Adventures in Adoptionland, PART 1: Ze Commencement

Quand le projet adoption a officiellement été prononcer out loud dans notre couple, qu’on a officiellement décidé ensembles qu’on voulait devenir parents, les réactions n’ont pas tardé à venir.

« Un merveilleux projet ça! »

« Hey que vous êtes fin. »

« Un beau geste, tu sauves un p’tit enfant de la misère. »

« C’est vraiment beau, vous êtes très altruiste. »

« Ça s’annonce être une belle aventure tout ça! Je vous félicite! »

Pantoute. J’ai fait ça pour moi et moi-même, un geste ben égoïste. Je voulais un enfant, un bébé pour faire une famille afin de poser élégamment pour des cartes de Noël amusantes et enfin pouvoir aller jouer dans les jeux au McDonald’s, parce que quand j’étais petit y’en avait pas de jeux pis ça m’a toujours manqué. Bon d’accord, j’ai peut-être aussi voulu adopter parce que, j’sais pas, moi aussi je voulais connaître la paternité. Nous avons fait ce projet pour nous, pas pour prouver quoi que ce soit en tant qu’acte social ou autre. Comme je l’ai écrit précédemment, au Québec, ce n’est pas une procédure d’adoption, mais bel et bien de famille d’accueil en voie d’adoption. Nuance. C’tu l’fun? Best Time Ever! Incertitude, incompréhension, terreur, 4 crises par jours, nom de famille qui match pas avec le tien, troubles de l’attachement, fun times!

Sans blague, le processus adoption/famille d’accueil, c’est ben éprouvant. Y’a beaucoup de bouttes tristes, comme dans les films, sauf qu’il y a pas de musique pis ça dure des semaines ou des mois et ta fin heureuse est pas exactement comme tu te l’étais imaginé, mais agréablement différente. Donc l’article suivant est à prendre avec un grain de sel et une petite lime verte bien surette. Parce que l’aventure de l’adoption, c’est bel et bien comme un film d’Indiana Jones ou de super-héros: Il y a du danger et des surprises à chaque instant, de l’amour et un peu de comédie et du suspense tellement intense que tu te ronges les ongles en mangeant ton popcorn de l’anxiété.

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PREMIÈRE ÉTAPE: LA FIN DE LA DISCRÉTION

Tu as pris la décision, tu es prêt. Donc tu appelles au Centre Jeunesse et là tu pognes ton premier mur : à qui tu parles exactement? Est-ce que tu dis: « Allô, avez-vous des beaux bébés en stock, j’en voudrais peut-être un. Un petit blond genre, est-ce possible? » Quelques balbutiements et raclements de gorge plus tard, tu parles à la bonne personne et là elle t’invite à la big rencontre d’information. Tu y vas, avec l’espoir au ventre pis la nervosité dans le derrière. Vous êtes une bonne trentaine, des couples de tous âge et recoin de ta région, entassé dans une grande pièce, excités comme des puces, chacun avec sa propre raison d’être là. On va être parent!

On t’explique le procédé, que je simplifie ici: Bébé/enfant ne reçoit pas les soins nécessaires là où il/elle est. On analyse la situation, recherche, questionne, savoir si on peut le placer chez des grand-parents, amis, tante éloignée, etc. On aide la maman/papa à se remettre sur pied, on leur propose des pistes, on les aide. Rien de ça fonctionne, on le place chez vous, on commence à penser que cet enfant pourrait être adoptable, mais pas tout de suite. Il faut attendre la décision du juge et toi tu es son donneur de soin, pas un de ses parents. Jusque là, tu vois la face du monde changer à chaque mot, l’espoir se dissipant à chaque parole. La mienne aussi je tiens à dire. Jusqu’à date, y’a pas beaucoup de magie et d’anges tout nus et de petites banderoles. Juste une dure, grise et froide réalité pis c’est ben correct., parce qu’il faut que tu t’y fasses au plus vite. Et là tu réalises que ton projet sera pas une chose facile. Tu n’auras pas un beau p’tit bébé tout rose, donné volontairement dans l’amour et la joie par une mère aux yeux cristallins et à la peau de pêche. Aucune mère au monde va donner son petit bébé en adoption avec sérénité et bonheur. Chaque petit bébé va arriver avec sa petite valise remplie de drames et séparations, déjà prêt à une thérapie à quelques jours à peine. Bref, le plus vite tu te rentres ça dans la tête, le mieux ça va aller. Ceux qui ne sont pas trop découragés, ou un peu foolish, prennent le questionnaire, pis rentrent chez eux. Les autres vont s’acheter un chien. Nous on a fait le deux, fouille moi pourquoi.
Tu t’installes à table avec ton chum pour remplir les papiers. C’est ben excitant. Tu proposes de faire une genre de course, le premier qui fini gagne. Ton chum veut pas. Go, vous partez. Et là, t’en a de l’information à donner. Il faut presque tout dire sur toi et ta vie, en partant par les raisons qui te poussent à démarrer ce projet jusqu’à la fois où tu avais fumé du pot en écoutant Charlie and the Chocolate Factory à l’université. T’es mieux de TOUT dire, parce que anyway, la petite intervenante/psychologue va toute te dénicher ça avec ses questions intimes et ses regards inquisiteurs. Les questions portent sur tes souvenirs de jeunesse, ta vie avec tes parents, ta relation avec ton facteur ainsi que les valeurs que tu préconises pour ta futur vie familiale.

