Plot Twist: Autisme!

ADVENTURES IN ADOPTIONLAND PART 4: PLOT TWIST: AUTISME!

 

Ouf! J’sais pas vous autres, mais ici on a eu toute qu’une rentrée scolaire! Une nouvelle école pour Dada, un nouveau bébé chaton qui nous réveille la nuit en nous sautant sur les gosses, des chaleurs intenses, le retour d’Occupation Double, mon p’tit qui a embrassé sa p’tite copine de garderie SUR LA BOUCHE, ma soeur qui s’est marié, j’me suis mis à faire du sport, pis, oh, oui, un p’tit diagnostic sur mon enfant, la déclaration officielle TSA. Il n’y a pas trente-six milles façon de l’annoncer. Après plus d’un an d’observation par divers petites madames bien intentionnés, du CLSC au pédiatre en passant par une voyante d’Outremont qui lit dans des boules de crystal, nous avons enfin eu notre verdict: notre p’tit garçon est autiste. Enfin, le nouveau terme est qu’il a un trouble du spectre de l’autisme.

La question qui reste est celle-ci: vais-je pouvoir devenir meilleur amis avec toutes les célébrités à la mode qui campagne pour la cause des enfants autistes? Peut-on toujours faire des blagues sur notre enfant et écrire les hauts et les bas de la vie familiale lorsqu’il y a un enfant TSA sous notre toit? Est-ce que mon enfant va être comme Dustin Hoffman dans Rainman et m’aider à faire fortune en escroquant les casinos?

Bien sûr, bien sûr au départ tout n’était pas hilarant et rose fleuri avec de la dentelle pis des pétales de fleurs. J’pensais être pas mal prêt à tout tsé. J’avais lu mes livres sur la normalité adoptive, sur les enfants adoptés. J’avais fait mes devoirs avec les livres sur les bébés, parcouru les forums, interrogés les matantes pis les belles-soeurs. J’avais réécouté De Quoi J’Me Mêle. J’étais prêt.

Pis of course, mon bébé est arrivé pis surprise, j’étais pas prêt finalement! T’as beau avoir lu ben des livres pis des regardé ben des films, y’a pas grand chose qui te prépare à changer une couche abondante dans une salle de bain sans table à langer dans un restaurant de Westmount tout en chantonnant Somewhere Over the Rainbown à un enfant pour qu’il se calme.

J’étais par contre pas vraiment préparé à me sentir poche la plupart du temps. J’étais pas mal confiant en mes habiletés parentales pourtant. Après tout, en tant que prof au primaire, j’étais capable de contrôler un groupe d’une vingtaine d’élèves, calmer des crises et attacher des souliers pis rezipper des manteaux d’hiver j’fais ça de toute ma sainte journée, fac j’pensais que je l’aurais facile. Quand j’ai vu mon p’tit la première fois, quand je l’ai pris dans mes bras pis que je l’ai bercé pendant que mon chum était parti acheté des trucs pis respirer dans un sac de papier avant d’hyperventiler par la nouvelle responsabilité d’un bébé, j’me trouvais pas mal bon. J’trouvais que ce p’tit-là pis moi, qu’on était pas mal destiné d’être ensembles. J’trouvais qu’il était à la bonne place, pis qu’on s’rait ben. Le sentiment était bien réel, bien incrusté dans mon coeur. On était meant to be. Flashfoward deux ans plus tard. Quand le Terrible Two commençait. Les crises, les pleurs, les demandes, les cris, les larmes, les crises, encore et encore.

Me semble que c’était difficile que j’me disais. Me semble que c’est, genre, câlissement difficile. Mais bon, l’internet tout entier semblait me dire que oui, élever des enfants était difficile. Pis que oui, le Terrible Two était assez intense, mais que c’était une phase. Une phase pis une autre pis une autre. Fac alors que le temps passait, j’en revenais à ce moment au tout début, entre mon p’tit pis moi, celui qui me disait qu’on était ben ensembles, que j’étais celui dont il avait besoin. Pis je continuais à me sentir poche, malgré les beaux compliments des amis pis de la famille pis du boyfriend. Fac j’ai persévéré, pis j’ai fait comme tout bon parent overwhelmed, j’me suis pitché un peu partout pour essayer à peu près n’importe quoi. Parce que les crises, elles arrêtaient pas. Les tantrums interminables, ils arrêtaient pas. Peut-être qu’on avait besoin de plus d’Omega-3. Peut-être qu’on avait besoin de plus d’air frais. Plus d’espace. Moins de gras trans. Une nouvelle chambre. Plus de probiotiques. Être plus sévère. Moins sévère. Parler en anglais. Une chambre avec des couleurs pastels. Des spinners? Jésus?

« C’est son âge. C’est normal. » ou « Le mien était pareil. Le mien a fait ça aussi. »Voilà ce que j’entendais à droite pis à gauche. Fac j’me disais que j’devais capoter. Ou ben que c’était l’adoption, la normalité adoptive. J’ai même écris là-dessus, parce que tsé, j’vide mon âme à tout bout de champ. Ce qui devenait mélangeant, c’est que mon cher et tendre démon aux yeux bleux et aux cheveux dorés comme le blé ne présente pas les signes habituellement associés à l’autisme. Ou du moins, l’image de l’enfant autiste que je m’était fait. Il est super affectueux. Me regarde dans les yeux. Veut mon attention. Parle comme nous. Puis, les signes pis les petites alarmes ont commencés à s’accumuler. Pis j’ai appris peu à peu à mieux comprendre l’autisme. 

