour. Dans 1 an ou 2, tiens.

Est-ce qu’on est capable quand même?

Ben oui que je me dit. J’étais bien naïf. Et un peu imbu de moi-même et mes capacités. Si les autres peuvent le faire, moi aussi je peux. Tous ces élèves mal élevés que je vois à l’école, chui capable de faire mieux. Et hop…On se lance! Quelques évaluations psychosociales plus tard, on est officiellement sur la liste. Kin la société! Chui capable que je me dis. Bébé est arrivé très vite, trois mois après notre acceptation par le Centre Jeunesse. Un p’tit bébé de 3 mois à peine, en chair et en os et en joufflu. Un blondie, comme mon chum aux yeux bleu comme moi. Ça pas prit de temps qu’il nous charme et qu’on devienne, mon chum et moi, un papa pis un dada. Papa c’est lui, moi c’est dada parce que je parle l’anglais, comme dans les vues. So, here we go, que je me dis. Moi aussi chui capable.

Famille d’accueil ça veut dire beaucoup de choses.

Ça veut dire des visites supervisées avec la maman biologique dans un local gris et impersonnel où ton bébé, que t’aimes soudainement avec toute la douleur qui habite ton corps, pleure parce qu’il te cherche et il n’est pas bien. Ça veut dire des nuits blanches à le consoler suite à ces fameuses visites. Ça veut dire un petit bébé anxieux qui a été trimbalé avec beaucoup de monde avant d’arriver chez vous. Ça veut dire que tu ne peux pas lui couper les cheveux comme tu veux. Ça veut dire que tu n’as pas choisi son nom et qu’il ne porte pas ton nom de famille. Ça veut dire un enfant qui sera toujours un peu différent de la normalité, pour quelques raisons que ce soit. Être famille d’accueil, j’ai été capable, mais ça, pas tout le monde l’a vécu. Chui capable, mais chriss que c’est dur. Chui capable mais j’ai le goût de me sauver en laissant le panier d’épicerie pis le p’tit qui est dedans alors qu’il braille pour la sempiternelle fois pis je sais pas pourquoi. Chui capable mais maintenant, je ressens plus le besoin de me prouver aux autres.

Je vais quand même finir ce premier billet sur du positif, parce que c’est le fun pis ça fait du bien une fin heureuse. Comme le dirait ma grand-mère: Hé que la vie est ben faite. Tous ces simagrées plus tard et bébé a grandi et nous imite et prend même nos traits et nos expressions. Pis, cerise sur le sundae, il est maintenant officiellement mon bébé. À moi. À papa pis à dada. C’est ti pas merveilleux ça? Moi j’trouve que oui.

 

Dada Blaise