Facile. Mes valeurs sont: La politesse et jamais de blanc après la fête du Travail. Mon chum me corrige, suggère qu’on écrive quelque chose de banal comme, la compréhension et la tolérance, puis on continue.

Ensuite, viens les innombrables papiers de spécialistes. Ton crédit bancaire, ton employeur, ton salaire, ton casier judiciaire, ton médecin, ton test d’urine. J’vous l’ai dit, oublie ta privacy, tout y passe.

Pis là, le high du questionnaire: L’enfant. Ici, tu peux spécifier quel range d’âge tu es prêt à accepter, son sexe et surtout, tous les troubles de comportement et problèmes que tu es prêt à accepter. Donc tu coches les petites cases, du genre TDAH, AGRESSIVITÉ, AUTISME, DYSLEXIE, pis c’est à ce moment-là que tu es mieux d’être honnête avec toi même. Tu es prêt à tout accepter, tous les genres de cas, pour que ça aille plus vite, ben accroche toi, parce que l’enfant va arriver pis, surprise, il aura certainement un ou deux troubles et risque d’en avoir plein d’autres auxquels tu n’avais pas pensé! Guess what, c’est comme pour tous les autres parents! Les enfants, y’en a pas un pareil! Chaque petit trésor peut receler son lot de défauts, qualités, passions et peurs, bizarre hein? Une fois le questionnaire bien rempli, et après t’être obstiné un peu à savoir si tu es prêt à accueillir des jumeaux (Dada dit que oui, parce qu’il trippe comprends-tu, Papa est plus raisonnable et par chance, parce que sinon Dada aurait peut-être été retrouvé enroulé dans une nappe, sous la table, dans le cas où il aurait eut à gérer deux enfants du même coup).

Tu signes la feuille, inscris la date, place tous les papiers nécessaires ainsi qu’une fiole remplie de ton sang dans l’enveloppe et le tour est joué! Reste plus que quelques étapes, genre 18, est parents tu deviendras! Là tu attends. Pis c’est loooooooong que tu te plains de temps en temps. Ah ah ah. Oh honey, tu as pas fini d’attendre. C’est pas mal ça tout le temps l’aventure adoption. Donc en attendant je vous conseille de vous faire des scénarios stressants où tu te retrouves avec Junior, du film Le Petit Monstre ou bien une adulte russe psychopathe comme dans The Orphan.