Malgré la normalité adoptive, malgré son âge, malgré ceci pis cela, quelque chose semblait incertain. Il est vraiment doué avec les chiffres, genre un peu trop. Il alignait ses petites autos. Il a un gros imaginaire. Il a une obsession pour les horloges. Il a de la difficulté à jouer seul (voir incapable). Il frappait les amis, s’obstinait, se braquait aux changements. Et les crises…Oh boy. J’en ai parlé quelques fois sur le blog, mais des crises j’en ai vu, et ce de toutes les couleurs. Des crises terrifiantes où mon enfant se frappait la tête avec sa main, se cognait la tête sur le plancher, hurlait à en faire saigner les oreilles. J’exagérais pas quand je le comparais à Regan dans The Exorcist. Les chriss de crises, celles où j’allais m’enfermer dans ma propre chambre, que je devais barrer la porte et respirer à grand coups pour être certain de pas craquer. Parce que j’ai failli. Mon chum aussi. On a compris les parents qui pouvaient r’virer sur le capot. Ceux dont-on entend parler dans les nouvelles. Ceux qui ont enfermés leur p’tit dans la cave ou ben dans un garde-robe, ceux qui ont shakés l’enfant pour qu’il se ferme. Des sentiments noirs pis poisseux pis terrifiants. Pis au travers tout cela, il y avait toujours le même refrain d’un peu tout le monde:

« C’est son âge. C’est normal. » ou « Le mien était pareil. Le mien a fait ça aussi. »

J’ai essayé plus fort, plus ardemment. Aweille les ateliers créatifs pis les marionnettes pis les flûtes de pan relaxantes pis la lavande ingurgité de force. Ignorer ou ben tenir tête, les timeouts, les punitions, les récompenses, la prise de poids excessive pour noyer sa peine avec les chips du désespoir, tout y a passé. Arriver jour après jour à la garderie pis entendre les difficultés, les épreuves, les crises. Se débiner à tenter de trouver exactement où était le problème, parce que damn it, dans mon fin fond du fond, j’savais qu’il y avait quelque chose qui clochait. Pis finalement, ça s’est fait. Pas plus tard que la semaine passé. Fidèle à nous-mêmes, Papa pis Dada ont rigolés avec les pédopsychiatres et les spécialistes. Il n’y a pas eu d’énormes crises de larmes, pas d’arrachage de linge, pas de « DAMN YOU LIFE! » en hurlant vers le ciel. Juste un soulagement. Un énorme poids sur les épaules qui a disparu. Une piste à suivre. Un p’tit sentiment de: sti j’avais raison.

Fac on en est là. Savoir que mon enfant à un trouble du spectre de l’autisme a pas changé mon amour pour lui. Ça ne l’a pas changé non plus. L’étiquette que lui colle et qu’il aura toute sa vie ne le change aucunement à mes yeux. Il reste pareil, il est le même ti-gars qu’avant. Je ne crains pas l’étiquette qu’il a. Je ne crains pas le mot. Je sais simplement maintenant comment mon enfant fonctionne et comment j’vais faire pour l’aider au maximum de mes capacités.

Donc voilà pourquoi il y a longtemps que je n’ai pas écris. Il m’a fallu du temps pour savoir si je devais continuer ou pas. On est encore là finalement. Tant de questions et beaucoup d’incertitude, c’est pas mal le deal avec tout, n’est-ce pas?

Papa pis Dada pis le p’tit; notre famille juste un peu différente, avec maintenant un p’tit extra de pas pareil comme les autres!

 

Dada Blaise

Pour lire les autres aventures de l’adoption, c’est drette-là: 

Adventures in Adoptionland, PART 1: Ze Commencement

Adventures in Adoptionland, Part 2: Petit Pou Contre-Attaque! (Avec de l’amour!)

Adventures in Adoptionland, part 3: Ze Boutte Rough!

 

6 réflexions sur “Plot Twist: Autisme!

  1. Annick Boily dit :

    J’ai tjrs adoré ton blogue, mais vraiment là. Ça me permettait de me défouler pis de rire un bon coup, de me sentir plus normale d’avoir des sentiments aussi confus au sujet de mon enfant. C’était agréable de lire mes pensées exprimées par une autre personne et dans un contexte si différent en plus. Je me disais que finalement, cela pouvait arriver à n’importe qui et n’importe où, que ça voulait p-e dire que c’était pas nécessairement moi qui l’avait pas pantoute. C’était chaud et rassurant de te lire, comme une grosse couverte en laine pis un bol de chips, fous rires en prime.
    Mais là, ce que je viens de lire m’a causé une sorte de choc car mon fils unique de 4 ans et demi est… (roulement de tambour) … également autiste. Hé oui. C’est entres autres pour ça que je parlais de contexte différent, parce que oui, je riais en masse mais d’un autre côté j’me disais: « ben au moins son fils est pas autiste lui! » alors vlan! plot twist indeed! Mea culpa donc, je voudrais bien pouvoir te rassurer à mon tour mais comme tu le devine sûrement, j’peux pas. La route sera difficile et cahoteuse, y’a pas à dire. Mais j’vais continuer de te lire, surtout n’arrête pas! Pis oui tu peux, même s’il est autiste! surtout parce qu’il l’est!
    Au plaisir!

    Aimé par 1 personne

  2. lesenfantsdechoeur dit :

    «Il n’y a pas eu d’énormes crises de larmes, pas d’arrachage de linge, pas de « DAMN YOU LIFE! » en hurlant vers le ciel. Juste un soulagement. Un énorme poids sur les épaules qui a disparu. Une piste à suivre. Un p’tit sentiment de: sti j’avais raison.»

    Cet enchaînement de phrases… j’aurais tellement pu les écrire.
    C’est tellement pas la fin, mais seulement le début et, malheureusement, avoir un diagnostique ne donne pas de baguette magique pour faciliter les problèmes et régler les crises, mais Dieu que ça soulage et que ça aide de savoir.

    Aimé par 1 personne

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