DEUXIÈME ÉTAPE: BÉBÉ SE LA JOUE DIFFICILE

Premier appel important: Une autre rencontre! Oups, tu pensais que c’était le vrai appel, mais rappelle-toi : Tu n’as pas fini d’attendre, fac calme toi la parentalité! Deuxième rencontre, plus intime. Quelques couples seulement, les chanceux que tu te dis, Les Choisis, pis on se présente tour à tour. Mon chum me serre la main pis me urge de nous présenter, il haït ça jaser au monde inconnu. Moi non, je trippe un peu trop. Je fais des blagues pis je porte mon beau gilet gris, celui qui me fait ressortir les yeux pis qui fait damner les morts. Bref, j’veux charmer. J’me dis, j’vais charmer les p’tites intervenantes pis elles vont me donner un bébé plus vite. On voit ici que j’avais compris les enjeux importants. Fac ça part. On discute, on explique, on dit les vraies affaires. Ton enfant va pas te sauter dans les bras quand tu vas l’avoir. Il va peut-être te mordre, te gifler, te cracher dans la face. Il va peut-être se faire pipi dessus et c’est la seule odeur qui saura le réconforter parce que c’est de même qu’il a été habitué. Il va peut-être avoir 4 ans, mais agir comme un jeune de 1 an, avec sa suce et ses compotes, parce qu’il a bloqué là. Il va peut-être avoir ceci ou cela, c’est un bingo loto du drame et du « ça pas d’bon sens ». Pis on t’explique: « L’amour ne guérit pas tout. Ça aide, c’est certain, mais ce n’est pas comme dans les films. » Ouch! Pour les bébés, ça peut être mieux, mais ça peut être dix fois pire. Le p’tit nourrisson sait encore moins comment t’exprimer son drame, à toi de le découvrir, et ce sans compter tous les autres troubles qu’il risque d’avoir. « Cet enfant-là », qu’on explique avec brio et sagesse et ça te marque pour toujours, « ce ne sera jamais un enfant comme les autres. Cet enfant-là, tu vas devoir lui faire tes preuves pour qu’il t’aime, pour qu’il s’attache réellement à toi. »

Ahh, là je venais de comprendre. He’s playing hard to get. Il va jouer les durs, les farouches, va se faire désirer. Ça m’a pas fait peur. J’étais habitué à ce genre-là, j’ai été jeune et universitaire et désirable autrefois, dans le temps que j’avais des cheveux onduleux et un ventre simili plat. Je sais comment jouer à cette game-là. Bref, à la fin de la rencontre, je n’étais pas déboussolé, mais excité. Analyse ça comme tu veux, mais ça m’a allumé, c’était comme un beau défi, le plus grand et le plus difficile de ma vie, que j’aurais à relever. Donc on a rempli les papiers finaux (ben oui, encore des maudits papiers), pis on est parti.

TROISIÈME ÉTAPE: SO MANY FEELINGS!

L’appel arrive. Un autre. Celui qui te dit qu’ils ont décidé de t’évaluer. La grosse affaire là. L’évaluation PSYCHOSOCIALE. Le mot psycho te terrifie un peu, ça te fait penser à couteau et douche et à Norman Bates. T’as peur que la psychologue te farfouille l’esprit pis te remémore des souvenirs secrets enfouis au fond de toi-même, comme la fois où le méchant grand frère de ta voisine t’avais laissé EN HAUT du tape-cul dans le parc et que depuis ce temps tu es incapable d’embarquer sur cette maudite affaire là sans faire une crise de panique.

 

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Ci-haut: des enfants au bord du drame

L’évaluation est relativement simple. La madame vient chez toi voir ta maison et juger secrètement de ta déco, puis te dit tout ce qui n’est pas conforme chez vous: Manque un extincteur à chaque étage, médicaments sous clé, verrou et code empreinte digital, cloture autour de ton terrain, rideaux blanc dans le salon. Écoute là pis chiale pas. Elle revoit le questionnaire avec vous et vous interroge encore une fois sur chaque réponse que vous avez inscrit. Tu te remet en question à chaque fois, t’hésites, tu soupires, mais tu tiens le coup. Ensuite, elle vous rencontre chacun de votre côté dans son bureau, en privé et elle vous fait jaser de votre premier souvenir d’enfance, celui que tu te rappelles le plus loin dans ta tête.

Le mien: me promener à quatre pattes les fesses dans les airs, ma mère pas loin sur une chaise. Mon chum: Sa mère qui fait du repassage pendant qu’il joue sur le tapis du salon. Jusqu’à date, tout va bien. On jase pis on parle de notre vie en ENTIER, pis c’est pas mal plaisant finalement, parce que moi je me ferme rarement la trappe pis j’aime ça jaser, surtout de moi-même. Mon chum a un peu moins de plaisir, il est plus mâle du côté de ses émotions et n’aime pas trop en parler, mais sort de là sans traumatisme évident.

La rencontre de couple est encore plus amusante. Là, tu divulgues tous tes problèmes et habitudes de vies, pas de secret pour vous! Fréquence de vos relations intimes jusqu’à qui s’occupe des comptes (c’est lui uniquement, moi je suis pas mal 50’s housewife sur ce côté, je dépense pis je me demande où est mon argent par la suite). Arrive le plus drôle: Situations contextes. La madame nous met en situation et nous demande notre réaction. Du genre: Ton enfant veut aller au parc mais ne veut pas s’asseoir dans la poussette, que fais-tu? Go! Ton enfant à lancé son verre de lait par terre par exprès alors que tu as de la visite, que fais-tu? Go! Ton enfant t’amène un dessin d’un démon noir qui flotte au-dessus de votre lit, comment réagis-tu? Go! Ton enfant de 3 ans se masturbe sur le tapis du salon, que fais-tu? Go! (Cette question-là, c’est évidemment mon chum qui l’a eu!)

Ouf! Ça se termine enfin, la madame te dit au revoir, te serre la main et là, ben devine quoi champion, tu attends! Pas trop longtemps par contre, un petit mois pour enfin, ALLÉLUIA, te faire dire que tu es sur la liste. La VIP. La longue et mystérieuse liste pour toute la région, pleine de couples espérant, aucun sachant quand ils auront un enfant. Y’a pas de temps prescrit, c’est pas le premier arrivé, premier servi. Ça arrive quand ça arrive. Il te match avec le bébé parfait, l’enfant parfait pour TA situation. C’est comme attendre en ligne pour aller dans un club hyper branché pis le bouncer cherche sur le plancher de danse avec qui tu aurais le plus d’affinité. Fac en attendant tu écoutes 30 Rock et Game of Thrones, une des dernières fois où tu pourras t’offrir ce luxe d’écouter une émission en plein jour un weekend. Tu as également le droit de préparer la chambre d’enfant. Enjoy, c’est le moment. Décore comme jamais t’a décoré, lâche-toi lousse, va acheter les petits biberons pis les toutous pis les dix millions de trucs pour bébé qui sont trop mignon et pas tout nécessaire.

Finalement, on t’appelle, enfin. Nous, on a eu 3 mois d’attente. C’est comme pas long. Certains attendent des mois, voire 1 an et plus. D’autres attendent deux jours à peine et reçoivent un appel. Comme dans les livres et toutes les histoires de bonheur, c’est vraiment au moment que tu t’y attends le moins. Genre un vendredi avant-midi et tu es encore en p’tite culotte en mangeant ton bol de céréale  tout en te grattant le ventre. Tu es pas prêt à ça, mais pas du tout. C’est l’équivalent d’apprendre que t’es enceinte, même si c’est pas comparable, parce que tu dois aller chercher Petit Pou quelques jours plus tard. Tu auras la fin de semaine pour te préparer. C’est l’appel le plus glorieux et inquiétant de ta vie. T’es figé dans le temps et l’espace, tu remarques chaque détail de ta cuisine et des arbres dehors qui dansent dans le vent. La lumière du soleil qui coule comme du miel sur tout ce qu’elle touche. Le bruit des tondeuses et les ramifications de la rue derrière. C’est la vie, là là. Elle arrive subitement. Pis ensuite, ils te disent son nom. À ton Petit Pou. Son petit nom juste à lui qui va devenir le tien. Et il a un nom normal, qui sonne bien, un nom que t’aurais choisi toi-même, un nom qui résonne dans ton cœur pis c’est terrifiant de vérité, parce que tu l’aimes déjà cet enfant là, même si tu ne le connais pas, même si tu ne l’a jamais vu. C’est pas un nom bâtard comme Pleurotte ou ben Gargamel. Fac là tu pleures ta vie, et maintenant tu pleures un petit peu d’émotion chaque fois que tu en parles ou que tu l’écris. Parce que c’est à ce moment que tu es officiellement devenu un Papa pis un Dada. C’est à ce moment-là que tu as commencé à aimer pis à t’inquiéter d’un Petit Pou qui resterait avec toi pour toujours, ton futur petit garçon juste à toi.

Pour alléger un peu, voici une représentation de ce quoi j’avais l’air quand je pleurais au téléphone:

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Ne manquer pas la suite la semaine prochaine: Adventures in Adoptionland, Part 2: Petit Pou Contre-Attaque (avec de l’amour!)

Dada Blaise

 

P.S: Moi je suis Batman entre les deux superhéros. Je tenais à ce que vous le sachiez.

 

Adventures in Adoptionland PART 2

Adventures in Adoptionland PART 3

 

 

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8 réflexions sur “Adventures in Adoptionland, PART 1: Ze Commencement

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